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Homélie de l'Annonciation prononcée par Père Emmanuel Gobilliard

le 31 mars 2008



La solennité de l'Annonciation nous est offerte cette année le lendemain du dimanche de la miséricorde comme pour nous rappeler que la miséricorde c'est Dieu lui-même. C'est Dieu qui se précipite au secours de l'humanité qui souffre, de l'humanité pécheresse, de l'humanité qui crie vers lui.

Notre sanctuaire a été voulu par la providence pour recueillir ce cri de l'humanité qui s'exprime à travers cette femme qui s'est allongée sur la pierre des fièvres à la demande de la Vierge Marie. Marie est le canal admirable  qui nous conduit à son fils, le seul qui puisse nous sauver du péché et de la mort. Elle est toute relative à celui à qui elle a donné sa vie : son Seigneur est son Dieu. La fête qui a lieu aujourd'hui au Puy a une dimension particulière et indissociable du mystère de la croix.

Je vous rappelle en effet que le grand Jubilé du Puy a lieu lorsque le Vendredi Saint coïncide avec le jour de l'Annonciation, c'est-à-dire lorsque que le Vendredi Saint est célébré le 25 mars, pourquoi ?

Pour nous rappeler que le OUI de Marie n'est pas un OUI prononcé à la « va vite Â» ou dans une exaltation mystique ou dans une ferveur passagère. C'est le OUI de toute une vie, un OUI qu'elle prononcera à chaque instant de sa vie et d'une manière toute particulière au pied de la croix. Lorsque l'ange lui demande une réponse, elle met dans son OUI toute sa vie, toute son intelligence, son corps, son âme, tout ce qu'elle est ! Elle se donne totalement.

Aujourd'hui nous pouvons, nous aussi, renouveler les OUI que nous avons prononcé pour toute notre vie. Pour vous qui êtes marié, le mariage, ce n'est pas un jour. On ne devrait pas parler du jour de son mariage, on devrait parler du jour de la célébration du mariage. Le mariage c'est tous les jours. Lorsque vous vous êtes dit OUI, vous avez dit OUI à tout ce qui allait vous arriver. La Vierge Marie ne pouvait pas imaginer qu'elle allait tenir dans ses bras son fils mort. La mort d'un fils, c'est la douleur la plus forte que l'on puisse imaginer. Il n'y a d'ailleurs pas de mot pour qualifier une mère qui a perdu son enfant. En français, quand une femme a perdu son mari, on dit qu'elle est veuve, quand un enfant a perdu ses parents, on dit qu'il est orphelin, mais quand on a perdu son enfant, il n'y a pas de mot, c'est la douleur la plus vive. L'arabe connaît un mot que je vous livre : «mafjou'a Â» : la douleur d'une femme qui a perdu son enfant. Mais rappelons nous toujours, lorsque nous avons à vivre de telles épreuves que, quand nous disons OUI à Dieu, Dieu dit OUI avec nous ; et c'est aussi ce que nous montre le mystère de Marie. Dieu s'invite dans toute notre vie, il n'y a pas de lieu duquel il soit exclu. Lorsque nous sommes dans la nuit du péché, Dieu se propose à nous dans le mystère de sa miséricorde et de son pardon : Il nous aide à nous relever et c'est lui qui va nous aider à dire OUI par son pardon, à renouveler notre OUI, à recevoir le mystère de sa miséricorde. Dans la nuit de la souffrance Dieu est là aussi pour nous relever, pour nous consoler par son amour infini, par ses sacrements, par son Eglise.

Dans notre sanctuaire, nous faisons le lien entre l'Annonciation et la croix également pour relier le début de la vie du Christ et la fin de sa vie. Dieu, lorsqu'il se donne, donne chaque instant de sa vie, de sa conception jusqu'à son dernier souffle, il donne son corps tout entier, son corps qui est l'Eglise : il se donne à nous. Cela signifie que dans chacune de nos blessures, de nos souffrances, le Christ lui-même nous rejoint. Il n'a pas fait semblant, il se donne tout entier, il est à nos cotés. Le OUI de Marie est prononcé d'une manière silencieuse par Dieu en même temps qu'elle. Dans le mariage, le Seigneur s'engage avec nous, il s'engage à être présent par sa grâce, par les sacrements, par son amour, parce qu'il met à notre disposition tous les outils dont notre foi a besoin pour nous relever lorsque nous en sentons la nécessité. Et comme pour nous manifester ce mystère, notre cathédrale s'ouvre par le centre, par le ventre, par le cÅ“ur et nous sommes invités à y pénétrer comme si nous entrions dans le cÅ“ur de Marie, dans son ventre, son intimité, dans son corps. Nous sommes appelés à suivre le Christ qui est né, qui a vécu, qui a souffert, qui est mort et ressuscité. Nous sommes appelés à rentrer dans le cÅ“ur de Marie pour y découvrir le secret de son cÅ“ur qui est Jésus. Le sanctuaire nous accueille en son sein pour nous aider à suivre l'agneau, à suivre Jésus.

En entrant par l'escalier du centre, nous voyons tout de suite la croix lumineuse qui nous attire, qui nous donne une espérance nouvelle, qui nous rappelle que chaque instant de notre vie, même les instants les plus difficiles ont une valeur d'éternité. Cette croix lumineuse nous rappelle aussi que le Christ prend notre vie dans la sienne pour nous ouvrir au mystère de la résurrection. En entrant un peu plus loin dans notre sanctuaire, nous découvrons un autre mystère : celui de l'autel et du tabernacle car au cÅ“ur du sanctuaire, au coeur de la Vierge Marie, il y a la présence de Jésus tout petit.
 
Aujourd'hui, nous rendons grâce au Seigneur qui s'est fait tout petit, vulnérable, pour que nous n'ayons pas peur de lui. « Sois s'en crainte Marie Â», n'aie pas peur, je me fais tout petit en toi comme je me fais tout petit en chacun de ceux qui me reçoivent dans la communion eucharistique.
 
Au cœur de notre sanctuaire, il y a la croix lumineuse et surtout le tabernacle, l'élément le plus petit de ce sanctuaire c'est l'hostie. Il n'y a pas plus petit et plus faible que l'hostie qui nous est donnée dans le mystère eucharistique. Chaque fois que nous entrons dans ce sanctuaire, nous devons avoir le souci de mettre dans le cœur de Marie toute notre vie avec ses blessures, avec ses joies et ses espérances parce que dans son cœur se trouve Jésus. Elle est là comme une mère, comme une sœur.
Dieu s'est fait tout petit : La Vierge Marie nous confie son Fils pour que nous soyons aussi pour lui un père. Ce que je dis là peut vous paraître étonnant et pourtant le Christ se confie à nous. Nous avons le devoir en disant OUI d'être le fils bien aimé de Dieu, le frère bien aimé du Seigneur et aussi son Père : il est vulnérable entre nos mains comme s'il dépendait de nous, comme s'il dépendait des OUI que nous disons chaque jour, comme s'il dépendait de l'accueil que nous lui faisons dans le plus pauvre, le plus méprisé, dans le plus petit.  « Ce que vous faites à chacun de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous le faîtes Â». Accueillir le Christ comme Marie, c'est accueillir le Christ dans l'Eucharistie et dans les plus pauvres. La fête de l'Annonciation c'est la fête qui nous rappelle que nous devons accueillir toute vie, même la plus humble, la plus méprisée de son commencement jusqu'à son terme, comme si c'était Dieu lui-même qui nous était confié. Nous l'accueillons avec un infini respect, parce que le Seigneur a un infini respect pour notre propre vie.
 
Père Emmanuel Gobilliard


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