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Homélie du cinquième dimanche de carême prononcée par monseigneur Henri BrincardFrères et sœurs, nous sommes rassemblés pour la messe dominicale, la messe du jour du Seigneur, qui vient de l’épithète latin dies dominica, et nous sommes pendant le temps du carême ; notre recteur nous a rappelé que le carême tirait vers sa fin et que Pâques, tel un soleil qui s’annonce par les clartés de l’aurore, est proche. Frères et sœurs, une parole sûrement vous a touchés profondément : « j'aurai fait couler de l'eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer le peuple, mon élu. » Ce désert, ce lieu aride, c’est nous et l’évangile va nous le rappeler fortement. Le carême, c’est justement le temps qui permet à Jésus de faire couler l’eau de sa grâce dans nos cœurs d’une manière plus abondante. Pour cela il nous faut, comme le rappelle St Paul, que nous augmentions notre connaissance de Jésus-Christ. Surtout pensons que c’est nécessaire. Rien n’est plus dangereux d’entendre un évangile et de ne pas l’écouter parce que l’on croit le connaître. Même les paroles de Dieu qui nous sont les plus familières sont toujours à redécouvrir. Connaître le Christ, cela signifie méditer sa parole avec l’aide du Saint-Esprit. Cette connaissance du Christ vient aussi d’une expérience dont parle St Paul : éprouver la puissance de sa résurrection. Certes Pâques nous rappelle cette puissance qui se manifeste à travers Jésus ressuscité mais cette puissance doit s’exercer en nous et nous savons par quel chemin privilégié : le sacrement de la réconciliation qui est le sacrement de la Résurrection. Enfin, la connaissance, elle vient par une communion toujours plus profonde aux souffrances de sa Passion. Communion cela signifie une union avec son cœur, avec son amour, du fait que toute souffrance qui en elle-même est un mal reçoit un sens parce que l’amour s’en sert et il s’en sert pour que nous ressemblions à celui qui nous sauve et que nous devenions par lui et en lui sauveurs de nos frères. Oui, le carême c’est un temps qui nous est donné pour une meilleure connaissance de Jésus-Christ par les trois chemins que je viens d’évoquer. Mais il faut aussi se laisser saisir par le Christ comme la femme adultère s’est laissée saisir. Et il est beau de méditer sur cet évangile et de nous l’appliquer. Ne pensez pas à votre voisin, votre voisine, à la situation de l’Eglise dont je vais vous parler, pensons d’abord à nous-même, vous et moi. Oui, cette femme adultère s’est laissée saisir par le Christ. Je voudrais simplement souligner quelques aspects de cette saisie parce que finalement, c’est la manière dont Jésus nous saisit. Elle a été saisie en flagrant délit d’adultère c'est-à-dire dans son péché. Elle est amenée par ceux qui l’accusent et qui disent à Jésus la loi prescrite : qu’on lapide une femme dans cette situation. C’est bien ce que l’on fait souvent aujourd’hui de différentes manières devant une faute : sans regarder la nôtre, on lapide. Que va faire Jésus ? Il va d’abord rétablir la possibilité d’une relation personnelle avec cette femme car le pardon est toujours personnel même si la réparation parfois et même souvent doit être publique. Il fait partir les accusateurs en leur disant : « est-ce que vous vous êtes regardés ? Vous aussi vous avez besoin de la miséricorde ; vous voulez appliquer la justice sans demander pour vous-même la miséricorde. Est-ce encore la justice ? ». Ils se retirent et l’évangéliste ne manque pas d’humour en disant que cela a commencé par les plus âgés. Méditez là-dessus. Jésus se trouve seul à seul, dans un cœur à cœur avec cette femme et remarquez sa délicatesse et aussi ensuite sa clarté : « femme, où sont-ils donc ceux qui t’ont accusée ? » et elle va répondre aux deux questions que Jésus pose : « personne ne m’a condamnée. ». Elle ne peut pas répondre à la première question, elle ne sait pas où ils sont partis. Et Jésus va dire : « personne ne t’a condamnée, moi non plus je ne te condamne pas », c'est-à-dire je ne t’enferme pas dans ton péché, je ne te laisse pas dans ce péché, je ne te dis pas de désespérer en regardant avec un certain réalisme ce péché, « moi non plus je ne te condamne pas, ». « Va ! », c’est le pardon, « désormais, ne pèche plus », la clarté. « Va, désormais ne pèche plus », la puissance va opérer par un regret exprimé par le silence de cette femme et Jésus va agir dans son cœur : « ne pèche plus, il faut changer ta vie ». Chers amis, se laisser saisir par le Christ, c’est se laisser saisir comme cette femme adultère. A chacun d’appliquer cet évangile, moi le premier bien sûr. Je le dis souvent, j’aime beaucoup prêcher parce que j’ai encore bien du chemin à parcourir. Et St Paul va ajouter une parole très forte, il ne faut pas penser avoir déjà saisi Jésus, il faut se laisser