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Homélie du 21 septembre prononcée par le père Emmanuel Gobilliard
De quoi s’agit-il dans cet évangile ? S’agit-il de conseils de Jésus pour gérer une entreprise ? Certainement pas ! La clef du texte est au début. Le Royaume des cieux est comparable… le royaume des cieux ! Voilà le salaire que le Seigneur nous offre. Le salaire qui est offert à tout ouvrier, à tout homme, à toute femme qui l’accueille ; le salaire c’est tout Dieu, Dieu lui-même, voilà le royaume des cieux !
A partir de cette lecture, on comprend que le Seigneur ne peut pas donner plus que lui-même et qu’il veut se donner lui-même à chacun d’entre nous. Qui sont ces ouvriers de la onzième heure dont on nous parle ? Pour mieux vous faire comprendre ce qu’ils sont, je voudrais vous parler de Mario que j’ai connu lorsque j’accompagnais des jeunes dans un hôpital de phase terminal sida. Mario avait vécu une vie de révolte, un peu comme l’enfant prodigue, une vie de révolte vis-à-vis de la société, de ses parents, une vie qu’il avait achevé dans la drogue puis dans cet hôpital où il avait été conduit lorsqu’on avait découvert qu’il avait le Sida.
Sa maman venait le voir tous les jours à l’hôpital mais il ne lui adressait ni un regard ni une parole. Trop de violence en lui, trop de haine. Et puis, une petite sœur venait aussi régulièrement. Elle s’assoyait au bord de son lit, elle prenait sa main, elle mettait son autre main sur son front sans rien dire. Mario s’était adressé à elle un jour et lui avait dit : « je ne veux pas que tu me parles de Jésus, tu dis ce que tu veux, mais tu ne me parle pas de la religion. Il vivait encore de cette révolte et le dernier jour de sa vie alors que la petite sœur venait pour poser sa main sur sa main et sa main sur son front en le regardant, il lui a dit : « Demain, tu me parleras de Jésus !», puis il a fait signe à sa maman de venir près de lui et il l’a embrassé longuement, tendrement. Voilà un ouvrier de la onzième heure. Il ne s’agit pas de recevoir un salaire, il s’agit de recevoir l’amour de Dieu.
Alors l’ouvrier de la onzième heure, c’est Mario, ce sont tous les autres aussi qui acceptent d’ouvrir leurs bras. Recevoir ce salaire, c’est aussi offert à chacun de nous si nous acceptons d’ouvrir nos bras et notre cœur. Lorsque nous lisons le texte, nous les bons chrétiens, chrétiens depuis longtemps, fidèles qui observons les commandements, nous avons tendance à croire que Jésus nous prend pour des ouvriers de la première heure et qu’il considère Mario et les autre comme des ouvriers de la onzième heure. Si nous pensons cela, je pense que nous ne sommes même pas des ouvriers de la onzième heure. Prions pour être au moins des ouvriers de la onzième heure et demie, prions pour avoir le cœur suffisamment généreux pour recevoir avec humilité tout ce que le Seigneur veut nous donner. Prions pour être aujourd’hui, demain et les jours suivants des ouvriers de la onzième heure.
Le Seigneur se donne totalement et pleinement à chacun de nous. Le Seigneur n’attend qu’une chose : que nous soyons disponibles à son amour. Quelle belle image que cette mère qui attendait paisiblement. Elle n’avait rien à se reprocher, elle attendait sans rien recevoir et un jour Mario l’a serré. Ceci a été la joie de sa vie. Il est mort le lendemain en embrassant le royaume de Dieu. En embrassant sa maman, il embrassait le royaume de Dieu, le cœur de Dieu et n’ayant presque jamais entendu parler de Jésus, c’est Jésus lui-même qui est venu lui parler.
Nous devons, pour comprendre cet évangile, enlever de nos têtes les fausses images que nous avons de Dieu. Dieu n’est pas un gendarme, avec tout le respect que j’ai pour les gendarmes, Dieu n’est pas un marionnettiste, il n’est pas là pour trier, pour manipuler, Dieu est là pour nous aimer. Voilà ce qui est dur à comprendre par rapport au reste. Nous avons trop de fausses images de Dieu, images d’un gendarme, d’un marionnettiste, images d’un distributeur automatique aussi. Dieu se donne lui-même. Il ne donne pas des choses secondaires.
Ayons soif de l’éternel, de l’essentiel : aimer et être aimer ! Le Seigneur ne nous donne rien d’autre. Il nous donne cette force d’aimer et de se savoir aimer. Il se donne tout entier et il n’attend qu’une chose : que nous lui ouvrions les bras. Dieu est tout puissant mais sa puissance n’est pas celle que nous connaissons ici bas. Sa puissance n’est pas de diriger chacune de nos vies, sa puissance est toujours de nous aimer.
Essayons d’avoir une vraie image de Dieu ; c’est l’intention de Jésus dans cette parabole. Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui donne tout à chacun de ses enfants. Nous pourrions lire en parallèle la parabole de l’enfant prodigue. C’est exactement la même intention de Jésus : nous donner la véritable image de Dieu. Et cette image de Dieu nous est donnée à chaque instant. Ce n’est pas un jour dans ma vie que je deviendrai ouvrier de la onzième heure c’est tous les jours de ma vie. Ce salaire m’est donné à chaque instant. Ce salaire, c’est Dieu lui-même, parfois sous la forme bien modeste du regard de mes frères qui m’entourent, du regard du pauvre ou sous la forme de l’eucharistie, des sacrements, de son pardon sacramentaire. Le Seigneur nous pardonne à chaque instant, il suffit que nous le voulions. Le Seigneur nous comble de sa vie à chaque instant il suffit que nous le recevions avec beaucoup d’humilité. Demandons à la vierge Marie de disposer nos cœurs pour savoir recevoir l’essentiel qui est Dieu et de mettre cet essentiel au-dessus de tout, au dessus surtout de nos pauvres désirs qui ne sont rien face à son cœur de Père. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Actualités | Vie spirituelle | Prédications | Nous contacter |
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