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Homélie de la messe solennelle du 15 Août prononcée par le Cardinal Albert Vanhoye
« Un signe grandiose apparut dans le ciel : une femme qui a le soleil pour manteau, la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles. » C’est une image magnifique de la glorification de la Mère du messie, de la glorification de Notre Dame.
La seconde lecture nous parle de la résurrection du Christ, de la glorification du Christ et saint Paul nous dit que dans le Christ tous revivront, tous seront glorifiés. En premier le Christ, ensuite ceux qui seront au Christ. La liturgie nous suggère de mettre un ordre aussi parmi ceux qui seront au Christ car saint Paul dit que tous revivront chacun à son rang. Après le Christ le premier rang est dû à la Vierge Marie. Dans son âme et dans son corps elle a obtenu la pleine glorification auprès de son fils. L’évangile au contraire peut nous déconcerter parce qu’il ne parle pas de l’Assomption mais c’est l’évangile de la Visitation avec le magnificat de la Vierge Marie. Pourquoi ce choix de la liturgie ?
D’abord parce qu’aucun évangile ne raconte l’Assomption de la Vierge Marie. L récit évangélique se termine avec la résurrection du Christ. L’Eglise a donc cherché un texte qui soit en rapport avec l’Assomption de la Vierge Marie, avec sa glorification. Elle n’a pas trouvé meilleur texte que le magnificat de la Vierge Marie. A la Visitation, Marie a chanté les louanges du Seigneur, elle a remercié de tout son cœur le Seigneur pour le mystère qui commençait de s’accomplir. Le magnificat est un chant prophétique ; il ne se limite pas au contexte de la visitation, à cet épisode de la rencontre avec Elisabeth qui portait dans son sang Jean Baptiste. Le magnificat s’étend à toute l’existence de la Vierge. Marie continuellement s’est maintenue dans cette attitude d’action de grâce envers Dieu pour les merveilles qu’il accomplit. Tout au long de sa vie elle a exalté le Seigneur, elle a remercié le Seigneur en voyant son enfant grandir et voir que le fils de Dieu était obéissant à ses parents l’a remplissait de stupeur et d’action de grâce.
Elle a été dans l’action de grâce quand Jésus a commencé son ministère et qu’il a attiré les foules, qu’il a accomplit des miracles nombreux, qu’il a proclamé la venue du royaume de Dieu. Marie exultait de voir son fils accomplir une œuvre aussi grande. Je pense qu’il n’y a pas de joie plus grande pour une mère que de voir son enfant accomplir une œuvre merveilleuse.
Marie est restée dans l’action de grâce sur le calvaire. Elle a souffert, mais au fond de son âme, il y avait toujours le magnificat, elle n’a pas renié le magnificat lorsqu’elle a été associée à la croix de Dieu parce qu’elle a compris qu’en étant associée à la croix de Jésus, elle était associée à la grande œuvre du salut du monde. Il n’y a pas de chose plus importante qui puisse susciter une action de grâce aussi profonde même dans la douleur de la séparation.
Par ailleurs sur la croix, Jésus a donné à sa mère une nouvelle fonction dans l’univers : Etre la mère des disciples, de l’Eglise qui répand dans le monde entier la parole de Jésus et qui communique les grâces obtenues par la croix de Jésus. Marie a exulté d’une manière plus forte encore au moment de la résurrection qui est le fruit de la passion. Jésus a obtenu par sa passion la résurrection et Marie a exulté de joie devant cette œuvre de l’amour de Dieu.
Par sa mort, Jésus a vaincu la mort et obtenu la résurrection pour lui-même et pour nous et pour Marie en premier lieu. Votre évêque vous a dit qu’en cette année dédiée à saint Paul, il voulait unir la fête du 15 août à l’existence et à la prédication de saint Paul. Un aspect important de cette prédication est de nous enseigner l’action de grâce. Saint Paul a dit « vivre, c’est le Christ », comment on vit vraiment de la vie du Christ ? On vit d’abord de la vie du Christ par l’action de grâce et peut être ne le savez vous pas assez mais la disposition fondamentale de la vie chrétienne c’est l’action de grâce. Marie nous enseigne l’action de grâce. L’Eglise accueille le magnificat de Marie tous les jours dans sa prière parce que Marie nous enseigne l’action de grâce. En cela, elle était unie très profondément à son fils car Jésus a vaincu dans l’action de grâce. Continuellement, le fils rendait grâce à son père et dans l’évangile nous le voyons en plusieurs circonstances rendre grâce publiquement, en particulier à la multiplication des pains. A un moment où semble t-il il n’y avait pas lieu d’être joyeux et de rendre grâce, Jésus a pris le simple pain qui lui était mis à sa disposition et ainsi il a débloqué la situation en l’ouvrant à la générosité de Dieu. Mais Jésus a surtout rendu grâce le soir du Jeudi Saint, le soir de la Cène. Il a pris le pain et la coupe de vin et a rendu grâce, pourquoi ?