saisir par lui et il ne faut pas penser que nous l’avons déjà saisi, c'est-à-dire que nous sommes en pleine communion avec lui et que notre vie chrétienne ne peut pas continuer à croître. Ceux, qui enseignent beaucoup, qui voient beaucoup chez les autres ce qui ne va pas, oublient qu’ils ont des grands progrès à faire. Je vous le dis, j’aime beaucoup prêcher parce que je vois toute la route qu’il me reste à parcourir et quand on me dit « Excellence », j’aime ça aussi parce que je vois le but mais je ne vois pas ce que j’ai réalisé. Ne pas penser que l’on a déjà saisi le Christ, c’est l’humilité, surtout quand on enseigne, l’humilité et aussi le désir de progresser, de poursuivre sa course en ne regardant pas en arrière mais lancé en avant. Quel beau commentaire, on pourrait faire de cette parole. Je laisse l’Esprit-Saint le faire en vous, il le fera beaucoup mieux. Chers amis, l’évangile de ce jour, avec tous les enseignements qu’il comporte et que j’ai évoqué, qui concerne notre propre conversion tombe un dimanche où le Saint-Père Benoit XVI vient d’adresser une lettre aux catholiques d’Irlande. Je vous demande, comme un devoir, de lire cette lettre. Vous pouvez la trouver sur le site internet. Ce n’est pas le journal qu’il faut lire, ce ne sont pas les commentaires des journaux ; nous sommes en famille, c’est une lettre d’un père de famille à ses enfants. Je vous demande de la lire en famille, si c’est nécessaire, c'est-à-dire si vos jeunes vous posent des questions, ce serait normal avec tout ce qu’ils entendent. Je vous demande de leur faire connaître cette lettre en la leur présentant. Je ne peux pas bien évidemment vous la lire, elle est magnifique de profondeur, de tristesse et d’espérance. C’est vraiment la lettre d’un père de famille à ces enfants. Il nous est demandé pour bien la lire de nous convertir nous-même dans d’autres domaines je l’espère. Mais il est très important que vous la lisiez vous-même. Je vous la résume, mais le résumé sera bien pauvre parce qu’il faudrait lire chaque ligne. « Chers frères et sœurs de l’Eglise en Irlande, c'est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l'Eglise universelle. Comme vous, j'ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l'abus d'enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l'Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d'entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l'Eglise en Irlande les ont affrontés. »… « En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l'ont observé, le problème de l'abus des mineurs n'est pas propre à l'Irlande, ni à l'Eglise. » ce n’est pas une excuse, c’est l’occasion d’une réflexion sur la manière dont les faits sont rapportés. « Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d'affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. Des progrès positifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. La persévérance et la prière sont nécessaires, ainsi qu'une grande confiance dans la force de guérison de la grâce de Dieu. Dans le même temps, je dois également exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l'Eglise qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. » « Tandis que vous affrontez les défis de ce moment, je vous demande de vous rappeler du «rocher d'où l'on vous a taillés» (Is 51, 1). Réfléchissez aux contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l'Eglise et à l'humanité tout entière par les générations passées d'hommes et de femmes irlandais, et faites en sorte que cela constitue un élan pour un examen de conscience honnête et un programme de renouveau ecclésial et personnel convaincu. Je prie pour que, assistée par l'intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l'Eglise en Irlande surmonte la crise présente et redevienne un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestées dans son Fils Jésus Christ. » « Au cours des dernières décennies, toutefois, l'Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l'égard de l'enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. » Je me sens interpellé par rapport à mon diocèse. « Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, à adopter des façons de penser et à considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l'Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican II fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, une tendance à éviter les approches pénales à l'égard de situations canoniques irrégulières. » Cela veut dire que le droit de l’Eglise n’a pas été appliqué parce qu’on disait que l’Eglise n’est pas juridique. « C'est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l'abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l'affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l'Eglise et pour ses enseignements. » Ensuite, le Pape appelle à une action urgente