Homélie de dimanche 24 mai prononcée par le Père Emmanuel GOBILLIARD



Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus parle à son Père, c’est sa grande prière sacerdotale, son testament, peut être les paroles les plus précieuses qu’il confie à ses Apôtres et dans cet Evangile, il nous parle beaucoup du monde ; alors je me pose une question :



« Qu’est ce que le monde ? » La réponse n’est pas aussi facile qu’on pourrait le croire. Derrière un mot tout simple se cache une réalité assez difficile à définir précisément.



Est-ce la société dans laquelle nous vivons ? Peut être y a-t-il un peu du « monde » dans notre société mais les deux réalités ne peuvent se confondre.



Nous savons que ce n’est pas un lieu, ce serait en effet trop simpliste de dire qu’il y aurait un monde « mauvais », les pays occidentaux par exemple ou les pays du nord et un monde bon !



Le monde est-il une catégorie de personnes ?



On pourrait penser que le monde pourrait être par exemple, à l’époque de Jésus, sous l’occupation romaine, les militaires romains qui occupaient Jérusalem mais Jésus dit dans l’Evangile à propos d’un centurion romain qu’il n’a jamais vu de foi aussi grande en Israël. C’est peut être une catégorie de personnes marquées par le mal, prenons les meurtriers, les prostituées ou ceux qui ont trahis. Mais alors nous devons y inclure Saint Paul qui a persécuté les premiers chrétiens, et saint Pierre qui a trahit le Seigneur et Marie Madeleine.

Est-ce que ce sont les puissants ? Ceux qui ont le pouvoir ? Nous serions alors dans une sorte de lutte des classes où il y aurait les méchants puissants et les bons pauvres.



Saint Louis est un puissant et un saint, il a passé sa vie à utiliser sa puissance, la puissance que la société et Dieu lui avaient donné pour servir les plus pauvres, il était bon tout en restant puissant.



Est-ce que ce sont les riches, alors ? À l’époque de Jésus il y avait des riches, Joseph d’Arimathie par exemple, qui a proposé au Seigneur une sépulture, qui a risqué sa réputation en faisant cette proposition. Non ce ne sont pas des catégories de personnes prises comme des cases. C’est très facile pour nous de mettre des personnes dans des cases, et c’est très facile de croire que le monde, c’est les autres.



Il y a ceux-ci, ceux-là et on aurait tendance en lisant l’Evangile à croire que le monde ce sont tous les autres de façon indéfinie, c’est très facile de les mettre dans des catégories et du coup de s’en exclure évidemment.



Est-ce que le monde serait des activités mauvaises ?




Alors évidemment il y a des actes mauvais et à partir du moment où je suis sous l’emprise de ces actes, c'est-à-dire où je les commets et où je suis encore sous leur emprise, cela signifie que je n’ai pas été encore pardonné, si je suis sous l’emprise de ces actes, évidemment je fais partie du monde au sens mauvais, j’appartiens au monde comme dirait le Seigneur mais il y a des activités plus ou moins tranchées, je peux me détendre de manière sainte et de manière mauvaise.



Ce n’est pas aussi facile que cela de catégoriser des activités et là au risque de choquer, je dirais, est ce que la messe est une activité toujours bonne quelques soit les circonstances ?



Imaginez une mère de famille qui choisit d’aller à la messe en semaine à 17h lorsque ses enfants rentrent à la maison et qu’ils n’attendent qu’une chose, c’est que la maman s’occupe d’eux ; peut être que le fait d’aller à la messe à ce moment là, n’est pas une bonne chose. Ce peut être une fuite ; je peux me réfugier dans la prière ; se réfugier dans la prière, c’est choisir le moment de la prière où je dois faire tout autre chose. Dans une journée, il y a toujours un moment qui nous est offert, pour que nous puissions nous recueillir, prier, nous confier au Seigneur, l’ecclésiaste dirait : « Il y a un temps pour tout », ce n’est pas facile de se dire à quel moment on est dans le monde, qui est dans le monde, qui est mauvais, qui est bon, c’est très compliqué et c’est cette ambiguïté dont le Seigneur peut se servir pour nous dire à chacun de nous qu’il ne faut pas nous exclure trop vite de ce monde.



Le monde selon le Seigneur nous est plus facile à cerner si on emploie le terme « Prince de ce monde ».




La Bible désigne le Prince de ce monde : cela évoque un empire, une domination, une puissance, une durée, une persévérance dans le mal. « Errare humanum est ; perseverare diabolicum ». C’est le fait de s’enferrer dans des attitudes sans vouloir en sortir, le fait de manquer d’espérance parce que c’est l’espérance qui va me faire sortir de mon péché qui me fait appartenir au monde. Effectivement le monde, c’est la domination du péché qu’on peut trouver dans différentes activités, dans toutes personnes et en premier lieu, en nous ; le monde cela peut être une attitude générale qui manque d’espérance et qui nous empêche de recourir à Dieu. 



