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2ème dimanche du Temps Ordinaire - Année ALectures et homélie du père Emmanuel Gobilliard.Première lecture : Lecture du livre d’Isaïe (49, 3.5-6)
Parole du serviteur de Dieu. Le Seigneur m'a di t: «Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai.» Maintenant le Seigneur parle, lui qui m'a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j'ai du prix aux yeux du Seigneur, c'est mon Dieu qui est ma force. Il parle ainsi : «C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d'Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu'aux extrémités de la terre.»
Deuxième lecture : Commencement de la première lettre de saint Paul Apôtre aux
Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus: avec Sosthène notre frère, je m'adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l'Église de Dieu, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus, vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (1, 29-34)
Comme Jean-Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : «Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c'est de lui que j'ai dit: Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c'est pour qu'il soit manifesté au peuple d'Israël.» Alors Jean rendit ce témoignage: «J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit : «L'homme sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint.» Oui, j'ai vu, et je rends ce témoignage : c'est lui le Fils de Dieu.»
Homélie du père Emmanuel Gobilliard
Je voudrais profiter du fait que nous ayons deux fois un évangile qui se rapporte au baptême du Seigneur pour prolonger l'homélie de dimanche dernier. Je voulais vous dire deux choses et je ne vous en ai dit qu'une. Le Seigneur me fait la grâce de pouvoir compléter ce que je voulais vous dire ! Souvenez-vous, je faisais la différence entre la crainte et la peur en vous rappelant que le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ. En faisant la comparaison entre la peur et la crainte, j'ai rappelé qu'on avait peur face à la mort parce que c'était une privation de la vie en même temps qu'une inconnue et passer de la peur à la crainte, c'est mettre au cœur de la mort, la présence du Christ qui nous sauve, qui nous donne la vie et qui nous aime. Au cœur de cette inconnue qu'est la mort, une présence aimante nous attend. On passe de la peur à la crainte. Mais si nous passons de la mort à la vie, par le baptême, c'est que nous devons passer par la mort. L'expérience de Dieu ne peu se faire que dans la mort. C'est ce que nous rappelle le baptême. Et s'il en est besoin, nous pouvons relire toute la Bible pour voir que c'est à travers la mort ou une expérience qui s'en rapproche que le Seigneur se révèle. Quand je parle de mort, je parle de la mort physique mais aussi de la souffrance physique, de la souffrance morale ou psychologique et du péché. De toutes ces « morts » qui nous détruisent. Et le peuple d'Israël passe par la mort, lors de l'épisode de l'exil, lors de l'épisode de la destruction du temple, lors de l'épisode de la profanation du temple, comme nous l'avons rappelé la semaine dernière. Autant d'éléments qui font passer le peuple par la mort. Même les prophètes sont passés d'une certaine manière par la mort ou en tous cas par l'humiliation, c'est le cas d'Isaïe dont nous avons un extrait aujourd'hui. La deuxième lecture est de saint Paul. Il ose dire au début de cette lecture : « Moi, Paul », lui l'assassin des chrétiens ! Il est passé par la mort, la mort de sa conscience morale, de son péché. Il a été terrassé par Dieu. Et c'est au cœur de cette mort, de cette humiliation, que le Seigneur vient le rejoindre pour en faire un vivant. Abraham et Sarah étaient stériles et c'est au cœur de cette stérilité, de cette mort qui est l'absence du renouvellement des générations, que le Seigneur se révèle et les rend féconds. Moïse, le plus grand prophète, ne savait pas prêcher, sans doute est-il bègue même ! Pour un prophète, avouez que c'est une mort d'une certaine manière. David, l'homme admirable est passé par le meurtre et l'adultère. Au cœur de son péché, il a eu la force de tendre la main vers Dieu pour lui demander son aide. Dans l'évangile, nous pouvons citer la Samaritaine, la femme adultère, les bergers, le lépreux, le paralytique… jusqu'à saint Pierre, le traître. Tous passent soit par la mort physique, soit par la mort psychologique, soit par la honte de l'humiliation comme les bergers ou la femme adultère, soit par le péché pour que le Seigneur les rejoignent, à condition qu'ils passent de la peur à la crainte. Un geste suffit pour passer de l'un à l'autre : tendre la main pour que le Seigneur nous récupère et nous sorte des grandes eaux de la mort pour nous faire revivre. Il est nécessaire de passer par la mort, pour nous, parce que nous sommes pécheurs. Parce que nous sommes incapables par nous-mêmes d'avoir besoin de Dieu sans passer par l'épreuve, de la souffrance, de la mort, parce que le Seigneur nous connaît, parce que nous nous connaissons aussi et si nous ne passons pas cette épreuve, nous sommes tentés par bien pire que la mort : l'orgueil et le sentiment de ne pas avoir besoin de Dieu. Et quand je parle de la nécessité de passer par la mort ou par la souffrance, ce n'est pas du dolorisme car de toute façon, on passera par la mort et de toute façon, dans toute vie, on passe par des morts successives. Nous n'avons pas le choix. Le seul choix que nous ayons est celui de tendre la main, de transformer ces morts en lieu de vie, en expérience de la présence de Dieu. Nous passons par le creuset de la souffrance, nous nous rendons disponibles au Seigneur par ce creux que la mort ou la souffrance vient faire naître en nous, vient forger en nous. Et dans notre ministère sacerdotal, nous faisons aussi cette expérience nécessaire. Cette expérience, on est obligé de la faire, si l'on veut que le Seigneur rejoigne notre faiblesse comme le dit saint Paul : « Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort ». Et cette expérience-là , nous permet à nouveau de passer de la peur à la crainte, car je n'ai plus peur d'être faible, je n'ai plus peur de souffrir, je n'ai plus peur de mourir, je n'ai plus peur, même, d'être pécheur parce qu'au cœur de cette expérience de péché, le Seigneur aussi nous offre sa miséricorde, si nous tendons la main. Le baptême, c'est donc faire cette expérience de la présence de Dieu, en nous, dans toute notre vie. Nous avons besoin de vivre ce creuset de la mort et de la souffrance pour que le Seigneur nous rejoigne, parfois de faire l'expérience de l'humiliation pour que le Seigneur soit fort en nous. Demandons au Seigneur la grâce de ne plus avoir peur mais de craindre. Car la crainte, c'est l'expérience de ce que le Seigneur fait en moi quand il me guérit, quand il me relève, quand il me pardonne. Il n'y a que lui qui peut le faire. La crainte, c'est reconnaître que Dieu est Dieu et que je ne suis que moi-même : c'est-à -dire que je ne suis rien sans lui et tout avec lui. La crainte, c'est l'expérience que Dieu peut tout en moi et je tremble devant cette force de vie, devant cette force d'amour, devant cette force de pardon qui me relève où que je sois, quelques soient mes peurs, mes morts ou mes souffrances. Laissons-nous toucher par Lui au cours de cette eucharistie, puisqu'il vient nous rejoindre là où nous sommes, laissons-nous toucher parce que nous sommes baptisés et qu'il nous a plongé avec lui dans sa mort et sa Résurrection. Amen.
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