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Homélie du Père Gobilliard, dimanche 30 Août, prononcée à la Cathédrale
Vous laissez de côté le commandemant de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes. Nous savons que les Pharisiens sont nés un peu plus d'un siècle avant la naissance de Jésus. C'est un renouveau qui est né dans le Peuple Juif à la suite de déviances. Un renouveau du coeur. Un bon renouveau que les Pharisiens ont instauré pour redonner au Peuple d'abord la foi et l'espérance. Et puis, petit à petit, ce renouveau a été victime de sa propre ardeur et est devenu exclusif, exclusif non pas en raison du commandement de Dieu, non pas en raison de la Loi ( avec un grand L), la Loi qui vient de Moïse et qu'on a entendue dans la première lecture, mais en raison de quelques traditions ( avec un petit "t"!), des traditions dont le but était de permettre aux Juifs de ce temps de mettre en pratique, d'exprimer la grande Tradition.
Ces petites traditions s'expriment à travers plusieurs textes qu'on appelle des Targoums, ou des Midrashs qui interprètent la Parole de Dieu et qui donnent des consignes pratiques pour la vie quotidienne. Souvent, il s'agit de bon sens. Et le Seigneur réagit lorsque ces traditions vont à l'encontre du commandement de Dieu, de la grande Tradition. Et il est important pour nous de comprendre qu'il ne s'agit pas d'une querelle du passé, de bien comprendre aussi dans l'Eglise ce qu'est la véritable Tradition.
La tradition, on l'appelle la Tradition Vivante. Il ne faut pas confondre Tradition avec tout ce qui est passé. Bien sûr, la Tradition Vivante s'enracine dans une fondation, elle s'enracine dans le Christ. La Tradition Vivante, c'est celle, comme nous dit Saint Paul, qui nous a été transmise par les Apôtres à travers la succession apostolique, c'est le coeur de notre foi, c'est ce que Jésus appelle dans l'Evangile le Grand Commandement qui se résume par " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même". Ce qu'on retrouve aussi dans le Deutéronome, qui est un peu plus explicite encore en nous disant quelles sont les façons pour appliquer ce Grand Commandement de Dieu. C'est le coeur de notre Foi, c'est le coeur de notre Foi qui est vivant .
Et les traditions, comme l'a rappelé le Concile Vatican II, sont bonnes. Ce ne sont pas de mauvaises choses, mais les traditions sont bonnes parce qu'elles permettent de mettre en pratique ou bien d'adapter au monde contemporain le grand commandement du Seigneur, d'adapter notre foi au monde contemporain. Donc il est normal que ces petites traditions puissent changer au fur et à mesure que le monde change.
Les traditions concernent souvent la vie sociale, les coutumes et aussi certaines expressions de la foi. La grande Tradition est d'abord mystère de communion. Ce que nous avons reçu du Christ, c'est: " Qu'ils soient un". Ce qui a été transmis par les apôtres, c'est cette unité, cette belle unité des apôtres autour du Christ. On pourrait presque dire que la vraie Tradition dans l'Eglise est synonime de communion; et c'est en ce sens qu'on voit qu'elle peut être vivante parce que la communion est toujours pour aujourd'hui, elle s'exprime encore aujourd'hui à travers le successeur de Pierre, le Pape, en communion avec les évêques.
Cette communion s'exprime de manière régulière lorsque les évêques, en communion avec le Pape, nous enseignent, lorsque le Pape exerce ce qu'on appelle son magistère ordinaire, nous livre des textes pour notre prière, notre réflexion, et notre vie quotidienne ou notre vie chrétienne. A nous, prêtres, il nous a adressé une belle lettre le 16 Juin dernier qui touche d'abord notre communion avec le Christ, justement. Le Pape est garant de la communion, garant de l'unité, garant de cette grande Tradition.
