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Baptême du Seigneur - Année ALectures et homélie du dimanche 13 janvier 2008Première lecture : Lecture du livre d’Isaïe (42, 1-4.6-7)
Ainsi parle le Seigneur : Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j'ai mis toute ma joie. J'ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j'ai prononcé. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique. Il n'écrasera pas le roseau froissé; il n'éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité. Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu'à ce qu'il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions. Moi, le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice, je t'ai pris par la main, je t'ai mis à part, j'ai fait de toi mon Alliance avec le peuple, et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres.
Deuxième lecture : Lecture du livre des Actes des Apôtres (10, 34-38)
Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l'armée romaine, il s'adressa à ceux qui étaient là : «En vérité, je le comprends, Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l'adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d'Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ: c'est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean: Jésus de Nazareth, Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.»
Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (3, 13-17)
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse- moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. »
Homélie du père Emmanuel Gobilliard
Le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ comme le Christ lui-même avait plongé - et c'est aussi le sens de son baptême - dans notre humanité par son Incarnation. Souvent, on associe trop facilement le baptême à la seule adoption - ce qui est déjà énorme -. Nous devenons fils et filles de Dieu dans le baptême, mais il ne faut pas s'arrêter là . Il faut aller jusqu'à dire que dans le baptême nous plongeons dans la mort et dans la résurrection du Christ et ce deuxième aspect du baptême nous aide à mieux comprendre pourquoi le baptême est nécessaire. Si nous nous arrêtons seulement à la première partie, nous risquons d'être révoltés : nous sommes enfants de Dieu par le baptême mais les autres alors, ils ne sont pas enfants de Dieu ? C'est une question difficile, mais si on s'attarde sur la deuxième partie, on peut dire que le baptême est nécessaire. « Plonger dans la mort et la résurrection du Christ » peut se comprendre de deux manières. D'abord, si le Christ est ressuscité, alors nous passons de la mort à la vie avec le Christ qui est lui-même passé de la mort à la vie. Nous le croyons, le Christ est ressuscité et si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi, vaine aussi notre espérance. Mais nous passons avec le Christ de la mort à la résurrection également pour ne plus avoir peur. Et cette dimension de la vie avec le Christ est très importante : nous vivons avec le Christ pour ne plus avoir peur. Souvenez-vous que dans la Bible, il y a « N'ayez pas peur », sous une forme ou une autre, 366 fois. Le Seigneur avait pensé aux années bissextiles ! Le thème de la peur, de la mort est un thème très important. La peur, Le Christ lui-même veut la guérir, tout d'abord en prenant sur lui la mort, en prenant sur lui notre mort, et tout le travail de Dieu, dans la Bible, c'est de nous faire passer de la peur à la crainte parce que la crainte est bonne et bénéfique alors que la peur est négative. Pourquoi avons-nous peur de la mort ? Tout d'abord parce qu'elle détruit la vie et nous avons en nous une puissance de vie, un désir profond de vivre. La mort détruit la vie et nous en avons peur. Nous avons peur aussi de la mort parce qu'elle nous est inconnue et nous avons peur de l'inconnu, comme nous avons peur de l'autre que nous ne connaissons pas, comme nous avons peur de nous-mêmes et de ce que nous ne connaissons pas en nous, comme nous avons parfois peur de Dieu si nous ne le connaissons pas assez. Le Christ en prenant sur lui la mort, guéri ces deux peurs. Puisque dans la mort nous trouvons la vie, alors cette puissance de destruction qu'est la mort, finalement, dans le Christ, ne va plus être un obstacle définitif à la vie. Notre peur de perdre la vie peut être guérie. Et l'inconnu ? L'inconnu de la mort n'est pas guéri ! Si comme beaucoup vous avez imaginé votre mort, vous êtes face à l'inconnu. Mais la différence qu'il y a entre la mort absolument inconnue et la mort avec le Christ, c'est que, dans cette pièce qu'est la mort nous ne sommes plus seuls, il y a quelqu'un qui nous aime et qui nous attend. Et si cette pièce est totalement inconnue, passer de la peur à la crainte, c'est passer d'une réalité effrayante à une présence aimante. La différence entre la peur et la crainte, c'est que la