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Homélie du 15 février prononcée par monseigneur Henri Brincard L’évangile de ce jour est très émouvant, l’Evangile l’est toujours mais peut-être aujourd’hui y a-t-il une lumière qui manifeste la compassion de Dieu d’une manière particulièrement bouleversante ? Nous savons que depuis que l’homme est créé Dieu le visite et nous savons aussi que si Dieu visite les hommes c’est pour demeurer au milieu d’eux et finalement demeurer en eux. Dieu a visité son peuple en son fils d’une manière unique ; cette visite a pour nom l’incarnation. En Jésus, le tout-autre devient le tout proche. Jésus, dans l’Evangile, fait découvrir progressivement qui il est, selon une pédagogie dont il nous faut retrouver le sens et les étapes. Il se présente d’abord comme le prophète de la bonté du Père, de sa compassion, et dans l’Evangile d’aujourd’hui c’est particulièrement frappant. Nous savons que la lèpre est une maladie redoutable. Souvent indolore en ces débuts, elle est implacable dans son déroulement et elle va progressivement désagréger le corps humain. Nous comprenons alors pourquoi cette maladie redoutable et répugnante suscitait une peur très grande qui est rappelée dans la première lecture de ce jour. Il ne faut pas prendre à la légère les précautions qui étaient obligatoires et dont l’application était assurée sous la surveillance des prêtres car il y allait de la vie d’une communauté. Le lépreux, quand il était atteint de cette maladie terrible, devait crier lorsqu’il passait sur un chemin pour éloigner tout le monde de lui. Il criait : « impur, impur », ce n’était pas une impureté du cœur, c’était une impureté causée par la maladie. Nous voyons Jésus faire deux gestes très importants, un geste de puissance et un geste de proximité. Le geste de puissance consiste à étendre la main, le geste de proximité, qui manifeste la bonté de Dieu, consiste à nous toucher ; or c’était déjà un geste étonnant parce qu’on n’avait pas le droit de toucher à l’époque. Le geste de puissance, de proximité, geste prophétique va progressivement être compris comme manifestant la mission de Jésus et finalement, à cause de cette mission, qui il est. Jésus vient guérir le coeur profond de l’homme. L’homme ne peut pas se guérir lui-même et il est atteint d’une maladie terrible, le péché qui le désagrège. Je pourrais comparer le drame du péché à la lèpre, vous le ferez sans difficulté mais cela est très parlant même si la lèpre aujourd’hui n’est pas présente dans la société occidentale, mais n’oublions pas qu’elle demeure très présente dans d’autres sociétés. Jésus vient guérir le cœur profond de l’homme. La guérison opérée et que l’Evangile nous raconte est un témoignage dont la profondeur risque d’échapper au premier abord et cela aurait comme conséquence néfaste que l’homme finirait par préférer les dons de Dieu au Dieu des dons, c'est-à-dire à Dieu se donnant lui-même et nous savons que ce risque existe pour nous et nous savons qu’il est souvent reproché aux chrétiens d’être intéressés dans leur dévotion. Nous comprenons pourquoi Jésus demande sévèrement que le lépreux purifié aille se montrer au prêtre afin qu’il applique la règle imposée par la loi. Une guérison devait être constatée objectivement et donc devait permettre à celui qui était atteint d’une maladie de retrouver sa place dans la société. Le prêtre doit constater que celui qui était impur est devenu pur sous un certain rapport. Continuons à découvrir le mystère du Christ à partir de ce geste que Jésus a fait. Jésus est le prophète de la bonté du Père. Mais où est-il le prophète de la bonté du Père d’une manière unique sinon sur la croix où il se montre à nous couvert de cette lèpre qui est le péché. Couvert et non pas atteint. Souvenez vous chers amis du Christ lépreux de Voilà que dans cette chapelle de la léproserie, il y avait cette crucifixion si bouleversante d’un Christ lépreux avec ce regard inoubliable et bouleversant, le regard de l’amour qui se donne en venant nous chercher pour nous communiquer la vie profonde, la vie du cœur et nous sortir de cette misère qui est la lèpre du péché. Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils unique. Regardez le Christ de la Bajasse : le fils est venu pour que les hommes aient la vie en abondance ; élevé de terre, il attire tous les hommes qui sont dans la nuit afin qu’ils reçoivent la miséricorde du Père c'est-à-dire le salut. Regardez le Christ de Oui c’est sur la croix que Jésus est le prophète de la puissance de la miséricorde et de la bonté du Père. Nous pouvons tirer une conclusion pour notre vie chrétienne. Ce geste prophétique nous concerne. Jésus vient guérir notre cœur profond. Il vient vers nous. Mystère de l’incarnation, de la rédemption, de la résurrection, de l’Eucharistie : c’est là qu’il vient vers nous aujourd’hui d’une manière unique. Il vient dans sa maison, c'est-à-dire l’Eglise. Si je souligne ce détail c’est que dans l’Evangile, il est clairement dit que Jésus, après avoir opéré la guérison, est sorti. Il était donc dans une maison. Jésus, dans le mystère de l’Eucharistie, c’est Dieu lui-même en son fils venant dans cette maison, c’est la maison de Dieu, la maison du ciel comme nos ancêtres aimaient l’appeler en désignant par le ciel Dieu lui-même venu vers nous. Il faut venir le trouver vous comme moi. Comment trouver Jésus ? En faisant ce que vous avez fait, en venant participer à la célébration de l’Eucharistie, en venant accueillir Jésus qui vient dans sa maison. Vous êtes venus car vous aviez soif des sources de la vraie vie, ces sources qui étanchent la soif des hommes et que nous devons proposer aux hommes à travers notre propre soif. C’est cela témoigner de l’importance de la messe, une importance aujourd’hui oubliée y compris par des chrétiens qui ne savent plus très bien pourquoi ils vont à la messe. Dans un autre diocèse, un confrère évêque un peu désolé, me rapportait le propos d’une catéchiste qui expliquait à des parents que l’Eucharistie n’était pas si important, que ce n’était pas obligatoire d’aller à la messe le dimanche. Mais quand on aime l’obligation devient une exigence. Si vous dites à quelqu’un : « je ne suis pas obligé d’aller te voir même si je t’aime », il fera une drôle de tête ; l’obligation est un mot pris dans le mauvais sens, c’est comme une contrainte extérieure alors que l’amour a une exigence intérieure. La morale c’est l’exigence de l’amitié entre les hommes et la morale chrétienne c’est l’exigence d’une amitié avec Dieu. L’amour est très exigeant et si vous me dites le contraire c’est que vous n’avez pas fait l’expérience de l’amour vrai. Nous sommes venus à cette messe parce que nous avons soif et qu’est ce que je viens faire à la messe ? Nous allons tomber au pied de Jésus moi comme vous au moment où il sera présent au milieu de nous, Christ lépreux, glorifié, Christ tout proche bien que tout autre, nous allons tomber à genou. Le signe extérieur à son importance et vous trouverez celui le mieux adapté à votre foi intérieure puisque l’Eglise vous laisse le choix mais il n’est pas mauvais de tomber à genou au moment de la consécration mais avec les genoux son cœur d’abord. Nous allons adorer Jésus ; c’est cela tomber aux pieds de Jésus, alors concrètement l’adoration, c’est croire en lui, à la puissance de sa bonté et de son amour et ne pas avoir trop peur de notre péché. Il faut regretter notre péché mais il ne faut pas que cela devienne une peur qui vous empêche d’aller vers lui. Croire, espérer en lui ! Nous ne sommes pas venus à cette messe pour lui demander des avantages même des très grands dons. Nous pouvons les demander à la condition de ne pas en faire la priorité. Demandez une guérison, une réconciliation dans une famille mais l’espérance est d’abord de demander à Jésus de nous guérir, de donner le salut à tous les hommes. Enfin, il faut nous livrer à Jésus, l’aimer pour lui-même, être là parce qu’il est là. Chers amis, il faut être le témoin de Jésus : venir, tomber à ses pieds et ensuite prendre le Christ pour modèle c'est-à-dire le laisser nous transformer par la communion afin qu’à travers nous il apparaisse avec la puissance de sa bonté pour tous les hommes. Saint Paul nous dit une chose très importante : « Ne vous présentez pas aux autres comme un modèle », laissez Jésus se présenter à travers vous comme le modèle pour tous et en commençant pour vous : il est votre modèle ! Si nous en sommes convaincus, nous sortirons de cette messe en silence. Il faut garder le silence pour que Jésus passe devant afin que l’admiration ne tombe pas sur nous mais sur lui et ce n’est pas si facile quand on témoigne : il y a toujours un petit orgueil qui pointe le nez dans le témoignage, je le dis pour moi comme pour vous, ou alors vous êtes totalement purs et vous n’avez donc pas besoin de Jésus Christ. Il est difficile de parler de ce que Dieu a fait en nous sans se mettre à la place de Dieu et d’attirer l’admiration sur nous et pas sur lui. Si vous voulez parler de Dieu, montrez votre vraie misère et soyez contents que ceux qui vous rencontrent la découvre davantage que vous. On peut mettre de l’orgueil en avouant sa faiblesse. On dit du mal de soi pour qu’on pense du bien de nous. Je demande à Amen Monseigneur Henri Brincard Maryline Reymond
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