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Homélie de Monseigneur Brincard pour le jour de Noël
Chers amis, je vous souhaite à chacun, à chacune et à toutes vos familles, à tous vos proches et à tous ceux que vous rencontrerez un heureux Noël. Noël, c’est un mystère de joie, mais d’une joie très profonde, une joie qui apporte avec elle une paix : se savoir aimé et savoir où cet amour nous conduit.
Chers amis, nous venons ici ce soir avec nos souvenirs parfois émouvants, nos désirs, nos joies et nos épreuves. Nous venons surtout ici avec une grande espérance. Et c’est précisément à cette espérance que répond le message de Noël. Noël, je viens de le dire, c’est la grande découverte de l’amour de Dieu pour les hommes. Deux grands désirs habitent notre cœur, si nous prenons le temps de les écouter. Le désir d’une délivrance : qui d’entre nous n’a pas besoin de changer sa vie et donc son cœur ? Le désir aussi d’une plénitude définitive, une plénitude que la Bible appelle la paix. Et à partir de cette découverte ou redécouverte de ces désirs qui vous ont finalement poussés à venir ici ce soir. A partir de là , nous nous interrogeons : avec les innombrables générations humaines, qui nous ont précédées, qui peut nous apporter cette paix ? Une très belle veillée nous a aidés à cheminer avec l’humanité et ses questions que je viens de rappeler et qui retentissent dans notre cœur parce qu’elles sont très actuelles pour nous. Comme cette veillée nous l’a rappelé, l’humanité pendant des siècles était assise à l’ombre de la mort. Et voilà que tout à coup, un petit peuple apparaît avec un immense message. Ce peuple, c’est le peuple d’Israël. Un peuple formé et conduit par celui qui veut sauver les hommes. Oui, pour l’historien que j’ai été, il est impressionnant de regarder ce petit peuple traverser les siècles sans autre puissance que son message. Parfois écrasé, parfois prêt à disparaître et pourtant cheminant toujours car convaincu, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, que l’amour invincible du Dieu de l’univers comblera les aspirations de l’homme. Et de fait, il les comblera par un enfant. Celui qui est la puissance même se fait tout petit. Celui qui a créé l’univers dans un acte d’amour s’approche de l’homme en l’apprivoisant comme le dira saint Bernard dans son merveilleux langage. Et voilà qu’un événement inouï se produit, que l’Evangile nous rappelle : Dieu accompli sa promesse. Il vient vers l’homme par un chemin inouï ; un chemin par lequel il se met à la portée de l’homme pour le hisser à son niveau, au niveau même de son créateur et père : c’est le grand mystère que nous célébrons ce soir, le mystère de Jésus en qui la nature humaine est unie à la nature divine par l’œuvre du Saint-Esprit. Et cette œuvre, l’Esprit Saint, l’accomplit dans une femme. Quiconque veut comprendre la grandeur de la femme et sa place dans l’Eglise, doit regarder Marie : c’est la première place pourvu qu’elle ne soit pas perdue par celles qui sont aimées de Dieu d’une manière toute particulière et qui sont souvent terriblement bafouées dans leur dignité.
Le mystère de Noël a fait pleurer saint François ; et c’est saint François aussi qui a eu cette idée merveilleuse de la crèche que je vous invite à regarder non pas en pensant que c’est un beau conte mais que c’est un événement inouï : la rencontre de Dieu avec l’homme. Une rencontre qui bouleverse notre cœur au sens premier du terme bouleverser, c’est-à -dire qu’il le change. Quand nous nous découvrons pauvre, Noël devient un mystère de joie.
Chers amis, comme je voudrais que chacun et chacune d’entre vous se sente, ce soir, immensément aimé ! comme je souhaite que la crèche de Jésus ce soir, ce soient nos cœurs ! comme je désire que Marie, par laquelle Dieu est venu en ce monde, nous aide à envelopper Jésus de toute notre tendresse pour que, pardonnez-moi cette comparaison un peu familière, Jésus ait très chaud dans notre cœur, comme il a été enveloppé non seulement de langes par Marie mais par un immense amour du cœur de Marie, toute humble, toute petite, se recevant de celui qu’elle avait mis au monde.
Chers amis, pour rencontrer le Christ présent en nous, il faut ressembler aux bergers, ces hommes très méprisés car, à l’époque où Jésus est venu en ce monde, ils ne pouvaient pas accomplir les prescriptions de la loi notamment en ce qui concernait la vie liturgique du peuple de Dieu. Obligés par leur fonction à veiller leurs troupeaux ou à les conduire, ils ne pouvaient pas se rendre au temple ; ils ne pouvaient pas participer régulièrement à la grande prière offerte au temple à la gloire du Dieu d’Israël qui est le Dieu du monde. Pour cette raison-là , ils étaient tenus à l’écart, méprisés ; et bien, ce sont eux qui ont eu en premier le message inouï de Noël, nous l’avons entendu dans l’Evangile. Pour rencontrer le Christ, il faut avoir un cœur pauvre, un cœur qui a faim, un cœur qui a soif, un cœur qui désire. Et c’est donc cette grâce que nous demandons ce soir. Pour que cette rencontre transforme notre vie, il faut aussi sans cesse suivre celui que nous avons découvert, devenir les serviteurs de cet amour qui sauve. Et je dis bien que le mot « amour » et le mot « salut » sont pour toujours unis dans le mystère du Christ.
Je voudrais conclure en souhaitant que nous puissions communiquer la joie de Noël par ce que nous sommes plus que par nos paroles. Le monde a besoin de joie. Et parce qu’il a besoin de joie, il a besoin d’être aimé avec un cœur plus grand que le nôtre. Certes, l’homme peut faire des choses admirables qu’il doit à l’intelligence qu’il a reçue de Dieu. Certes, il peut accomplir des œuvres qui suscitent l’étonnement. Mais voyez-vous, chers amis, il y a une chose que le monde ne peut pas faire sans l’aide de Dieu, c’est changer son cœur et c’est pourquoi, comme je l’ai dit ici même il y a quelques jours : quand un cœur change, le monde devient meilleur. Et l’amour, loin de s’opposer à la justice, permet à la justice de s’accomplir selon ses exigences propres. C’est ce que Benoît XVI a rappelé dans des enseignements qui sont très actuels. Bon Noël, très bon Noël !
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