Le 28 juillet 1859 cinq voitures, après trois journées de marche apportaient de Givors où elles avaient été fondues les cent cinq pièces principales et les neuf cents pièces accessoires qui devaient constituer la statue.
Deux questions se posaient concernant le piédestal et l’orientation de la statue. On décida que le piédestal aurait huit faces, qu’il serait muni à l’intérieur d’un escalier tournant et que Notre Dame de France regarderait dans la direction de Vals.
Un chemin fut tracé sur les pentes du rocher Corneille, la plate-forme nivelée et entourée d’une grille.
Les chariots déposèrent leur chargement dans la grande allée du Séminaire. Un solide échafaudage de plus de 20 mètres fut dressé sur le rocher et le montage s’accomplit sans incident fâcheux.
Il ne restait plus qu’à fixer la date de l’inauguration. C’est le mercredi 12 septembre 1860, fête du Saint-Nom de Marie qui fut choisi. Les fêtes se déroulèrent sur la place du Breuil en présence de 120.000 personnes. Elles furent présidées par le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux entouré des archevêques de Tours et d’Albi et des évêques de Viviers, de Saint-Flour, de Toronto, de Valence, de Mende, de Tulle, d’Autun, de Clermont et du Puy.
Une immense estrade avait été élevée sur la place avec un autel. La tous les regards étaient fixés sur le rocher Corneille où se dressait la statue voilée. Un chœur entonne un hymne à la Vierge, soudain le canon tonne, le voile de la statue tombe, une immense acclamation de joie et d’ivresse la salue. Les prélats debout prononcent ensemble la formule de la bénédiction. A ce moment un murmure contenu court comme un frisson sur la foule surprise. Le ciel qui, jusqu’alors, avait été sombre et nébuleux semble soudain s’éclaircir, un rayon de soleil perce la nuée, inonde d’abord le monument de sa pure et radieuse lumière et s’épanche ensuite en flots d’or sur la ville comme si du haut du ciel, Marie en personne eut voulu sourire à cette fête.
Rappelons en finissant que le rocher sur lequel la statue s’élève et à cent-trente-deux mètres au-dessus de la place de l’Hôtel de Ville, à sept cent cinquante sept mètres au-dessus du niveau de la mer. La statue a 16 mètres de haut et 22 m. 70 avec le piédestal. Celui-ci avec son revêtement de fonte de fer pèse 725.000 kilos. La chevelure de la Vierge a 7 mètres de longueur, le pied qui écrase le serpent mesure 1 m. 90 et le serpent 17 mètres. A l’intérieur, il y a 107 marches pour arriver à la couronne. Malgré ces proportions cette œuvre couronne très heureusement le rocher Corneille sans l’écraser et s’harmonise avec le splendide décor de montagnes qui l’entoure.
La Vierge est couronnée, parce qu’elle est reine du Puy, reine du Velay, de la France et du monde. Sa couronne est faite d’étoiles. C’est ainsi que la décrit saint Jean dans sa vision de Patmos. Son manteau royal, parsemé de fleurs et de pierres précieuses, est l’emblème des vertus qui embellissent son âme.
C'est cette Vierge qu’a chanté en sa jolie langue provençale le poète Frédéric Mistral dans son « Ode à l’Immaculée Conception » : « A Toulouse, tu es Notre Dame de Daurade, car par toi, l’or pur du soleil est éclipsé. Si j’entre en Avignon, à Marseille et à Vence, tu es Notre Dame de Provence, mais sur la roche Corneille du Puy, tu es, ô Vierge aimée, Notre Dame de France. C’est un nom que nous t’avons donné. »