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Cinquième dimanche de carêmeHomélie du Père Bernard Planche
Qu'avez vous fait de ce Carême ? Parfois, entre chrétiens convaincus, on se pose depuis quelques jours cette question. On se fait parfois la remarque : cette année je ne suis pas arrivé à rentrer dans le Carême. Souvent, on veut dire par là que les résolutions prises avant le Mercredi des Cendres n'ont pas encore connu de concrétisation. Nous avions décider de jeûner un peu et nous avons, vendredi de Carême après vendredi de Carême dû accepter des invitations tout à fait inévitables qui nous ont obligé à manger des choses succulentes mais presque à l'insu de notre plein gré comme l'aurai dit un humoriste. Nous nous étions engagés à prier, mais les impératifs catégoriques des agendas en ont décidé autrement.
Avant que nous ne désespérions de nous-mêmes, il serait peut-être bon de nous rappeler la vraie nature du Carême. C'est un itinéraire baptismal. C'est à dire qu'il est d'abord un temps de préparation pour ceux dont le baptême sera célébré dans la nuit de Pâques. C'est particulièrement vrai en cette première année du cycle des lectures du dimanche, ce que l'on appelle communément l'année A. Nous y relisons en effet les textes choisis pour préparer les catéchumènes à Rome dès l'Antiquité. Sans doute la plupart d'entre nous ne préparent pas leur baptême. Mais cela ne nous dispense pas du Carême : d'abord parce que nous avons à être solidaires des futurs baptisés, ensuite parce que l'Eglise à jugé bon, chaque année avant Pâques d'inviter tous les chrétiens a revisiter le don infini de chaque baptême : il fait de nous des fils et des filles de Dieu à l'égal du Christ, le fils éternel du Père. Nos efforts de jeûne, de prière et de partage sont là pour nous désencombrer de nous-mêmes et nous permettre de redécouvrir les dons de Dieu. Ce dimanche, nous sommes invités à nous émerveiller de ce que la grâce accomplit en nous unissant au Christ : nous sommes libérés de la mort. Ezéchiel parle de tombeaux qui s'ouvrent. Nous sommes juste après la vision des ossements desséchés et le texte que nous avons lu en est, en quelque sorte l'explication. A la vérité, Ezéchiel ne pensait pas à une survie individuelle après la mort. Le peuple juif ne croira à une vie personnelle après la mort que moins de deux cent ans avant le Christ. Avec Ezéchiel, nous en sommes encore loin. Cela peut nous surprendre, mais dans cette mentalité antique, on ne se soucie guère de sa propre survie. Ce qui compte c'est la survie du Peuple. Et lui ne peut mourir. Il ne peut disparaître parce que les promesses de l'Alliance irrévocable de Dieu lui ont été faites. Voilà ce que disait Ezéchiel : « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous installerai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur » Cela n'empêche pas que par le prophète, Dieu préparait son peuple à entendre la Révélation de ce que son amour entend réaliser. Pour croire en la résurrection individuelle, il faudra que deux éléments se combinent: d'abord s'intéresser au sort de l'individu et cela prendra du temps pour que l'on distingue les individus du groupe ; un deuxième élément est indispensable pour que naisse la foi en la Résurrection : il faut croire en un Dieu qui ne vous abandonne pas à la mort. Et cela aussi prendra du temps : encore à l'époque de Jésus, les sadducéens sont désignés comme ceux qui ne croient pas à la résurrection. Dans ce contexte Jésus prend nettement partie : il est de ceux qui croient eux, en la résurrection. Et ses amies aussi. La profession de foi de Marthe l'affirme nettement : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour ». Le geste de Jésus d'appeler Lazare du tombeau va être un signe indubitable qu'il est vraiment Seigneur des morts et des vivants. Simplement, il est peut-être faux de parler de résurrection de Lazare. En effet, pour Lazare, tout recommence comme avant : il va reprendre sa vie et un jour, il mourra encore. Ce n'est pas cela que nous appelons résurrection. Il serait plus juste de parler de réveil de Lazare. Mais, ce qu'il aura vécu aura été pour la Gloire de Dieu, comme l'affirme Jésus : « Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la Gloire de Dieu ». Qu'est-ce que la gloire de Dieu ? C'est la pleine manifestation de son mystère. La réponse aux deux questions qui empêchaient Ezéchiel de croire en la résurrection personnelle : Dieu aime chaque homme et chaque femme d'un amour unique et infini, comme le Christ aimait Lazare. Cet amour est si grand que rien, pas même la mort ne peut nous séparer de l'amour du Christ. Nous n'aurons la pleine révélation de ce que l'amour de Dieu veut pour nous qu'après Pâques : la résurrection elle est définitive et elle est pour nous. Sur notre chemin baptismal de Carême nous sommes donc invités à ouvrir les yeux sur l'immensité de l'amour de Dieu sur chacun de nous. Nous sommes invités aussi à nous découvrir fait pour la vie éternelle, à partager en tout la vie même de Dieu. Nous ne vivons pas sous l'emprise de la chair, nous disait saint Paul, mais sous celle de l'Esprit : l'amour du Père qui nous est donné pour ne faire qu'un avec lui. Je crois qu'il y a un troisième élément que nous sommes invités à redécouvrir : chacun de ceux que je côtoie tout au long de mes journées est aimé de ce même amour. Puisque l'amour infini de Dieu l'appelle à partager sa vie, je devrais trouver une valeur infinie à chacun des frères et des sœurs qui me sont donnés. Nous qui sommes rassemblés ce matin dans cette cathédrale nous ne sommes pas d'abord un peuple de juste ou de parfaits. Cela se saurait ! Nous sommes le peuple de ceux qui découvrent l'amour de Dieu et le projet de cet amour pour chacun de nous. L'Eglise, c'est le peuple de ceux qui se savent sauvés et qui sont envoyés pour témoigner de cette bonne nouvelle. Dieu fasse de nous des pierres vivantes de cette Eglise. Amen. Père Bernard PLANCHE |
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