Homélie du dimanche 10 mai 2009 prononcée par Père Emmanuel GOBILLIARD



Alors que nous sommes dans l’année Saint Paul, j’aimerais que nous nous attardions sur la première lecture dans laquelle est inaugurée la prédication de Paul. Jusqu’à présent dans le livre des Actes des Apôtres, nous avons vu en action les apôtres, avec Pierre, qui prêchaient l’Evangile, qui guérissaient, qui baptisaient et là voici qu’un évènement surprenant arrive. Alors que nous avons vécu le témoignage et le martyr d’Etienne alors que Paul assistait à ce martyr et qu’il l’approuvait, voici que les apôtres vont recevoir la visite de celui qui fut leur tortionnaire et leur assassin.

Paul n’a rien humainement pour entrer dans la communauté des apôtres.

Il a persécuté les chrétiens, puis, au moment de sa conversion, le Seigneur l’invite à aller voir un homme qui s’appelle Ananie. Il n’est pas de la communauté de Jérusalem, il n’est pas de Judée, il n’est pas de l’Eglise mère donc, en plus du soupçon d’avoir à faire à un assassin, nous avons le soupçon d’un intermédiaire qui est un brave homme mais qui ne fait pas partie de l’Eglise mère.

Deuxième soupçon pour les apôtres, c’est Barnabé.

Lui non plus, ne fait pas partie de l’Eglise de Jérusalem, c’est un riche converti mais son titre de gloire et ce qui va décider les apôtres, nous le voyons dans les actes, chapitre IV, c’est qu’il a donné tout son argent.

Saint Jean nous dit que nous devons aimer en acte et en vérité pas seulement par des paroles. Il a su prouver son attachement  en donnant tout, alors c’est un témoin fiable, alors Paul peut être reçu. Une fois qu’il est reçu, Paul ne fait rien comme les autres : il commence par prêcher aux juifs de langue grecque première annonce du mystère pascal à ceux qui ne sont pas tout à fait du « bercail » : encore un élément de soupçon, d’interrogation sans doute pour les apôtres et il prêchait avec assurance. Cela ne veut pas dire que c’était un bon prédicateur, mais cela veut dire dans le texte grec qu’il prêchait avec une grande liberté, il ne se sentait pas contraint par une prédication, il disait des choses surprenantes ; voilà ce que l’on trouve dans ce terme. Comme pour inviter tout homme à accueillir le mystère pascal, le Seigneur a suscité Saint Paul, un homme éloigné de la foi, un homme qui n’avait rien pour assurer cette prédication. Il va être l’instrument que Dieu a choisi pour accueillir dans son Eglise, son royaume, tout ceux qui en sont loin, tous les païens, les païens que nous sommes parce que finalement c’est à Paul que nous devons au départ la grâce d’être chrétien. C’est le Seigneur qui a suscité Paul pour annoncer cet Evangile à tous ceux qui ne l’avaient pas entendu et qui n’avaient pas la possibilité de l’entendre.

Alors que de nombreuses interrogations au sujet de saint Paul se manifestaient, alors que bouillonnaient dans le cœur des apôtres, tous ces soupçons, le texte de la première lecture se poursuit dans une chute étonnante : « L’Eglise était en paix ».

Voilà le miracle de l’Esprit Saint ! Alors qu’elle aurait dû être en guerre, l’Eglise était en paix.

C’est le Seigneur qui agit, qui suscite Saint Paul et à travers lui chacun d’entre nous. Nous connaissons nos caractères, notre péché et le Seigneur nous choisit quand même et malgré cette diversité, l’Eglise est en paix, l’Eglise se construit parce que l’Esprit Saint la guide :  « elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint. »

Dans la deuxième lecture, nous entendons cette phrase magnifique de Saint Jean : « Notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur ».

Quelle source d’action de grâce que cette parole du Seigneur et c’est ce que Saint Paul a vécu. Combien de fois, Paul a dû être accusé par son cœur, inspiré sans doute par le démon qui a dû lui susurrer plusieurs fois : « tu es un assassin », pour lui faire perdre confiance et il témoigne aussi de cette écharde qu’il a dans la chair, pour l’appeler à l’humilité ; nous ne savons pas ce que c’est mais nous nous doutons d’une faiblesse ou bien une occasion d’humiliation pour Saint Paul et son cœur devait le lui rappeler régulièrement, mais Dieu est plus grand que notre cœur.

