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Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire par don Gilles Debay
L’ivraie est semée par l’ennemi, au milieu de ce champ ensemencé de bon grain par le Seigneur… Il n’est pas difficile pour chacun d’entre nous de vérifier cette présence de l’ivraie dans le monde : cela ne se voit que trop ! Peut-être est-il plus délicat d’appréhender la présence du Royaume de Dieu qui lui aussi est déjà semé.
Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ, le champ est déjà ensemencé, l’ivraie aussi hélas. La question que Jésus nous pose aujourd’hui c’est : « Qu’allons-nous faire ? Que faisons-nous devant cette situation ? Que faisons-nous face au mal dans le monde ? Que faisons-nous face au mal dans notre cœur ? ». Car si Jésus, donnant lui-même l’interprétation de cette parabole, l’applique d’abord au champ du monde, la semence du Royaume, c’est aussi ce royaume intérieur, intérieur à chacun d’entre nous. « Le Royaume de Dieu est tout proche » : en effet, Dieu Lui-même habite en nous… Le champ de notre cœur est ensemencé… mais ensemencé aussi avec cette mauvaise herbe… Que faire donc devant cette situation, que ce soit celle du monde ou celle de mon cœur ? Arracher l’ivraie ? Partir en redresseur de torts ? A l’assaut des méchants ? Me poser en justicier ? Vis-à-vis des autres ou vis-à-vis de moi-même ? Vouloir par moi-même extirper le mal que je constate en moi ? Car, comme dit St Paul : « Je fais le mal que je n’aime pas et je ne fais pas le bien que je voudrais faire ». Jésus nous dit que ce n’est pas la solution, il y a pour cela le temps de Dieu, le temps de la moisson ; le temps viendra où seront séparés l’ivraie et le bon grain. Il y aura ce temps du resplendissement des justes : « Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père ». Ce moment-là n’est pas seulement à rejeter dans un avenir plus ou moins hypothétique, à la fin du monde, même si c’est bien-là l’expression qu’utilise Jésus. Car le Royaume de Dieu est déjà là, tout près de nous, c’est déjà une réalité dans notre vécu, dans notre vie au quotidien. Il est là comme cette graine de moutarde appelée à grandir ; nous sommes déjà le levain dans la pâte, prêt à lever pour devenir ce pain de qualité. Soyons attentif à ce temps de Dieu dans notre quotidien, notre aujourd’hui, ce temps du resplendissement de la grâce dans nos vies et sachons l’attendre. Mais, au fait, ce temps de Dieu, pourquoi faut-il l’attendre ? Pourquoi, Seigneur, nous fais-tu attendre ? Pourquoi tant d’injustices ? Pourquoi des persécutions ? Pourquoi a-t-il fallu que Jésus, lui-même subisse la passion et la croix pour nous entraîner dans sa résurrection ? Cette grande question que nous avons tous dans notre cœur en face des injustices que nous constatons, dont nous sommes victimes ; en face de celles aussi que nous commettons, dont nous sommes complices d’une manière ou d’une autre. Pourquoi ce mal que je n’arrive pas à maîtriser dans ma propre vie ? La première lecture nous donnait une partie de la réponse : le livre de la Sagesse nous dit en effet que Dieu nous fait attendre parce qu’il juge avec indulgence, il gouverne avec beaucoup de ménagement. Il n’a qu’à vouloir pour exercer sa puissance. Dieu donne du temps à sa grâce pour porter du fruit pour que ce fruit puisse croître, grandir ; pour que le royaume puisse atteindre sa plénitude. Mais aussi pour que dans chacun des cœurs, (mon cœur à moi comme celui de chacun de mes frères, des hommes de ce monde dans lequel je vis, où je constate tant d’injustices, tant de mal), pour que, donc, le temps de la grâce puisse advenir au bon moment, au temps voulu. « Il n’a qu’à vouloir », nous dit la 1ère lecture ; or sa Volonté n’est qu’Amour. Il n’a qu’à vouloir pour exercer sa puissance. Dieu nous fait attendre