Evidemment Saint Pierre, quand il a trahi le Seigneur, était sous l’emprise du démon, sous l’emprise du Prince de ce monde mais il en est sorti. 



Le Seigneur nous donne l’espérance de ne pas nous enfermer dans une catégorie, il ne nous rejette pas définitivement, il n’y a pas de catégorie perdue, il n’y a pas de personnes perdues, il n’y a pas d’activités sauf celles qui sont intrinsèquement mauvaises qu’il soit si faciles de catégoriser, cela demande de notre part beaucoup de discernement et d’intelligence, beaucoup de recherche et de quête comme s’il fallait que je me pose toujours la question de ce discernement.




 Il y a trois autres mots importants dans l’Evangile : la fidélité, l’unité et la vérité. 



Si je prends le Prince de ce monde, je vois qu’il est à l’opposé de tout cela.





-          L’unité. « Diabolos » signifie celui qui divise ; le diable cherchera toujours à diviser, à nous diviser entres nous et à nous diviser intérieurement. En nous assimilant à notre péché dans les moments de désespoir, il va nous susurrer à l’oreille : « Tu es un meurtrier, un menteur et tu ne pourras jamais t’en sortir, tu t’es enfermé dans ton mensonge », c’est l’œuvre du démon qui nous catégorise, qui nous enferme alors que le pardon nous est offert pour nous libérer.

-          La vérité. Le Prince de ce monde est Prince du mensonge et le Seigneur lui oppose la vérité, cette vérité que nous devons faire dans nos vies en n’ayant pas peur de nous mettre face au Seigneur et à son amour pour que sa lumière éclaire notre vie et fasse la vérité dans nos vies, sur nos actions, sur nos comportements, cela s’appelle l’examen de conscience tout simplement : éclairer nos vies de la lumière du Seigneur pour ne pas être sous l’emprise du Prince de ce monde qui va nous empêcher de faire la vérité, qui va nous faire passer le bien pour un mal ou le mal pour un bien.




Faire la vérité c’est s’ouvrir déjà au pardon. Faire la vérité dans nos vies c’est aussi pointer du doigt le péché là où il est, dans mon cœur, car en le pointant du doigt, je me donne la possibilité de recevoir le pardon.



-          La fidélité. Discerner c’est donc s’empêcher de nous diviser, discerner c’est faire la vérité et le Prince de ce monde ne supporte pas non plus le troisième mot que le Seigneur emploie, la fidélité c'est-à-dire la foi.




La foi, croire que le Seigneur est plus grand que nous, que, comme nous l’avons entendu dimanche dernier, « si votre cœur vous accuse, Dieu est plus grand que votre cœur », quelle espérance !




Dieu ne nous enferme jamais, ni dans une catégorie, ni dans un groupe de personnes, il ne nous enferme pas dans notre propre péché.




Le monde, tel qu’il est défini dans cet évangile, est un manque d’espérance ; c’est croire que tout est joué d’avance, croire que l’on peut mettre des gens dans des cases, dans des boîtes. C’est peut être plus compliqué de vivre de l’Evangile quotidiennement, de se poser la question : Que dois je faire pour avoir en héritage la vie éternelle, que dois je faire aujourd’hui, quelle attitude adopter ?



La réponse à la question qui doit rester un peu dans vos têtes à propos de ce que j’ai dit de la prière et de la messe, c’est que le meilleur moyen pour s’en sortir, c’est de faire de notre vie une prière perpétuelle.

Les temps d’oraison que nous prenons à bon escient et au bon moment doivent nous aider à être toujours dans une attitude de prière, de foi, de fidélité, dans cette attitude de vérité qui va faire l’unité dans nos vies, l’unité intérieure : toutes nos actions deviennent orientées, finalisées par l’amour parce que nous sommes mus par l’Esprit Saint, parce que le Seigneur est présent en nous. Alors nous pouvons nous détendre au bon moment, à bon escient sans manquer à la charité, aller à la messe lorsque j’ai la possibilité d’y aller, m’occuper de mes enfants, aimer, servir, travailler.  Toutes ces activités prennent leur sens petit à petit, m’unifient intérieurement pour rendre gloire à Dieu.

Alors, j’ai échappé au Prince de ce monde en me réfugiant dans les bras de Dieu qui m’aime et qui m’accueille toujours.

Demandons la grâce au Seigneur d’avoir toujours recours à lui. Lorsque je ne sais pas quoi faire dans telle ou telle circonstance, je prie l’Esprit Saint pour qu’il m’éclaire.


Lorsque je ne sais pas comment aimer, je prie l’Esprit Saint pour qu’il vienne en moi.

Lorsque je suis tenté de juger ou de me prendre pour Dieu ou d’enfermer les autres dans une catégorie, je prie l’Esprit Saint pour qu’il me découvre la grâce de l’unité qui passe par la charité et dont notre modèle unique et infini est Dieu lui-même dans son mystère trinitaire.

Demandons à l’Esprit Saint, la grâce de lui ressembler. Amen


Père Emmanuel GOBILLIARD




Emmanuel Gobilliard
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