peur est destructrice, elle nous empêche d'agir, elle nous fait fuir, parfois elle est mortifère. D'ailleurs, lorsqu'il y a une peur trop violente, une peur panique dans un établissement, les gens réagissent en faisant tout à l'opposé de ce qu'ils devraient faire. La peur entraîne la mort. Parfois la peur nous rend coi, elle nous empêche de parler au moment où nous aurions besoin de demander de l'aide. C'est vrai physiquement, c'est vrai psychologiquement. La peur est destructrice et la peur parfois peut nous faire désirer la mort sans le Christ. Qu'est-ce que la crainte ? La crainte, c'est la peur de blesser l'autre. La crainte implique l'amour. La crainte est positive et bienfaisante parce que la crainte me fait avoir peur de décevoir ou de blesser l'autre. La vraie crainte de Dieu implique l'amour : si j'aime Dieu, j'ai finalement peur de le décevoir, j'ai peur de ne pas l'aimer assez, j'ai peur de ne pas répondre à son amour. Alors la solution pour guérir la peur est de vivre avec le Christ, d'apprendre à la connaître, d'apprendre à l'aimer, d'apprendre à être aimé par lui. J'ai dit tout à l'heure que nous plongions dans le baptême, dans la mort et la résurrection du Christ. C'est une réalité, puisque nous allons mourir et ressusciter avec lui, c'est aussi une inclusion : la mort et la résurrection sont les deux extrêmes d'une réalité qui nous permet d'imaginer qu'en plongeant dans la mort et la résurrection du Christ, nous plongeons, symboliquement dans toute sa vie. Le baptême nous fait plonger dans toute la vie du Christ comme lui le premier a plongé dans notre humanité. Il est venu nous prendre par la main, délicatement, discrètement comme le dirait la première lecture : « il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique, il n'écrasera pas le roseau froissé. » Le Seigneur vient nous prendre par la main dans la durée. Dans toute notre vie, dans toute notre existence : c'est le sens profond du baptême. Le baptême, ce n'est pas un instant, une célébration, un rite seulement, mais c'est toute une vie. Il veut partager toute notre vie ; alors s'il partage toute notre vie, tous les instants de notre vie, les bons comme les mauvais, les moments de crise comme les moments de joie, les moments de sainteté comme les moments de péché. Il nous fait alors passer, par sa présence, de la peur à la crainte bienfaisante. Nous avions peur de l'inconnu, n'ayons plus peur puisque dans cette pièce inconnue il y a celui que nous connaissons et que nous aimons. Mais cela ne marche plus du tout si nous ne connaissons pas le Christ. Le seul moyen de guérir nos peurs, c'est de connaître le Christ et d'aimer. Il y a aussi une analogie à faire entre la pudeur et la peur. Vous avez remarqué que la pudeur est la réaction que nous avons lorsque quelqu'un pose sur nous un regard réducteur. C'est vrai physiquement, c'est vrai spirituellement, c'est vrai psychologiquement. Lorsque quelqu'un veut réduire notre personne à l'une de ces dimensions, que ce soit notre corps, notre intelligence ou n'importe quel autre aspect de notre vie, nous avons une réaction, une réaction bienfaisante de pudeur qui nous permet de nous révolter face au fait que nous sommes utilisés. Qu'est ce qui guérit la pudeur ? C'est l'amour. Parce que l'amour regarde la personne dans sa totalité. On aime l'autre pour ce qu'il est et pas parce qu'il est intelligent, parce qu'il a réussi, parce qu'il est beau… Non, on regarde l'autre tel qu'il est dans sa totalité. Et là , la pudeur est guérie et nous pouvons être reçus, recevoir et donner. Le Christ nous permet de réaliser en nous le passage de la peur à la crainte comme dans la vie nous passons de la pudeur à l'amour. Le baptême, c'est tout cela. Alors je comprends mieux pourquoi le baptême est nécessaire : par le baptême, j'ai la foi et en ayant la foi, je peux connaître le Christ, je peux l'aimer et je peux croire, croire qu'il est ressuscité, croire qu'il est présent dans ma vie, croire qu'il m'accompagne dans la souffrance et dans la mort. Alors sa présence, reçue dans le baptême et dans une connaissance approfondie et régulière, nous fait passer de la peur à l'amour, à l'amour révérencieux, à l'amour qui sait que lui seul le Christ peut nous sauver parce qu'il est Dieu. Je crains Dieu parce que je l'aime et parce que je sais qu'il peut, en moi, réaliser des choses merveilleuses, me faire passer de la mort à la vie. N'ayons plus peur de plonger dans la vie du Christ, comme nous l'avons fait au jour de notre baptême et profitons de ce dimanche du baptême du Seigneur pour renouveler les promesses de notre baptême, c'est à dire pour lui redire que nous l'aimons, que nous voulons être reçus par lui, que nous nous reconnaissons comme ses enfants bien-aimés car il est notre Dieu et celui qui nous aime. Amen.
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