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Homélie du Père Emmanuel Gobilliard prononcée le dimanche 14 juinLe mystère de l’Eucharistie est un peu comme une pierre d’achoppement pour beaucoup de nos contemporains, c’est un mystère mal compris dans la société actuelle et il est important de redécouvrir cette pédagogie divine qui nous amène aujourd’hui à communier au corps et au sang du Christ. La deuxième lecture de la lettre aux Hébreux, qui est dense, fait référence à beaucoup d’évènements ou de rites que nous connaissons peut être peu, mais en tout cas que les auditeurs de la lettre aux Hébreux connaissaient parfaitement, et qui s’enracinent dans la grande tradition du peuple juif. Avant de parler de la tradition du peuple juif, il faut dire que dans certains rites païens anciens que pratiquait le peuple juif avant d’avoir reçu le don de l’alliance, il y avait la possibilité d’un sacrifice de paix entre deux peuples. Lorsque deux peuples avaient décidé de faire la paix, ils se mettaient l’un en face de l’autre, ils égorgeaient un animal et ils répandaient le sang sur les membres des deux peuples comme signe d’alliance de paix. Le Seigneur va vouloir reprendre cette alliance dans le sang en lui donnant un sens nouveau. Tout d’abord, c’est toujours Dieu lui même qui s’engage d’une part, mais il ne s’agit plus que du peuple d’Israël, il s’agit de l’humanité toute entière qui est invité à rentrer dans ce mystère de l’alliance et Dieu va réaliser cette alliance en son Fils. Autrefois il y avait des prêtres pour égorger un animal, des prêtres qui étaient choisis dans la tribu de Lévi. Aujourd’hui, le prêtre, c’est le Christ. Avant il y avait un autel, aujourd’hui l’autel c’est le Christ. Avant il y avait une victime, aujourd’hui, c’est le Christ. Il est l’autel, le prêtre et la victime ; il reprend tout à son compte. Ce qui demeure c’est l’engagement du peuple ; nous devons donc redire à la suite du peuple d’Israël : « tout ce que le Seigneur a dit nous le mettrons en pratique, nous y obéirons », ce que le Seigneur a introduit dans l’ancienne alliance avec l’engagement du peuple d’Israël d’obéir à la loi demeure toujours. C’est très important de se rappeler cela, de se rappeler qu’il s’agit d’une alliance entre Dieu en son Fils et nous. C’est très important pour éviter la superstition qui est de croire qu’il me suffit juste de recevoir l’Eucharistie pour être sauvé. S’il s’agit d’une alliance, il ne suffit pas pour moi de le recevoir, il faut que je m’engage aussi dans cette alliance, il faut que je sois actif. L’alliance Eucharistique, c’est une relation entre le Christ qui se donne à nous dans son amour infini, qui nous offre au Père et nous qui donnons notre réponse libre, aimante et confiante. Cette réponse ne se donne pas qu’à la messe en disant « Amen », elle se déploie dans notre vie. Si le Christ a voulu être le prêtre, l’autel et la victime c’est pour nous apprendre à faire comme lui. Le don du sang, c’est le signe de toute une vie offerte, une vie donnée dans ses moindres instants, une vie dans toutes ses relations, ses activités, ses affections. Le Seigneur se donne à nous infiniment pour nous sauver et attend de nous que nous nous donnions à lui et à nos frères comme signe de cette alliance. « Tout ce que le Seigneur a dit nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » La finalité de l’Eucharistie la voilà donc : nous offrir avec le Christ tout entier, recevoir son corps et son sang pour nous offrir avec lui au Père, avec lui, à toute l’humanité. C’est notre dimension sacerdotale : au baptême, nous sommes prêtres ! Pour réaliser cette offrande du Christ total (c’est l’Eglise) et de nous-mêmes, le Seigneur a voulu que cette alliance trouve sa source et son sommet dans le mystère de l’Eucharistie. Le mystère du corps et du sang du Christ qui nous sont offerts se réalise dans le mystère de l’Eucharistie avec sa structure, ses prières, ses chants de louanges avec surtout la communion. La finalité de l’Eucharistie, c’est la communion, « commune union », union intime avec le Christ : nous devenons des « porte-Christ », nous