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Homélie du cinquième dimanche de Pâques, le 20/04/08

Prononcée par le Père Emmanuel GOBILLIARD



 Hier j'étais à l'abbaye de Sept-Fons avec les séminaristes de toute la province de Clermont et le frère Emmanuel nous a parlé de la sainteté en nous rappelant que la sainteté, c'est l'amitié avec le Christ. Etre saint, c'est demeurer en lui, l'aimer, le servir, le suivre. L'Evangile de ce jour nous présente Jésus comme celui qui vient d'abord rassurer les apôtres qui sont bouleversés. Il les apaise et ancre en leur cÅ“ur une espérance dont ils ne découvriront vraiment l'ampleur qu'après la Résurrection. Il est frappant de voir que c'est Thomas qui s'adresse à Jésus pour le contredire, presque le provoquer comme c'est lui qui se moquera des apôtres lorsqu'ils prétendront avoir vu Jésus ressuscité. Thomas est celui qui, dans le groupe des apôtres, a le souci de « ramener tout le monde à la réalité ». Dans tous les groupes humains il y en a un qui –soit disant- nous rappelle à la réalité, qui nous dit « gardons les pieds sur terre et arrêtons de rêver ».

Dans l'Eglise aussi on en trouve beaucoup qui nous disent : « le mysticisme, cela va bien 5 minutes, mais cela nous fait pas avancer ». Chez les apôtres, c'est pareil : il y en a qui pensent : c'est très joli ce que tu nous dis, Jésus, mais qui nous délivrera de la puissance romaine, qui rétablira le règne de Dieu (on veut opposer ceux qui prient et ceux qui agissent, ceux qui sont dans les nuages et ceux qui sont sur la terre). Et pourtant, quelle est la réponse de Jésus ? Dans cet Evangile mais aussi dans toute sa vie : « n'ayez pas peur », ayez confiance, je suis expert en humanité. En Jésus, l'humanité n'est pas opposé à la divinité ; elle n'est même pas séparée de la divinité. Grâce à lui, on ne peut plus dire : « Il y les choses de la terre et les choses du ciel ». Si quelqu'un n'a pas les pieds sur terre, c'est qu'il n'est pas un bon disciple de Jésus. Le bon sens trouve sa plénitude en Jésus.

- Il est le Chemin. Toute sa vie est chemin d'humanité. En contemplant la vie de Jésus, nous apprenons à être plus humains, à répondre davantage à notre vocation d'hommes et de femmes dans ce monde. En contemplant Jésus qui travaille, nous comprenons le sens du travail et nous ne pouvons plus dire que la foi chrétienne nous empêche d'accomplir notre travail. Un chef d'entreprise ne peut plus dire : « Si je suis chrétien je ne peux pas être un bon chef d'entreprise ». C'est juste un peu plus exigeant parce que, comme chrétien, quelque soit notre niveau de responsablilité, nous devons avoir le souci d'être toujours plus respectueux de ceux qui nous sont confiés. C'est vrai de tous les métiers. En contemplant Jésus travaillant je comprends le sens du travail. En contemplant Jésus dans la Sainte Famille, je comprend mieux ce qu'est une famille et j'ai plus d'outils pour éduquer, pour être éduqué, pour aimer, pour faire l'unité dans ma propre famille. En contemplant Jésus qui guérit je comprends mieux comment moi-même je peux être guéri ; en contemplant Jésus qui souffre je comprends comment ma souffrance dans le cœur de Jésus trouve un nouveau sens. Jésus nous aide à être davantage nous-même parce qu'il est le chemin. D'ailleurs il est créateur : l'humanité, il la connaît puisqu'il l'a créée. il sait mieux que quiconque comment être homme. Remarquez dans l'évangile comme il a toujours l'attitude juste, avec Pierre, avec Zachée, avec Marie Madeleine et ici avec Thomas. D'ailleurs dira-t-il à Thomas, « regarde la marque des clous ». Il n'y a pas d'un côté la vie terrestre, souffrante et de l'autre la vie spirituelle. Toute ma vie, dans toutes ses dimensions doit être une vie d'amitié avec Dieu parce que lui-même à fait de sa vie une vie d'amour pour l'humanité.

- Il est la Vérité. Non seulement il connaît l'humanité en général, mais il me connaît moi-même en particulier. Il connaît la vérité de ma vie et comment je peux me réaliser pleinement. C'est la question de la vocation. Il peut faire grandir l'humanité en général mais il peut aussi me faire grandir moi-même. Il me connaît et rien en moi ne peut lui être caché. Dès lors je ne peux plus dire que telle personne est davantage appelée à être sainte que telle autre. Puisque la sainteté est la pleine réalisation de moi-même, il y a un chemin différent pour chacun qui se confond avec le chemin du plus grand bonheur qui se confond aussi avec le chemin de la pleine humanité en chacun de nous. Ma vocation ne me détourne pas de mon humanité, de mon bonheur. Ma vocation c'est  de répondre au Dieu créateur qui me souffle la voie du plus grand bonheur. Il est le chemin, la vérité.

- Il est la Vie. Il est d'autant plus homme qu'il n'y a pas de péché en lui. Il nous fait comprendre qu'on peut être parfaitement homme, sans le péché. Le péché est à l'humanité ce que la maladie est à la vie. Moins je suis malade, plus je suis vivant. Moins je suis pêcheur, plus je suis humain. Il faut répondre à tous ceux qui s'imaginent que le péché fait partie de l'humanité. On essaye même de lui donner des petits relent de douceur en l'appelant « péché mignon » comme s'il y avait un lien nécessaire entre le péché et l'humanité. Certains pensent qu'on ne peux pas être homme sans être pécheur. Le péché fait partie de ma vie, certes mais comme la maladie ! Il n'a pas de vie sans maladie. Mais je suis d'autant plus homme que je la rejette, j'ai d'autant plus de bon sens que je suis un saint, j'ai d'autant plus les pieds sur terre que mon coeur est rempli de la présence de Dieu. « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Cette phrase du Seigneur nous permet de ne plus avoir peur de notre humanité. Parce qu'il nous a créé, parce qu'il a revêtu notre humanité, notre espérance trouve, en lui, un sens nouveau et notre vie, une unité nouvelle.

Demandons au Seigneur d'être toujours plus humains ; ainsi nous ressemblerons davantage à celui qui « pour nous et pour notre salut est descendu du ciel et s'est fait homme ». Amen

Père Emmanuel Gobilliard







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