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Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaireannée A, prononcée par père Emmanuel Gobilliard, le 13 février 2011Cet Evangile est très difficile à comprendre parce qu’il semble contradictoire. D’un coté Jésus nous dit qu’il n’est pas venu abolir, que pas un seul iota, c’est le petit trait dont parle l’Evangile, pas un seul iota ne sera enlevé. Tout sera respecté. La loi à la lettre, au signe même de la lettre, au signe de la ponctuation qu’est le iota. Rien de la loi ne sera enlevé par le Seigneur et pourtant il nous dit : « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens… » et s’il y en a qui appliquent la loi à la lettre, ce sont bien les scribes et les pharisiens. Alors pourquoi le Seigneur met en opposition ce qu’il vient de dire sur la loi avec les scribes et les pharisiens ? Rien ne sera changé de la loi d’un côté et puis « si vous ne dépassez pas cette justice, vous serez les plus petits dans le royaume de Dieu » de l’autre. D’où vient cette étrange contradiction ? Cela vient du fait qu’il faut accomplir la loi. C’est nécessaire, c’est le socle, la base, c’est la condition nécessaire mais pas suffisante ; quand on a accompli la loi, on n’a encore rien fait. Lorsque j’ai fait mon devoir d’état, je ne suis qu’un serviteur quelconque, inutile ! Souvenez vous de cet autre passage de l’Evangile, je n’ai fait que mon devoir, je suis un serviteur quelconque. C’est donc à ce moment là que tout commence. La loi est nécessaire mais la loi n’est rien sans la grâce, c’est un peu comme avec l’art. Imaginez que vous allez, autour du mois de mai ou juin, assister à un concert, par exemple la première symphonie de Rachmaninov en ré mineur, au théâtre ou à l’auditorium du Puy. Cette symphonie de Rachmaninov commence avec ce thème « la sol, la fa, sol, mi, fa, mi, ré, ré do, ré » et vous êtes émus par cette magnifique symphonie. Les larmes aux yeux, vous vous dites : « comme j’aimerais être capable de jouer cela ou bien comme j’aimerais que mon fils ou ma fille soient capables de jouer cette symphonie » et puis vous vous souvenez que, juste à coté de chez vous, votre voisin vous a cassé les oreilles pendant quinze jours avec « la sol, la fa, sol, mi, fa, mi, ré, ré do, ré » ! Voilà le rapport qu’il y a entre la loi et la grâce. Je m’explique : Si jamais vous n’aviez pas entendu ces insistances du travail musical, s’il n’y avait pas eu le solfège, s’il n’y avait pas eu la technique de l’instrument, il n’y aurait pas eu la première symphonie en ré mineur de Rachmaninov. Mais quand on a travaillé son instrument, quand on a fait de la technique on n’a juste rien fait parce qu’on n’a pas ému, rendu hommage à l’artiste, parce qu’il n’y a pas eu de symphonie : la grâce implique la loi mais elle commence lorsque je suis capable de la dépasser ; c’est ce dont la deuxième lecture parle avec la sagesse de Dieu, cette sagesse libre et gratuite. Le psaume 85 le disait : « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrasent ». La vérité est le socle de l’amour, de la charité. Mais tout commence avec la charité, la justice est le socle de la paix mais tout commence avec la paix. C’est la gratuité, la liberté, la charité, la paix qu’il ne faut jamais opposer avec la justice, la loi, la vérité qui lui sont nécessaires. Cela veut dire que, pour notre vie quotidienne, nous devons faire ceci sans négliger cela et nous rappeler que tout commence avec la grâce. Dans la vie quotidienne, cela veut dire que je dois faire droit à la gratuité, par exemple à la joie dirait Claire de Castelbajac, à l’humour dirait Saint Philippe Neri, toutes ces choses qui nous permettent de prendre de la distance par rapport à la gravité de notre existence, la gravité de la loi, la gravité de la vérité. La loi a besoin d’un petit supplément d’âme, elle a besoin d’être dépassée pour être belle tout simplement. Ce que nous attendons de notre vie, c’est quelle soit belle et elle ne peut pas être belle uniquement de la loi ; elle doit avoir quelque chose en plus c'est, dans la vie de couple par exemple, ce que le père caffarel a vu d’une manière admirable, avec le DSA, le devoir de s’asseoir, c’est juste ce petit plus dans la vie du couple qui fait que j’ai fait mon devoir, j’ai fait tout ce qu’il fallait, je vais maintenant prendre un temps gratuit avec mon épouse, avec mon époux pour l’écouter, lui parler, pour l’aimer, cela peut se traduire par un restaurant, un bouquet de fleurs, un petit supplément gratuit. La gratuité est nécessaire, le Seigneur nous le montre en nous surprenant toujours parce que la vérité, la loi sont convenus alors que la grâce surprend : « Descends de ton arbre, aujourd’hui je vais déjeuner chez toi », si ce n’est pas une surprise pour Zachée. Nous voyons, par opposition, la tristesse du jeune homme riche. Il a accompli la loi, il a fait tout ce qu’il fallait sauf qu’il repart tout triste car le Seigneur lui demande une petite folie qui va rendre sa vie tout à fait différente, nous avons tous le désir que nos vies soient belles, différentes, joyeuses, pleines de vie et cela implique que nous cultivions la gratuité et j’ose le dire, l’humour. « Un Saint triste est un triste Saint ». Toujours imaginer que la vie est grave, cela nous empêche de vivre alors que, lorsque nous n’avons fait que notre devoir, nous n’avons pas encore commencer à vivre et le Seigneur nous apprend par sa sagesse, sa bonté, sa joie rayonnante ce qu’est la vraie vie : elle est tournée vers l’autre parce que lorsque je n’ai fait que mon devoir, vous avez remarqué, j’ai tendance à me retourner sur moi-même : j’ai fait ceci, at aussi cela, on ne voit que ce que l’on a fait. Etre Capable de se tourner vers l’autre même au creuset de la souffrance c’est le supplément d’âme, c’est la grâce qui a si bien été vécue par notre Seigneur sur la Croix. Au cœur de sa souffrance, il est encore capable de dire « aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », il est tourné vers le bon larron, il est aussi capable de pardonner. Il a accompli la loi mais il va bien au-delà, il offre, en la vivant, la sainteté. Demandons au Seigneur la grâce de vivre sous le régime de la grâce, dans la gratuité du don reçu et donné, avec joie. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Maryline Reymond
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2ème DIMANCHE DE PÂQUES HOMELIE prononcée par PERE FLORENT DE RUGY

