1860 – 2010, 150e anniversaire de l’érection de la statue de Notre Dame de France sur le rocher Corneille, au Puy en Velay -1-

Il semble que la nature ait voulu au Puy en Velay préparer un magnifique piédestal à la Vierge en forgeant le rocher Corneille. C’est parait-il, le Père de Ravignan qui en 1846 étant à Vals près Le Puy à préparer ses belles conférences de Notre Dame de Paris eut l’idée d’élever sur le sommet du mont Corneille une statue monumentale de Notre Dame de France.
L’évêque d’alors Monseigneur Darcimoles absorbé par les soins de la restauration de la cathédrale ne crut pas devoir donner suite à ce projet.



1860 – 2010, 150e anniversaire de l’érection de la statue de Notre Dame de France sur le rocher Corneille, au Puy en Velay -1-
En 1850 l’abbé Combalot, puissant orateur, fut appelé par Monseigneur de Morlhon à prêcher la retraite pastorale. Il reprit la proposition du Père de Ravignan et s’en fit le propagateur enthousiaste. L’évêque gagné d’avance n’eut pas de peine à entrer dans ses vues. Une commission fut nommée le 5 mars 1853 et dans la même année un concours artistique fut ouvert et les souscriptions commencèrent. La statue projetée devait réaliser trois idées : la Reine, la Vierge et la Mère.

Le concours

Le concours ouvert, cinquante-trois artistes, y prirent part. Ce fut la maquette du sculpteur parisien : Bonnassieux, originaire de Feurs dans la Loire, qui fut choisie à l’unanimité du Jury.

La grosse difficulté était la question financière. Monseigneur de Morlhon ouvrit lui-même une souscription diocésaine par un don généreux de dix mille francs. Le diocèse souscrivit pour cent mille francs, mais la statue projetée devait avoir seize mètres de haut. Il fallait donc des ressources autrement considérables. La France entière fut appelée à souscrire au Monument.

La France répondit généreusement à cet appel. Les trois cent mille petits enfants que les bons Frères des Ecoles Chrétiennes élevaient en France s’offrirent à faire à eux seuls les frais du piédestal. C’était la souscription nationale qui commençait par tout ce qu’elle peut avoir de plus gracieux. L’empereur Napoléon III donna dix mille francs sur sa cassette personnelle et l’impératrice deux mille.


La question financière

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Pour la pose de la première pierre le 10 décembre 1854, jour de la proclamation par Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception la souscription atteignait cent quarante mille francs. C’était beaucoup et c’était peu.

Une circonstance permis de surmonter la difficulté. On était en pleine guerre de Crimée. Le général Pélissier, commandant en chef du corps expéditionnaire français devant Sébastopol, qui avait une grande dévotion à la Sainte Vierge venait souvent en villégiature dans le Velay. Il conseilla à Monseigneu de Morlhon de réclamer la fonte des canons russes dont il allait bientôt s’emparer.

L’évêque écrivit dans ce sens à Napoléon III. Quelques jours après, le 8 septembre fête de la nativité de la Sainte Vierge, la tour Malakoff était enlevée par Mac-Mahon et Sébastopol tombait aux mains de nos soldats !

Le 30 mars de l’année suivante la paix était signée et 213 canons représentant 150.000 kilos de fonte étaient mis par l’empereur à la disposition de l’évêque du Puy.

En mai 1859, la statue de Notre Dame de France était fondue et montée dans les ateliers de M.  Prenat à Givors. Elle reçut une multitude de visiteurs, parmi lesquels le cardinal de Bonald, ancien évêque du Puy.

Le 28 juillet 1859 cinq voitures, après trois journées de marche apportaient de Givors où elles avaient été fondues les cent cinq pièces principales et les neuf cents pièces accessoires qui devaient constituer la statue. Deux questions se posaient concernant le piédestal et l’orientation de la statue. On décida que le piédestal aurait huit faces, qu’il serait muni à l’intérieur d’un escalier tournant et que Notre Dame de France regarderait dans la direction de Vals. Un chemin fut tracé sur les pentes du rocher Corneille, la plate-forme nivelée et entourée d’une grille. Les chariots déposèrent leur chargement dans la grande allée du Séminaire. Un solide échafaudage de plus de 20 mètres fut dressé sur le rocher et le montage s’accomplit sans incident fâcheux. Il ne restait plus qu’à fixer la date de l’inauguration. C’est le mercredi 12 septembre 1860, fête du Saint-Nom de Marie qui fut choisi. Les fêtes se déroulèrent sur la place du Breuil en présence de 120.000 personnes. Elles furent présidées par le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux entouré des archevêques de Tours et d’Albi et des évêques de Viviers, de Saint-Flour, de Toronto, de Valence, de Mende, de Tulle, d’Autun, de Clermont et du Puy. Une immense estrade avait été élevée sur la place avec un autel. La tous les regards étaient fixés sur le rocher Corneille où se dressait la statue voilée. Un chœur entonne un hymne à la Vierge, soudain le canon tonne, le voile de la statue tombe, une immense acclamation de joie et d’ivresse la salue. Les prélats debout prononcent ensemble la formule de la bénédiction. A ce moment un murmure contenu court comme un frisson sur la foule surprise. Le ciel qui, jusqu’alors, avait été sombre et nébuleux semble soudain s’éclaircir, un rayon de soleil perce la nuée, inonde d’abord le monument de sa pure et radieuse lumière et s’épanche ensuite en flots d’or sur la ville comme si du haut du ciel, Marie en personne eut voulu sourire à cette fête. Rappelons en finissant que le rocher sur lequel la statue s’élève et à cent-trente-deux mètres au-dessus de la place de l’Hôtel de Ville, à sept cent cinquante sept mètres au-dessus du niveau de la mer. La statue a 16 mètres de haut et 22 m. 70 avec le piédestal. Celui-ci avec son revêtement de fonte de fer pèse 725.000 kilos. La chevelure de la Vierge a 7 mètres de longueur, le pied qui écrase le serpent mesure 1 m. 90 et le serpent 17 mètres. A l’intérieur, il y a 107 marches pour arriver à la couronne. Malgré ces proportions cette œuvre couronne très heureusement le rocher Corneille sans l’écraser et s’harmonise avec le splendide décor de montagnes qui l’entoure. La Vierge est couronnée, parce qu’elle est reine du Puy, reine du Velay, de la France et du monde. Sa couronne est faite d’étoiles. C’est ainsi que la décrit saint Jean dans sa vision de Patmos. Son manteau royal, parsemé de fleurs et de pierres précieuses, est l’emblème des vertus qui embellissent son âme. C'est cette Vierge qu’a chanté en sa jolie langue provençale le poète Frédéric Mistral dans son « Ode à l’Immaculée Conception » : « A Toulouse, tu es Notre Dame de Daurade, car par toi, l’or pur du soleil est éclipsé. Si j’entre en Avignon, à Marseille et à Vence, tu es Notre Dame de Provence, mais sur la roche Corneille du Puy, tu es, ô Vierge aimée, Notre Dame de France. C’est un nom que nous t’avons donné. »
1860 – 2010, 150e anniversaire de l’érection de la statue de Notre Dame de France sur le rocher Corneille, au Puy en Velay -1-

Michel Ramousse



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