Il a rendu grâce parce qu’il recevait du Père un courant d’amour tellement fort qu’il pouvait triompher de la mort en faisant de sa mort une offrande parfaite d’amour. C’est cela le sens de la dernière cène. Jésus rend grâce au Père parce que le Père verse dans son corps, son cœur une force d’amour extraordinaire capable de vaincre complètement le mal et la mort. Nous célébrons l’eucharistie, que signifie ce mot ? En grec « eucharistia » signifie action de grâce et la prière eucharistique commence toujours en disant : « il est juste et bon de te rendre grâce, toujours et en tous lieux, à toi Dieu tout puissant Père éternel ». Nous sommes ici pour rendre grâce à l’Assomption de Marie, mais nous rendons grâce pour tout ce que nous recevons au long de nos jours. Saint Paul disait à des chrétiens, convertis depuis peu de temps, les chrétiens de Thessalonique : « en toutes circonstances rendez grâce », parce que la grâce de Dieu nous est offerte et transforme les circonstances en occasion de victoire de l’amour, en toutes circonstances. Il est facile de rendre grâce car les dons de Dieu sont abondants, donc on est porté vers l’action de grâce … encore faut-il y penser !
Si on n’y pense pas, ce qu’on reçoit devient stérile au point de vue spirituel. Cela ne sert pas à la croissance de l’amour parce que nous n’avons pas pris cette attitude mariale de l’action de grâce.
En d’autres circonstances il est difficile de rendre grâce ; pour Jésus lui-même il n’était pas facile de rendre grâce le Jeudi Saint car il venait de dire : « l’un de vous me trahira ». Donc va se déclencher dès ce moment toutes les souffrances de la passion. Mais Jésus a rendu grâce pour avoir la force de vaincre par l’amour tout le mal et la mort donc lorsque nous sommes éprouvés nous devons chercher quelle grâce le Seigneur nous offre dans nos épreuves. Il nous offre toujours des grâces et des grâces précieuses et nous pouvons dire que les grâces précieuses ne peuvent venir qu’à l’occasion des épreuves car les épreuves nous associent à la passion du Christ et donc à la victoire complète du Christ sur le mal et sur la mort.
Saint Paul en était réellement conscient. Il disait « abondent en moi les souffrances du Christ et le réconfort que donne le Christ. » Dans la lettre aux Ephésiens, Saint Paul dit aux chrétiens « rendez grâce en tout temps pour toute chose » et dans la lettre aux Colossiens il insiste davantage et invite les chrétiens à être débordants d’action de grâce et il dit : « tout ce que vous dîtes et faîtes que ce soit au nom de notre Seigneur Jésus Christ en rendant grâce à Dieu le Père ». Toutes nos paroles et actions devraient être imprégnées d’actions de grâce car à l’occasion de n’importe quelle parole nous recevons un don de Dieu, de n’importe quelle action bonne ! Seul le péché empêche l’action de grâce mais même le péché devient une occasion d’action de grâce car le pardon nous ouvre à la miséricorde de Dieu. Que Marie vous enseigne donc à vivre vraiment dans l’action de grâce, à prendre conscience que votre existence chrétienne est vraiment un don très généreux de Dieu. Que chaque jour vous apporte des grâces de Dieu. Dans toutes les difficultés vous pouvez compter sur l’amour de Dieu.
Dieu élève les humbles dit Marie dans son magnificat : elle a été élevée au plus haut du ciel parce qu’elle a rendu grâce et nous aussi nous devons partager cette vie et nous laisser former par la Vierge Marie à l’action de grâce. Notre vie en sera d’autant plus belle, plus joyeuse et plus généreuse.
Cardinal Albert VANHOYE
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