devenons le Christ lui-même parce qu’il ne se donne pas à moitié et parce que s’il a choisi le pain, encore un élément qui change par rapport à l’ancienne alliance, c’est pour réaliser une union beaucoup plus intime. Le Corps du Christ que nous recevons sous la forme du pain va petit à petit devenir nous-mêmes, théologiquement, nous pourrions dire même que c’est nous qui devenons ce que nous recevons. C’est ce que nous chantons dans un chant, parce que le pain que nous recevons, le corps du Christ, nous l’assimilons, il passe dans notre sang, il va nourrir nos cellules au point que l’on ne pourra plus savoir quelle différence il y a entre moi-même et ce que j’ai reçu, ce que j’ai mangé. L’union est si intime que je ne peux plus séparer ce que j’ai reçu de ce que je suis puisque ce que je suis se nourrit de ce que j’ai reçu. Le Seigneur veut réaliser cette union intime. C’est très important car quelquefois nous manquons de foi dans ce mystère de l’Eucharistie reçu dans un corps qui est le nôtre. La preuve, même si cela est très digne, c’est que souvent alors que nous avons reçu le Saint Sacrement en nous, que nous sommes donc des tabernacles vivants, nous nous tournons pieusement vers la réserve Eucharistique. Or, la présence du Christ en nous après la communion est –pourrait-on dire- supérieure à la présence qui se trouve dans la réserve Eucharistique parce qu’elle est finalisée dans une union. On pourrait dire que le Christ est plus présent en nous à ce moment précis qu’il ne l’est dans le tabernacle puisque le but de l’Eucharistie c’est qu’il soit reçu dans une union et cette union se réalise lorsque nous communion. On devrait presque s’agenouiller les uns devant les autres puisque l’Eucharistie est présente en chacun de ceux qui l’ont reçue. Il n’y a pas de geste liturgique recommandé après la communion sinon celui d’une adoration intérieure profonde qui se réalise extérieurement comme nous le souhaitons : à genoux, assis, debout. Qu’importe du moment que nous adorons le Christ présent en nous. La finalité est donc le Christ reçu pour que tout ce que le Seigneur a dit nous le mettions en pratique, nous y obéissions. Il doit être reçu pas seulement en parole mais dans toute notre vie. Ayant réalisé cette union profonde avec le Christ, nous devons en vivre, en témoigner, obéir à ce que le Seigneur nous demande. C’est ce que le Seigneur lui-même a fait à la Cène (il s’est offert lui-même et a lavé les pieds de ses apôtres). L’Eucharistie devient alors indissociable de l’engagement de toute ma vie, du service de mes frères comme le Christ l’a fait. L’Eucharistie se prolonge dans tous les instants de ma vie ; ce n’est pas seulement au moment de la célébration Eucharistique. La célébration Eucharistique est un début et le commencement de tout ce qui va suivre dans ma vie : tout doit lui appartenir, toutes mes activités doivent être dans le prolongement de l’Eucharistie, toutes mes pensées, mes joies, mes peines, tous mes plaisirs, toutes mes tristesses peuvent être offerts au Seigneur, vécus en présence du Seigneur, comme un soutien. Je reçois le Christ pour qu’il me soutienne dans tout ce que je vais vivre, je reçois le Christ pour qu’à travers moi il soutienne les autres, c’est le service du prochain, je reçois le Christ dans un mystère d’alliance c'est-à-dire qu’à mon tour, puisque c’est une alliance réciproque, il faut que je le soutienne. On oublie cette dimension de l’Eucharistie : puisque je m’engage dans l’Eucharistie et que c’est un mystère d’alliance, je dois soutenir le Christ. « Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Vous voyez la grandeur de ce mystère qui prend tout son sens lorsqu’on le met en perspective avec cette grande pédagogie divine, avec ce que le Seigneur a voulu nous enseigner à travers l’ancienne alliance, à travers la nouvelle alliance, à travers ce qu’il fait lui-même pour que nous vivions par lui, avec lui et en lui. Amen Père Emmanuel Gobilliard Emmanuel Gobilliard
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HOMELIE DU 22 JANVIER 2012, 3ème dimanche du temps ordinaire par le Père Roland Bresson

