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« LE JOUR DES PETITES CHOSES »

Vous êtes pressé, occupé ou en vacances ; en tout cas, vous avez peu de temps, trop peu, n'est-ce pas, pour vous intéresser à l'histoire d'une petite-presque-sainte ?
Peut-être trouverez-vous au moins le temps de lire le titre du "livre" de sa vie ? Le voici bien vite pour ne pas vous retarder : « Le jour des petites choses ».

Non, ce n'est pas le titre d'un conte de fées, c'est une Parole de l'Ecriture ; ce pourrait être aussi le résumé de la vie et la devise de la Bienheureuse Eugénie Joubert, cette jeune religieuse du Velay, catéchiste dans l'Institut de la Sainte-Famille du Sacré-Cœur, morte à 28 ans, le 2 juillet 1904, et béatifiée le 20 novembre 1994.



L'exemple d'Eugénie Joubert

« LE JOUR DES PETITES CHOSES »
« Qui mépriserait le jour des petites choses ? » nous dit le prophète Zacharie, oui, qui oserait négliger les mille détails qui font notre quotidien sous prétexte de ne vouloir s'intéresser qu'aux choses importantes de la vie ? 

         « Qui méprise les petites choses, peu à peu tombera (Sir 19,1) ». Formulation négative d'une belle et grande vérité « positive » : rien n'est insignifiant dans notre vie ; le chrétien dirait : tout est porteur d'éternité. Comme sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, sa contemporaine, qui ramassait une épingle pour convertir une âme, Eugénie Joubert s'est sanctifiée « jour après jour » (2 Rs 25), en enrobant chacune de ses actions terrestres d'un délicieux sucre de ciel. « Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié au ciel » ; le "liant", le sucre étant la charité, l'amour qui finalise la moindre action et lui donne une valeur infinie dans la communion des saints. 

         Jésus dans le « Notre Père » nous apprend à prier pour « aujourd'hui » et l'Eglise dans le « Je vous salue Marie » nous fait demander l'aide de Marie  pour « maintenant » car c'est à travers les petites choses de chaque jour que nous réalisons la grande œuvre de notre salut, la grande œuvre de notre amour pour Dieu et le prochain. 

         L'exemple d'Eugénie Joubert nous éclaire sur ce chemin, même si nous ne sommes ni religieux ni catéchistes ni nés à Yssingeaux.     

Faire la volonté de Dieu

Nous demandons à Dieu dans notre prière « Que ta volonté soit faite ». Des témoins rapportent qu'Eugénie Joubert avait le culte de la volonté de Dieu  et qu'elle faisait grand cas des petites choses, par amour et esprit de foi. « Nous la considérions comme le modèle du zèle à accomplir les petites choses : travail d'écriture, de couture, soin des habillements, etc. » Elle répétait souvent que « les plus petites volontés de Dieu » lui étaient chères. « Une feuille d'arbre prise séparément, c'est bien peu de chose, presque rien ; mais toutes ces feuilles une fois réunies donnent un bel ombrage et forment un ensemble qui plaît. De même un petit acte isolé paraît peu de chose, et cependant combien ces petits actes souvent répétés peuvent causer de joie à Notre Seigneur ! »

C'est une sorte de réalisme qui lui fait ainsi vivre pleinement l'instant présent, quand bien même il est source de souffrance. Elle disait : « Il faut que le souffle divin, c'est-à-dire l'esprit de foi et d'amour me fasse embrasser généreusement tout ce qui me gêne, me crucifie. Je n'aurai peut-être jamais de grands sacrifices à offrir à Dieu. Du moins, du matin au soir, je puis immoler pour lui mon cœur, mon corps et mon âme, en profitant des occasions qui me sont offertes ». 

L'offrande de son cœur ?

L'offrande de son coeur ? C'est, dit-elle « savoir placer ce coeur dans le centre pour lequel il a été fait. Ce centre, c'est le coeur de Jésus, c'est le coeur de la très Sainte Vierge ». Alors elle peut dire à son jeune frère pour qui elle a tant d'affection : « Mon bon petit frère, je vous aime toujours davantage et je ne puis m'empêcher de vous le dire et de vous le répéter. Et l'affection que je vous porte n'est pas comparable à celle qui nous unissait cependant si fortement lors de notre séparation [pour entrer au couvent]. Ce que j'aime en vous, mon bon Wilfrid, c'est votre âme ; c'est votre coeur que je voudrais voir tout au Bon Dieu.  "

         Elle reconnaît qu'elle doit lutter pour vivre comme une grâce la solitude du coeur. « Tout ce qui n'est pas Dieu seul ou pour Dieu seul peut altérer la pureté du coeur ». Toutefois son combat reste paisible : « Je détruirai les petits partages de mon cœur par la fidélité au Saint-Esprit, mais sans me torturer la tête… ». 

         Quoi de plus difficile à porter, à offrir, que les difficultés et les peines de ceux que nous aimons ? Après son entrée en religion, Eugénie devine la solitude de sa chère maman et le vide que son départ a laissé, elle lui écrit : « Il est vrai que vous êtes bien seule, surtout pendant ces interminables soirées d'hiver. C'est alors, croyez-le, que je demande à Jésus de remplir tous les vides, par l'abondance de ses grâces ». Invoquons la Bienheureuse Eugénie Joubert lorsque nous nous sentons impuissants face à la souffrance de nos proches ; sachons attendre la paix profonde que donne Celui qui remplit tous les vides, même s'il ne donne pas la paix comme le monde la donne. 