dont il va déterminer les formes avec précisions mais avant de le faire, il va adresser dans sa lettre des passages à différentes personnes. Tout d’abord, aux victimes d’abus et à leur famille, c’est un moment à la fois émouvant, admirable et profond. Ensuite, il s’adresse aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants. « Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. » Il s’adresse ensuite aux parents des enfants qui ont été blessés si gravement. Il adresse un paragraphe superbe aux enfants et aux jeunes d’Irlande, je pense qu’il y a de grandes lumières pour un apostolat auprès des jeunes puis aux prêtres et aux religieux d’Irlande ; je vous lis ce paragraphe : « Nous souffrons tous à la suite des péchés de nos confrères qui ont trahi une consigne sacrée ou qui n'ont pas affronté de manière juste et responsable les accusations d'abus. Face à l'outrage et à l'indignation que cela a provoqué, non seulement parmi les laïcs mais également parmi vous et vos communautés religieuses, un grand nombre d'entre vous se sentent personnellement découragés et même abandonnés. En outre, je suis conscient qu'aux yeux de certains vous apparaissez coupables par association, et que vous êtes vus comme si vous étiez en quelque sorte responsables des méfaits d'autres personnes. En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l'Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20). ». Enfin, à mes frères évêques : « Outre à mettre pleinement en œuvre les normes du droit canonique en affrontant les cas d'abus sur les enfants, continuez à coopérer avec les autorités civiles dans le domaine de leur compétence. Les supérieurs religieux doivent clairement en faire tout autant. Ils ont, eux aussi, participé aux rencontres récentes, ici à Rome, pour établir une approche claire et cohérente de ces questions. Il est nécessaire que les normes de l'Eglise en Irlande pour la protection des enfants soient constamment revues et mises à jour et qu'elles soient appliquées de manière totale et impartiale, conformément au droit canonique. ». Et, je rappelle que d’une manière générale, l’autorité dans l’Eglise n’est jamais exercée seule et doit toujours l’être conformément à ce que l’Eglise demande et qu’elle exprime dans son droit. A force de dire que l’Eglise n’est pas juridique, on a oublié le sens du droit. « Seule une action ferme menée de l'avant de manière pleinement honnête et transparente pourra rétablir le respect et l'affection des Irlandais envers l'Eglise, à laquelle nous avons consacré notre vie. Cela doit naître, avant tout, de l'examen de vos propres personnes, - il s’adresse aux évêques -de la purification intérieure et du renouveau spirituel. » Ensuite, il adresse une très belle lettre dans la lettre aux fidèles d’Irlande. Je conclue par ce que le Pape propose concrètement à l’Eglise d’Irlande et qui peut nous concerner d’une autre manière. « Au terme de ma rencontre avec les évêques d'Irlande, j'ai demandé que le carême de cette année soit considéré comme un temps de prière pour une effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l'Esprit Saint sur l'Eglise dans votre pays. Je vous invite tous à présent à consacrer vos pénitences du vendredi, pendant une année entière, d'aujourd'hui jusqu'à la Pâque 2011, à cette fin. » Je pose la question : « comment pouvons-nous, nous associer à cet appel du Saint-Père ? Une église sœur, c’est une église qui fait partie de l’Eglise universelle. « Je vous demande d'offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l'Eglise qui est en Irlande. Je vous encourage à redécouvrir le sacrement de la Réconciliation et à recourir plus fréquemment à la force transformatrice de sa grâce. Une attention particulière devra aussi être réservée à l'adoration eucharistique, et dans chaque diocèse, il devra y avoir des églises ou des chapelles spécifiquement réservées à cette fin. » « En outre, après avoir pris conseil et avoir prié sur la question, j’ai l’intention de convoquer une Visite apostolique dans plusieurs diocèses d'Irlande, ainsi que dans des séminaires et des congrégations religieuses. La Visite se propose d'aider l'Eglise locale dans son chemin de renouveau et sera établie en coopération avec les bureaux compétents de la Curie romaine et la conférence épiscopale irlandaise. Les détails seront communiqués en temps utile. Je propose en outre que soit organisée une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux. ». Chers amis, voilà les propositions qui sont faites et auxquelles nous pouvons nous associer selon notre voie propre et selon notre grâce et d’abord convertissons-nous, ce n’est jamais fini et il ne faut pas se décourager. Monseigneur Henri Brincard Maryline Reymond
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Homélie prononcée le dimanche 5 septembre par Mgr Henri Brincard