pour que puisse s’accomplir ainsi notre rédemption personnelle et celle du monde. « Il n’a qu’à vouloir », mais dans cette Volonté d’Amour, Il veut se servir de nous. Il a enseigné (poursuit le livre de la Sagesse) à son peuple à être humain ; Il a pénétré ses fils d’une belle espérance : « à ceux qui ont péché, Il accorde la conversion ». Voilà donc pourquoi Dieu fait attendre : il accorde ce temps, ce délai à chacun pour pouvoir entrer dans cette démarche de conversion ; la conversion est proposée à chacun d’entre nous dans nos difficultés, ces difficultés récurrentes que nous connaissons bien, ces seuils que nous n’arrivons pas à franchir ; Il nous permet de pouvoir entrer dans cette grâce que nous n’arrivons pas à saisir, dans ce cœur que nous n’arrivons pas à ouvrir à l’Esprit Saint. Dieu donne du temps, rendons grâce pour ce temps que Dieu nous donne ! Notre rôle, dans cette histoire de la grâce, dans notre histoire avec la grâce du Christ, notre rôle devient un rôle d’intercesseur : prier pour la conversion des pécheurs, en pensant à nous d’abord, aux autres aussi. Si nous pouvions mesurer la puissance de cette prière de demande, de cette prière d’intercession. Si nous priions en reprenant les mots de St Paul : « Seigneur, je suis faible et pourtant… l’Esprit Saint vient au secours de ma faiblesse, même si je ne sais pas prier comme il faut ». Si nous faisions de notre prière de demande une prière qui reconnaisse notre propre faiblesse, tout en étant vraie, sans faux-fuyants. Si nous osions demander le plus grand bien, le vrai bien. En définitive, si nous arrivions à communier à la Volonté de l’Amour du Père Lui-même, nous commencerions à constater la force incroyable de la prière de demande ! « Oui, mais Seigneur viens à notre secours, comment faire pour cela ? Comment arriver à prier comme cela ? » C’est Saint Paul qui nous donne en ce dimanche la réponse : « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, l’Esprit Saint lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Et Dieu qui voit au fond des cœurs connaît les intentions de l’Esprit, Il sait qu’en intercédant pour les fidèles que nous sommes, l’Esprit veut ce que Dieu veut. » En somme il ne s’agit que de cela : de se laisser insérer dans cette Volonté d’Amour, dans cette puissance de l’Amour éternel, de la Volonté divine, de la Volonté du Père et du Fils qui s’appelle l’Esprit Saint pour devenir capable à notre tour de vouloir et demander ce que Dieu veut. Si je demande ce que Dieu veut, si j’aime mon frère et que je m’aime moi-même malgré mes faiblesses et mes difficultés, si j’aime mon frère d’un amour de générosité et de don comme Dieu lui-même nous aime par son Esprit d’amour ; alors, jusque dans ma faiblesse, l’Esprit Saint vient à mon secours. Il y a de l’ivraie dans notre champ et dans le champ du monde ? Certes ! Mais justement ! Prions, disons au Seigneur : « Ma prière est si pauvre, mais je peux y mettre tout mon amour. Je veux entrer ainsi dans Ta volonté qui n’est qu’Amour, Seigneur donne-moi de vouloir ce que tu veux. Donnes-moi de pouvoir prier comme Jésus à Gethsémani : "non pas ma volonté mais ta volonté" ; de pouvoir répondre comme la Vierge Marie : "je suis la servante du Seigneur" ; accorde-moi de pouvoir ouvrir mon cœur à ton amour. Accorde cette même ouverture du cœur à tous ceux pour qui je prie. » Et si Dieu venait à reconnaître dans notre prière les intentions de l’Esprit qui veut ce que Dieu veut ? Qu’arrivera-t-il au dernier jour, lorsque les justes resplendiront dans la lumière éternelle, si nous avons prié, dans notre faiblesse mais avec l’Esprit Saint, pour que tous les cœurs s’ouvrent à l’Amour divin ? Qui sait ? Restera-t-il seulement de l’ivraie à jeter au feu ?! Amen. Maryline Reymond
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