Histoire d'une ville sanctuaire

En écho à la fascination des générations passées, Georges Sand écrivait : Ce n'est pas la Suisse, c'est moins terrible, ce n'est pas l'Italie, c'est plus beau. Le site étonnant du mont Anis, lieu sacré pour les païens bien avant la christianisation, semble avoir de tous temps attiré les hommes. L'établissement d'un sanctuaire chrétien est sans doute très ancien mais ses origines demeurent mystérieuses, des incendies successifs ayant détruit presque tous les témoignages.



L'archéologie et l'histoire

Histoire d'une ville sanctuaire
Un manteau de légendes entoure ici la naissance de la dévotion à la Vierge, aux Vè et VIè siècles. Sans les prendre au pied de la lettre, il serait dommage de les ignorer. En effet, si l'archéologie fonde concrètement l'histoire du site, la légende en dévoile le sens et la vocation profonde.

Les temps les plus anciens

Habité depuis l'Âge du Bronze (2000 ans av. JC), l'existence de routes antiques fait du site du Puy-en-Velay un lieu carrefour, depuis la haute antiquité. Un culte païen au dieu local Adidon s'est développé sur le mont Anis. Une pierre réemployée dans la cathédrale semble indiquer qu'il fut associé au culte de l'empereur par les Romains entre le Ier et le IIIème siècle ap. JC. À la fin du VIème siècle, on trouve pour la première fois mention du "locus Anicium" et le nom de l'évêque, Aurelius, dans l'Historia Francorum de Grégoire de Tours (596).

Une cathédrale vellave pour Notre-Dame

Histoire d'une ville sanctuaire
Si les fouilles conduites au XIXème siècle révèlent l'existence d'un temple à l'emplacement même du sanctuaire, elles en ont malheureusement bouleversé les fondations. Les dernières mises à jour ont démontré l'existence d'importants bâtiments gallo-romains, et retrouvé les éléments du sanctuaire chrétien du IXème siècle.

La cathédrale actuelle, en forme de croix latine à six travées, peut être datée des XIème et XIIème siècles. Seul le choeur repose sur le rocher ; les deux travées suivantes ont été bâties sur du remblais gallo-romain, les quatre autres, surmontées de coupoles, reposent au-dessus du vide : elles sont posées sur d'énormes piliers bâtis dans la pente du mont Anis. L'entrée se faisait par un escalier souterrain débouchant directement devant le choeur : supprimé à la fin du XVIIIème, il a été rétabli en 1998. Les transepts sont surmontés de tribunes. Celle du nord a conservé son décor à fresques qui permet d'imaginer celui de toute la cathédrale à l'époque romane. De cette période nous sont parvenus intacts l'architecture des troisième et quatrième travées ainsi que quelques éléments de polychromie. Les autres parties ont été plus ou moins modifiées ou rebâties.

Les traditions

Histoire d'une ville sanctuaire
La première mention de la tradition touchant aux origines du culte marial au Puy apparaît dans un document du XIVème siècle. Il s'agit de deux récits. Le premier raconte l'évangélisation de la région par Georges et Front, envoyés par saint Pierre, le second raconte la fondation de la cathédrale. Dans un songe une noble dame, malade, est appelée à monter sur le Mont Anis. Arrivée au sommet elle s'assoupit sur une pierre de dolmen. Bientôt se manifestent tout autour une grande multitude de saints et d'anges et, au dessus la Souveraine du monde, la Vierge Marie, Mère de Dieu Tout Puissant qui lui demande que ce lieu lui soit consacré. La femme se réveille guérie. Forte de sa vision, elle court trouver Georges, son évêque ; tous deux se rendent sur le mont Anis et découvrent un cerf qui trace dans la neige tombée dans la nuit les limites du futur sanctuaire. L'évêque fait délimiter aussitôt l'espace par des branches de buisson épineux. Le lendemain ils les trouvent fleuries et embaumant.

La coïncidence de ce récit avec celui de la fondation de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome est significative. Les deux sanctuaires sont en effet dédiés à celle que le Concile d'Éphèse, en 431, a proclamée Mère de Dieu, Theotokos : Marie, Mère de Jésus, vrai Dieu et vrai Homme. Il reçut d'elle un corps semblable au nôtre et mourut sur la Croix pour notre Salut. Singulièrement, le sanctuaire du Puy évoque le Mystère de l'Incarnation Rédemptrice : la Vierge Marie y est honorée sous le vocable de Notre-Dame de l'Annonciation.