         Sa grande capacité d'aimer et son zèle pour le prochain, ardemment actués dans la prière, se manifestent aussi dans de petites choses bien concrètes. Son aimable politesse envers ses soeurs et ceux qui l'entourent n'est-elle pas l'expression d'une grande délicatesse de charité ? Oui, quel modèle pour nous qui, si souvent, n'accordons même pas le respect d'une réponse ou d'une attention à ceux qui nous adressent la parole s'ils sont le prochain "quotidien" auquel nous sommes habitués ! 

L'offrande de son corps ?

L'offrande de son corps ? C'est par exemple :
- l'effort du lever matinal : "cela me coûta beaucoup, avoue-t-elle ; il me semblait n'avoir jamais assez dormi" ; 
- un maintien toujours digne par respect pour Celui qui l'habite et qu'elle manifeste par toute sa personne. Ses Soeurs en témoignent : « Son maintien, son recueillement habituel montraient qu'elle vivait en présence de Dieu et qu'elle faisait des vérités de notre sainte foi la nourriture habituelle de son âme ». « A la chapelle, elle avait une tenue irréprochable. Elle priait tout entière ne cessait de prier dans ses allées et venues. Tout son extérieur dénotait vraiment une âme qui s'appliquait à vivre avec Notre Seigneur dans le fond de son coeur ». 
- l'acceptation des humiliations provenant d'un léger défaut de prononciation ;
- les souffrances de la maladie : "c'est épouvantable" reconnaît-elle, mais "c'est pour le Sacré-Coeur".
Jusqu'à la fin, jusque dans la mort, elle veut que son corps chante les merveilles de Dieu : elle écrit sur un papier à déposer dans sa tombe : « Ô Marie, que tous les atomes de mon corps, en tombant en poussière, louent, exaltent et fassent chanter par toute la terre votre Immaculée-Conception ! ». 

L'offrande de son âme ?

Offrir son âme… c'est-à-dire offrir son intelligence et sa volonté. 
Pour Eugénie, comme pour Thérèse de l'Enfant Jésus, cela signifie acquérir l'esprit d'enfance évangélique. Les traits caractéristiques en sont l'abandon aimant, la confiance. « J'arriverai à une grande confiance par l'amour, l'amour dans la simplicité du petit enfant ». « Je raisonne trop, je me sers trop de ma tête aux dépens de mon coeur ». 
         Dans la vie religieuse, cet abandon volontaire passe par l'obéissance ; Soeur Eugénie reconnaît qu'elle l'a pratiquée généreusement, « quittant sans réserve la richesse de [sa] volonté, de [son] jugement propre ». 
         Sa jeunesse lui procurait des occasions supplémentaires de sacrifice : c'en est un d'accepter les conseils - voire de les solliciter ; « elle avait aussi cette prudence qui sait rendre compte et se faire guider ». 

 « Le secret pour rester l'enfant du Bon Dieu, c'est de rester l'enfant de la Très Sainte Vierge ». "Rester" enfant… Par ce verbe, c'est toute sa fidélité, son désir de progresser et persévérer dans le bien qui apparaît. C'est aussi le signe de l'authenticité de ses actions. Ces qualités apparaissaient à l'évidence pour celles qui la côtoyaient quotidiennement. Une religieuse de sa Congrégation témoigne : « Depuis son entrée au postulat toutes les vertus brillèrent d'une manière exceptionnelle et constante. Ce dernier trait m'a toujours frappée. Sa tendance à la perfection fut ininterrompue. Il n'y eut chez elle ni haut ni bas mais une ascension continuelle. Il ne me semble pas que ceci puisse exister sans héroïsme ». « Héroïsme » : voilà le grand mot pour qualifier la fidélité dans les petites choses !

Enfin, relevons une réflexion, inattendue et presque paradoxale : « Je veux quoi qu'il m'en coûte laisser voir mes misères ; m'appliquer par pénitence à l'enfance spirituelle. » 
         Rien de malsain dans cette attitude, au contraire, le but visé n'est autre que la vraie joie.
« Je dois chasser, repousser tout raisonnement, quel qu'il soit, qui me resserre, me trouble, m'empêche de m'unir à Notre-Seigneur. Voilà plusieurs mois qu'il me demande la même chose : la douceur envers lui ; envers moi-même : la confiance, la dilatation, la joie. Par excès de bonne volonté, j'ai été infidèle à Notre-Seigneur sur ce point ».

Une presque sainte pour notre temps ?

Faisons nôtre cet étrange examen de conscience car là se trouve peut-être l'essentiel et l'originalité du message d'Eugénie Joubert pour notre temps, pour notre âme : combattre tout ce qui vient entraver le « Duc in altum » auquel nous appelle sans cesse le Christ.

Alors, quelle libération évangélique ! Quel dépassement d'une psychologie humaine, pleine de « bonne volonté » certes, mais qui s'arrêterait à considérer tristement la poussière des chemins au lieu de s'engager et d'avancer au large ! 

         Pour Eugénie, pas de demi-mesure : « Et si je veux être généreuse dans ce combat, je ne me contenterai pas de repousser ce qui me resserre, m'arrête, me trouble ; j'irai au-devant de ce qui me dilate et me réjouit. De deux pensées qui me viennent, je prendrai celle qui me console ». 

         La jeune religieuse qui parle avec tant d'audace a été déclarée « Bienheureuse » par l'Eglise catholique, en la personne du Pape Jean Paul II. De ce fait, elle nous est proposée comme modèle. Nous ne nous égarerons donc pas en voulant l'imiter. Rendons grâce pour la joyeuse espérance qu'elle nous révèle.



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