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Deuxième dimanche de l'Avent - Année A

Lectures et homélie du père Roland Bresson



Première lecture : Livre d'Isaïe 11,1-10.

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins. Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le boeuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Deuxième lecture : Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 15,4-9.

Or, tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l'espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture. Que le Dieu de la persévérance et du courage vous donne d'être d'accord entre vous selon l'esprit du Christ Jésus. Ainsi, d'un même coeur, d'une même voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu, vous qui étiez païens. Si le Christ s'est fait le serviteur des Juifs, c'est en raison de la fidélité de Dieu, pour garantir les promesses faites à nos pères ; mais, je vous le déclare, c'est en raison de la miséricorde de Dieu que les nations païennes peuvent lui rendre gloire ; comme le dit l'Écriture : Je te louerai parmi les nations, je chanterai ton nom.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 3,1-12.

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole transmise par le prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Jean portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain venaient à lui, et ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre à ce baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, pour vous amener à la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ; il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. »

Homélie du père Roland Bresson.

Habituellement on trouve que l'Ancien Testament est sévère et que le Nouveau Testament vient l'adoucir. Ne trouvez-vous pas qu'aujourd'hui c'est l'inverse ? Le prophète Isaïe vient de chanter avec sa poésie caractéristique : «Un rameau sortira de la souche de Jessé… Le loup habitera avec l'agneau… Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra… ». Tandis que l'Évangile vient de clamer : « Engeance de Vipères… tout arbre qui ne porte pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu… La paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. ». De ceci j'en tire un premier enseignement : ne trions pas à l'intérieur de la Parole de Dieu. Tout est donné par Dieu pour avertir, corriger, servir d'exemple, même les plus terribles avertissements. Non, ne trions pas car « Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper. » Deuxièmement, rappelons-nous que notre Mère l'Église nous guide en nous proposant telle ou telle page de la Sainte Ecriture lors de tel ou tel temps liturgique… avez-vous remarqué qu'elle nous propose d'entendre les passages de l'Évangile où c'est non pas Jésus en direct, mais Jean-Baptiste qui prêche et annonce le Royaume. Durant ce temps de l'Avent, temps de l'attente et de l'absence, en choisissant de nous faire entendre ces passages initiaux des évangiles, on dirait qu'elle se met en scène. Elle choisi de nous faire entendre la prédication de Jean : Quand Jean parlait, c'est Jésus qu'il annonçait, quand il prêchait, c'est Jésus qui parlait déjà, quand il disait à ses disciples : « voici l'Agneau de Dieu » et qu'il laissait partir ses disciples derrière Jésus, c'est pour Jésus qu'il « roulait », quand il était décapité, c'est Jésus qu'il aimait. De la même façon, semble nous dire l'Église dans le choix de ces évangiles : aujourd'hui nous ne voyons pas Jésus, il est absent puisque déjà venu et pas encore de retour, mais nous voyons et entendons l'Église. Quand l'Eglise parle, c'est Jésus qu'elle annonce, quand elle enseigne, c'est Jésus qui parle, quand elle désigne « l'Agneau de Dieu » sur l'autel (avec les paroles mêmes de Jean-Baptiste) puis quand elle envoie ses évêques, ses prêtres, ses diacres, ses catéchistes, tous ses fils et filles baptisés en mission, c'est pour Jésus qu'elle « roule ». Quand elle est persécutée, diminuée, moquée, c'est Jésus qu'elle aime. Nous voici donc en Avent, pour célébrer les venues du Seigneur : première venue d'autrefois : quand il nous a fait miséricorde par la croix, troisième venue : un jour dans la gloire pour juger les vivants et les morts, deuxième venue : aujourd'hui en nos cœurs pour nous transmettre sa grâce. D'ailleurs, écoutons comment commence l'Évangile d'aujourd'hui : « en ces jours là, paraît Jean le Baptiste ». L'expression est paradoxale : l'Esprit saint, n'en doutons pas, connaît ses conjugaisons. Alors pourquoi dit-il par la plume de saint Matthieu : « en ces jours là » , en de tais hémérais dit le grec, in diebus illis traduit le latin, en ces jours-là dit très fidèlement le français. On entend ici, on suppose, qu'on va nous raconter une histoire qui commence un peu comme 'il était une fois'. Mais aussitôt la suite arrive « paraît Jean le Baptiste ». « Paraît » et non pas : « parût ». « Paraît » l'Esprit saint conjugue le verbe paraître à l'indicatif, présent, troisième personne du singulier. C'est que ce que nous allons entendre n'a pas été dit autrefois, mais « est dit » aujourd'hui. Alors les reproches qui suivent ne sont pas pour l'autrefois des pharisiens et des sadducéens mais pour notre aujourd'hui : c'est nous qui nous sentons visé par « l'engeance de vipères » c'est nous qui sommes accusés puis conseillés : « qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion » Quand Jésus vient, par la voix de son prophète, par la voix de l'Église, aujourd'hui, il avertit très durement, il nous corrige pour que nous connaissions le cap que nous devons suivre dans notre existence croyante. « tout ce que les livres saints ont dit avant nous est écrit pour nous instruire, afin que nous possédions l'espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture » nous a dit saint Paul, juste avant l'Évangile. Produire un fruit qui exprime notre conversion, c'est le but de notre course, mais Jean Baptiste n'entre pas dans les détails pour le moment. A quel fruit pense-t-il ? C'est là que l'Église nous donne peut être un cap repérable à garder durant cette semaine, quand elle choisi de nous livrer les paroles de saint Paul aux Romains : « accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu ». Dans sa grande expérience, notre mère l'Église le sait bien : une des grandes tentations de ceux qui veulent suivre le Christ, c'est la tentation du sectarisme : « celui-là n'est pas de mon avis. Il n'est pas comme il faut ! il n'est pas d'ici ! il n'est pas comme nous ! » Jean disait déjà : « n'allez pas dire : nous avons Abraham pour père », lisons aujourd'hui : « n'allez pas dire : nous étions à la messe à la cathédrale, ou bien dans telle ou telle paroisse de notre bonne ville du Puy » ou encore : « nous avons tout fait comme il faut ». Si tu as 14 ans environ, ne vas pas sortir systématiquement tes épines de hérisson sitôt que tu vas voir un tel ou une telle. Si vous êtes parents, n'allez pas vous énerver une fois de plus en abordant tel ou telle de vos enfants qui piétine un peu trop sur le chemin de sa croissance… n'allons pas critiquer stérilement pour la centième fois. Saint Paul dit : « accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis ». Méditons comment Jésus nous a accueilli… sans se compromettre mais sans faire semblant de vivre notre existence humaine… dans la vérité et dans la miséricorde : il est la vérité miséricordieuse et la miséricorde qui fait jaillir la vérité. Cela me rappelle l'issue d'un pèlerinage d'un mois en Terre Sainte, quand j'étais séminariste, avec d'autres séminaristes. Durant quinze jours nous avions du nous organiser pour acheter notre nourriture sur les souks de Jérusalem, de Tabga et d'ailleurs. Il avait fallut marchander, vivre avec un peuple palestinien ou juif avec sa culture bien différente de la notre. Et dans le bilan final du pèlerinage, un des séminaristes disait que cela avait été une expérience déroutante et qu'il était rempli d'admiration pour le Christ qui s'était incarné dans ce peuple-là ! Eh bien oui, Jésus n'a pas attendu que nous soyons « comme il faut » pour venir s'incarner au milieu de nous ! Allons-nous donc accueillir comme lui durant cette semaine ? Je voudrai terminer par une contemplation des détails de la garde-robe et du garde-manger de saint Jean-Baptiste. Si l'Esprit saint a pris la peine de faire rappeler à Saint Matthieu comment Jean était habillé et ce qu'il mangeait, c'est que cela doit avoir de l'importance pour nous. D'ailleurs dans la bouche même de Jésus, plus loin dans l'Évangile, il y a des remarques positives sur l'habillement et la nourriture du Baptiste. Il était vêtu de poils de chameau : c'est la rudesse et l'ascétisme du prophète qui est signifiée ici. Suivre le Christ c'est pas toujours vivre dans la molesse… Il portait une ceinture : dans l'Ancien Testament, la ceinture est le signe de l'attachement à Dieu. Il y a des paraboles chez les prophètes parlant de ceinture pourrie qui est signe de la défaillance du peuple à rester attaché à son Dieu. Cela me fait penser à la bienheureuse Agnès de Jésus qui dans cette cathédrale au pied du saint crucifix et de l'image de Notre-Dame du Puy, décida de porter à jamais autour des reins une chaîne qui signifierai sont attachement total à Marie. Cette chaîne aujourd'hui encore, fait des miracles à Langeac. Car ce qui attire les foules auprès d'un ami de Dieu, ce n'est pas l'apparence mais son attachement d'amour à son Dieu. On voit bien qu'on peut faire confiance à saint Jean non pas à cause de son habillement, mais par son attachement au Christ. Ah, si nos discours et nos actions étaient plus intimement accompagnés d'un amour plus grand pour Dieu, alors nous attirerions à nous pour l'amour de Dieu. Jean mange des Sauterelles ! d'habitude, depuis les plaies d'Egypte, ce sont les sauterelles qui mangent tout. Eh bien là, c'est l'ami de Dieu qui mange tout, c'est l'ami de l'Époux qui maîtrise et domine tout : tout est renversé quand on aime Dieu nous dit saint Jean par l'ordinaire de ses repas… Il mange du miel sauvage : il se laisse nourrir de ce qui sort des mains du Créateur, transformé par les abeilles : il a déjà prié et vécu la quatrième demande du Notre Père : « donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour ». Et nous nous rappelons que selon le psaume, le miel a le goût de la Parole de Dieu : Elle est douce comme du miel sous le palais. Durant cette semaine, faisons notre miel de la Parole de Dieu, méditons, comme Marie, toutes ces choses en notre cœur et demandons la grâce, nous sommes en temps d'Avent, donc le temps de la grâce, demandons au Père la grâce de nous faire porter un fruit qui exprime notre conversion. Amen.


Homélies


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Homélie du 27 juillet 2008 par Mgr Henri Brincard