Cette communion s'exprime de manière admirable lorsque tous les évêques sont réunis autour du Pape: cela s'appelle un concile oeucuménique. Et vous voyez bien pourquoi je vous en parle: parce que souvent, cela a été la difficulté de certaines tendances de l'Eglise: on confond la grande Tradition avec les petites traditions. La Grande tradition, c'est la communion, et cette communion, elle s'exprime d'une manière admirable dans le Concile Oeucuménique, le Concile que parfois nous avons du mal à recevoir, parce que nous ne le lisons pas, parce que nous l'interprétons à notre sauce, parce qu'il est possible que nous puissions y projeter notre imaginaire blessé, mais le Concile Oeucuménique, quand il est bien compris, est source d'une grande communion. Et Jésus l'exprime dans l'Evangile: la communion n'est jamais exclusive.
La communion, comme son nom l'indique, ne peut pas exclure. Tous les préceptes de la vie morale sont d'abord pour moi. Cela veut dire qu'ils ne doivent pas d'abord me servir à exclure ceux qui ne les vivent pas. Ils doivent d'abord me servir à grandir dans la vie chrétienne. ILs sont d'abord pour moi. Souvent, au nom de petites traditions, on les utilise pour juger d'abord les autres, si possible en s'excluant soi-même de leur mise en pratique. Et justement, tout en maintenant ce qu'on appelle le dépôt de la Foi, le coeur de notre Foi, la communion avec le Christ dans l'Eglise universelle, le Concile Vatican II a rappelé ce que rappelle Jésus dans l'Evangile: la communion n'est pas exclusive et on ne peut pas condamner quelqu'un pour ce qu'il est. On peut parfois, dans des cas graves, le condamner pour ce qu'il a fait, éventuellement, et laisser la porte ouverte à un pardon, à une miséricorde, mais on ne peut pas le condamner pour ce qu'il est.
C'est pour cela que le Concile a insisté sur l'importance d'accueillir les hommes et les femmes de bonne volonté, ceux qui ne partagent pas toujours notre religion et pour lesquels il n'y a aucune faute de leur part. Ils ont reçu, dans leur éducation, une tradition religieuse qu'ils mettent en pratique honnêtement et ils ne peuvent pas être condamnés à cause de cela. A nous de leur annoncer en même temps le mystère du Christ parce que nous croyons qu'il nous sauve et qu'il est la Vérité, le Chemin, la Vie. Mais nous ne pouvons pas les condamner pour ce qu'ils sont.
Donc la communion n'exclut pas, sauf si moi-même je m'exclus de la communion de l'Eglise, et le premier moyen de s'exclure de la communion de l'Eglise, c'est de se croire normatif, c'est-à-dire de se considérer comme celui qui interprète la Parole de Dieu, qui interprète la grande Tradition au gré de ses propres petites traditions. Non, je dois avoir l'humilité de reconnaître que celui qui interprète de façon authentique la tradition de l'Eglise, c'est le Pape en communion avec les évêques. C'est le mystère de l'Eglise dans laquelle l'Esprit Saint est présent, l'Esprit Saint a été donné.
Alors même si tout cela peut paraître un peu lointain, il est bon de le rappeler pour savoir quelle est notre foi profondément, où se trouve la véritable Tradition. Ne pas non plus négliger les petites traditions à conditions de les recevoir de celui qui a l'autorité actuellement pour nous les transmettre puisqu'elles évoluent, évidemment. Mais j'aimerais maintenant comparer l'Eglise à une famille, même si vous n'êtes pas touchés par des problèmes qui sont des problèmes de rites ou de communion avec le Pape, j'aimerais juste faire une comparaison avec la famille, parce que pour moi, pour tous, l'Eglise est une famille, et donc nous sommes appelés dans nos familles à vivre aussi de cette grande Tradition, puisque nous sommes chrétiens et que la famille est appelée Eglise domestique. Cela veut dire que je dois mettre en premier dans la famille le mystère de la communion. Tout ce que j'ai dit de l'Eglise est vrai de la famille: la communion n'est jamais exclusive. Il y a parfois des petites traditions, de belles traditions familiales, des traditions d'éducation, des traditions de vie, des traditions de politesse, qui sont bonnes à condition qu'elles n'empêchent pas la communion. Je dis cela parce que souvent dans les familles, on voit de petites traditions qui viennent mettre un tel bazar que la grande communion est mise à mal à cause de petites querelles de rien du tout.