Le Seigneur commence par nous rassembler dans la diversité, nous rassembler nous-mêmes, il commence par parler à notre cœur alors que nous nous sentons indignes, pécheurs, faibles et pauvres, le Seigneur nous répète que son Esprit Saint nous assiste parce qu’il est plus grand que notre cœur et comme pour faire écho à cela, l’Evangile, nous dit : « Moi, je suis la vraie vigne et vous les sarments ».


Il ne dit pas, moi je suis la vigne et vous, vous pourrez devenir après un gros effort et une conversion, les sarments, il ne nous dit pas : « Vous êtes les sarments sauf si vous êtes pécheurs, faibles ». Mais, si nous ne demeurons pas en lui nous risquons de nous dessécher et de tomber. Ce n’est pas le père, dans la parabole qui nous coupe ; si nous sommes secs, sous tombons tout seul, c’est par nous-mêmes que nous quittons la présence du Seigneur, c’est par nous-mêmes à cause de ce mystère infini qu’est notre liberté, c’est par nous même que nous choisissons de quitter le Seigneur, ce n’est pas lui qui nous rejette, au contraire, il nous taille, justement lorsque nous sommes encore en vie et reliés à lui.

Alors que signifie : « Il nous taille » ?

On  peut s’imaginer plein de choses ; sans doute nous taille t-il par les évènements, par sa providence, sans doute dans notre vie, la souffrance et les difficultés vont être une occasion d’être davantage ancrés sur le Seigneur. Mais ce n’est pas le sens de tailler, il ne choisit pas pour nous la souffrance ou bien telles épreuves pour que nous portions plus de fruit. Il nous taille, nous dit le texte,  « grâce à la parole ».

« Mon Père, le monde le nettoie grâce à la parole », c’est grâce à sa parole qu’il nous taille, qu’il nous permet de donner du fruit, ce n’est pas une action violente de sa part, c’est une action douce, paisible, patiente : par sa parole que nous écoutons jour après jour, dimanche après dimanche ; nous avons le devoir de méditer la parole de Dieu pour porter du fruit, de nous laisser toucher par elle, de nous laisser transformer. Il faut savoir écouter, la faire résonner cette parole et cette parole d’aujourd’hui, nous pouvons la reprendre : « Notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur » ; « l’Eglise était en paix, elle se construisait, elle avançait dans la crainte du Seigneur, elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint ».

Cette crainte du Seigneur que nous devons avoir, c’est l’attitude de l’enfant qui dépend totalement de son père, l’attitude de la confiance, confiance qui nous permettra de vivre cette paix intérieure, confiance, abandon, humilité qui est l’humilité de Saint Paul c’est comme une porte d’entrée vers ce que le Seigneur nous demande dans l’Evangile : « demeurez en moi », la crainte du Seigneur, la véritable crainte, c’est la Vierge Marie qui nous l’enseigne, c’est demeurer en écoutant sa parole parce que c’est un dialogue auquel le Seigneur nous invite, un dialogue inter personnel et un dialogue se fait à travers des paroles. 

Nous demeurons en Dieu en écoutant sa parole, en lui parlant, en le priant, en l’aimant mais St Jean nous dit qu’il faut aimer en acte et en vérité. Nous demeurons en Dieu aussi en agissant parce que lui agit, il est à l’œuvre, il travaille à notre salut, nous devons l’imiter et travailler au salut de tous et en particulier à travers le travail de la charité. 

 Demandons au Seigneur la grâce de rester toujours greffé à lui, au cep de vigne pour qu’il nous transmette sa vie, sa parole, pour que nous demeurions en lui et qu’il nous donne de porter beaucoup de fruits, des fruits de charité, d’espérance, de foi. Amen

 

Père Emmanuel GOBILLIARD


Emmanuel Gobilliard
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