Le pèlerinage

Histoire d'une ville sanctuaire
Nous ne possédons pas d'écrits antérieurs au IXème siècle sur le pèlerinage au Puy. Précurseur de l'élan de toute l'Europe vers le tombeau de Saint-Jacques, l'évêque Godescalc (935-962) se rend en Galice. En rapportant d'Espagne un traité sur la virginité de Marie, Mère de Dieu, il donne un nouvel essor à ce culte marial, déjà ancien dans sa cathédrale. Il associe le culte de saint Michel à celui de Marie, en encourageant la construction de la chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe : l'Archange se trouve ainsi en face de la Reine comme son plus fidèle serviteur, le premier de ses sujets. Dès le Xème siècle les proportions prises par le culte voué à la Vierge, reconnu par le Pape et le roi, font de l'évêque du Puy un personnage important. Ainsi, l'évêque Guy d'Anjou (975-996) sera à l'origine de la paix de Dieu, dont l'application sera peu à peu étendue à toute la chrétienté.

Il est actuellement difficile de dire quels ont été les premiers supports de la dévotion mariale au Puy : Reliques ? Pierre de l'apparition ? Statue ?... Une chose est certaine : un texte de donation à Notre-Dame du Puy, daté de 1096, mentionne explicitement une statue dont les historiens font remonter la présence au Xème siècle. Elle a malheureusement été brûlée à la Révolution (1794) et nous ne la connaissons que par quelques rares représentations.

Quoiqu'il en soit, dès 1020, Bernard, écolâtre d'Angers, dans le Livre des Miracles de Sainte-Foy de Conques, évoque la célèbre et populeuse ville dont l'ancien nom était Anicium et qu'on appelle... Le Puy de Sainte-Marie. Et en 1051 le pape Léon IX, en accordant le pallium2 à l'évêque du Puy, déclare : La Vierge Mère de Dieu... reçoit un culte en l'église d'Anis ou du Puy-Sainte-Marie plus spécial et plus filial d'amour et de vénération que nulle part ailleurs dans les autres sanctuaires qui en France lui sont dédiés.

Le rayonnement du sanctuaire est donc attesté dès le XIème siècle au moins. Douze rois de France se sont succédés au pied de Notre-Dame du Puy, de Louis le débonnaire au IXème à François Ier au XVIème. Six papes y viendront en pèlerins, dont le premier est Urbain II ; il se trouve au Puy le 15 août 1095 et confie sans doute à la Vierge un grand dessein : libérer le tombeau du Christ. En novembre il lance la première croisade au concile de Clermont et choisit l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil comme légat. Chef religieux de l'expédition, il prie la Mère de Miséricorde, sa Reine, en mettant sa marque de poète sur le Salve Regina...

Le pèlerinage connaît son apogée au XIIIème ; la guerre de Cent Ans verra le Royaume invoquer Notre-Dame du Puy comme sa protectrice, mais le déclin amorcé ensuite se confirme avec les guerres de religion. Le XIXème siècle voit un renouveau : Le Puy relance le pèlerinage et l'édification de la grande statue de Notre-Dame de France mobilise le pays tout entier. Le XXème siècle s'ouvrira sur l'édification du monument à saint Joseph et les pèlerinages reprendront, attirant particulièrement la jeunesse (pèlerinage des scouts en 1942, départ pour les JMJ à Saint-Jacques-de-Compostelle en 1989, Eurojam de 1994...).

Parmi les millions de pèlerins qui se sont succédés pour prier la Vierge au Puy plusieurs ont vu leur sainteté reconnue par l'Église. On peut citer entre autres, saint Eudes, saint Mayeul, saint Odilon, saint Robert de Turlande, saint Antoine de Padoue, saint Dominique, saint Roch, saint Vincent Ferrier, sainte Colette de Corbie, la bienheureuse Agnès de Langeac, saint Jean-François Régis, saint Benoît Labre, sainte Marie-Euphrasie Pelletier, saint Bénilde, et cette liste est loin d'être exhaustive. Ils précèdent tous ceux que la Vierge a attirés au Puy, exauçant leurs demandes, soulageant leurs misères. À tous, comme en témoigne sa statue et le demande le chant du Salve, elle montre Jésus, le fruit béni de son sein.

Marie Cath
Lu 5438 fois


Vie de la cathédrale | La liturgie à la Cathédrale | La cathédrale | Vie culturelle | Espace Notre Dame | Notre-Dame-du-Puy | Notre Dame de France | Saint-Jacques- de-Compostelle | Le baptistère Saint Jean


Patrimoine mondial de l'humanité



Abonnez-vous à la lettre du site