On peut s'exclure, comme dans l'Eglise, de cette communion, mais la porte doit toujours être laissée ouverte et elle est ouverte par le pardon. Si nous sommes chrétiens, et si notre frère nous a blessé, notre père, notre mère, nos grands-parents, notre soeur, nos enfants, même pour des raisons que nous estimons graves, puisque ce qui est premier dans la famille, c'est le mystère de la communion, la porte doit toujours rester ouverte et le premier pas, c'est toujurs à moi de le faire. Toujours. Quel que soit celui à qui je parle, si vous êtes des enfants et que vous vous êtes mis en dehors de cette communion de la famille, c'est à vous de faire le premier pas. Si vous êtes les parents, et que vos enfants se sont mis en dehors, ou bien d'autres personnes, c'est à vous de faire le premier pas. En gros, c'est toujours à moi de faire le premier pas, sinon personne ne le fera, quelle que soit ma position. Le mieux, c'est quand les premiers pas se rejoignent. Alors, il y a à la fois l'ouverture, les bras ouverts, et la personne qui retrouve la communion.
Les petites traditions dans la famille, qui sont souvent bonnes, parfois mauvaises, ne doivent mépriser personne. C'est aussi un enseignement de l'Evangile. On ne méprise pas ceux qui ne sont pas comme nous. C'est la grande discussion dans l'Eglise Apostolique entre les Chrétiens de tradition juive et les chrétiens de tradition païenne qui ne se ressemblent pas et qui sont appelés à vivre la même communion. On ne méprise pas. Cela veut dire que l'on ne méprise pas les petites traditions des familles qui sont à côté de nous. Ce sont leurs traditions familiales. On ne les exclut pas non plus de la communion chrétienne. Mépriser au nom de Dieu, c'est se croire supérieur, or Saint Paul nous dit: " Considérez toujours les autres comme supérieurs à vous-mêmes". La véritable communion implique quelque chose qui est du domaine de l'humilité. C'est ce que Jésus condamne dans ce qu'on pourrait appeler le pharisaïsme et qu'on ne voit pas chez tous les pharisiens, car il y a de bons pharisiens, Nicodème par exemple. Le pharisaïsme, c'est se croire supérieur aux autres.
Alors la façon de sortit de cette tendance naturelle que nous avons de nous croire toujours supérieurs aux autres, c'est, comme dirait Saint Jacques, dans la lecture d'aujourd'hui, l'action de grâces. L'action de grâces n'est jamais exclusive, je ne sais pas si vous avez remarqué. Et Saint Jacques nous dit: " frères bien aimés", déjà, c'est beau, " frères bien -aimés, les dons les meilleurs, les présents merveilleux viennent de Dieu". Le meilleur moyen de retrouver la communion, c'est l'action de grâces, se souvenir que tout vient de Dieu, tout ce que j'ai reçu de bien vient de Dieu, ne vient pas de moi, je ne peux pas en tirer orgueil et si je reconnais que tous ces dons merveilleux viennent de Dieu, alors naturellement je suis dans une attitude oblative, je me sors de moi-même, donc je ne reste pas tourné sur moi-même, sur mes petits problèmes, mes petites traditions, mes petites querelles, je m'ouvre au Seigneur qui m'introduit dans sa grande communion. La communion d'aujourd'hui, c'est la communion eucharistique.
Au début de cette année pastorale qui commence, il est pour moi important de demander au Seigneur, puisque c'est ma mission, de faire l'unité entre vous, de vous faire entrer dans ce mystère de communion eucharistique qu'il réalise Lui-même en vous invitant à vous tourner vers le Christ, la source de toute communion et ainsi, notre communauté chrétienne, petit à petit, ressemblera à la communauté apostolique et nous vivrons de cette grande Tradition de l'Eglise, tradition de vie avec le Christ. Demandons à la Vierge Marie de nous unir dans cette grande communion, dans cette grande tradition de l'Eglise en nous gardant à l'écoute des enseignements du Christ qui sont donnés à travers l'Eglise. Amen.
Père Emmanuel Gobillard Emmanuel Gobilliard
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Homélie du père Emmanuel Gobilliard le 22 août 2010
