|
|
||
S'identifier
|
Homélie du dimanche 11 octobre prononcée par Père Emmanuel GOBILLIARD
Le récit d’aujourd’hui nous indique deux étapes dans la vie chrétienne.
La première, c’est l’écoute de la parole de Dieu. Elle est vivante. Il s’agit pour nous de saisir l’occasion d’une véritable rencontre avec le Christ. Pour la plupart d’entre nous, nous l’avons vécue cette rencontre. Elle se fait par notre éducation chrétienne premièrement, quelle qu’elle ait été : une éducation progressive dans une famille chrétienne ou une conversation plus brutale. C’est le premier appel. Pour certain cet appel est radical au point de départ et détermine toute une vie de sainteté. C’est le cas par exemple pour Charles de Foucault. A partir de sa conversion, toute sa vie ne sera qu’une grande croissance vers l’amour qui passera par une voie radicale, celle du don total et de la recherche incessante de la présence de Dieu dans sa vie, à chaque instant. Il réalise ainsi la sainteté. Pour la plupart d’entre nous, ce premier appel en appellera un second car nous devons être réveillés par le Seigneur une deuxième fois. L’Apocalypse nous éclaire à ce sujet lorsque Saint Jean nous dit de la part du Christ quand il s’adresse à l’Eglise d’Ephèse : « J’ai contre toi que tu as perdu l’ardeur de ton premier amour ». Il nous adresse par là un second appel, souvent au cœur de notre maturité, alors que la vie chrétienne s’est déjà développée, bon an mal an. Nous sommes chrétiens, nous allons à la messe, nous avons une vie qui respecte les commandements et si nous tombons parfois, nous restons grosso modo dans une orientation générale qui est acceptable. C’est à ce moment là que nous sommes invités à entendre un deuxième appel au cœur de notre vie assez tranquille. Il peut avoir lieu à l’occasion d’une retraite, d’un temps fort, d’un pèlerinage, comme celui de Saint Jacques de Compostelle ou à l’occasion des JMJ. Nous sommes alors dans la même disposition que ce jeune homme qui s’est déplacé pour rencontrer Jésus. Il est dans les conditions idéales pour recevoir ce second appel, son cœur est disposé à entendre la Parole de Dieu. Pour ceux qui ont fait une retraite par exemple, vous avez quitté votre quotidien, vous avez choisi un cadre calme, éloigné de votre vie quotidienne et de vos soucis pour rencontrer Dieu. Et là au cœur de votre retraite vous avez tous entendu le deuxième appel que le Seigneur vous adresse. Vous l’avez questionné : « Que dois-je faire ? » Et nous avons entendu sa réponse : « Une seule chose te manque ! »
Après ce deuxième grand appel dans notre vie, nous sommes face à un choix radical, c’est le choix de l’amour et de la liberté. Nous avons choisi d’inviter concrètement Dieu dans nos vies et souvent nous savons exactement ce qu’il faut changer. Nous n’avons pas une réponse aussi claire de Jésus. Le Seigneur nous a mit une conscience qui permet d’entendre malgré tout la question que Jésus nous adresse. Nous l’entendons tous : « une seule chose te manque », nous avons besoin d’isoler cette chose, de la connaitre et ensuite de l’appliquer. Nous sommes face à un choix radical et ce choix est le choix de l’amour.
« Posant son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer », cela ne veut pas dire qu’il a commencé à l’aimer, cela veut dire qu’il éprouve une tendresse particulière à ce moment là. Son cœur est disposé et il est prêt à faire la rencontre unique de sa vie qui transformera toute son existence. Il est prêt. Jésus va lui donner un surcroit d’amour pour mieux disposer son cœur et cet amour passe par l’appel que le Seigneur lui adresse. Le Seigneur nous le rappelle. Ce qui est vrai du chemin de Saint Jacques est vrai de n’importe quelle retraite ou de n’importe quel temps fort : la réussite d’une retraite se vérifie dans la vie quotidienne. Se vérifie une fois que nous sommes à la maison. Si nous regardons ce temps fort comme un moment exceptionnel dont nous nous souvenons avec émotion et nostalgie, c’est souvent mauvais signe. Il doit être un point de départ qui implique de notre part une décision concrète qui s’applique dans la vie quotidienne. Je vais vous donner des exemples pour mieux vous faire comprendre ce que je veux dire. Posez-vous la question : « Qu’est ce que le Seigneur me demande de quitter parce que si je ne quitte pas cette chose, je ne pourrais pas m’attacher pleinement à lui » ? C’est parfois très concret ; il ne faut pas aller chercher des grandes théories ou des grands bouleversements. A coup sûr c’est du domaine de l’orgueil ou de la concupiscence. J’ai peut être fait de mon activité professionnelle un Dieu. Je suis prêt à tout sacrifier à mon ambition ou à ma réussite et je trouve des justifications dont je sais en moi-même qu’elles sont fausses : c’est pour nourrir ma famille, c’est pour faire progresser l’humanité, c’est pour faire fructifier mes talents. Au fond de vous-même, vous savez que c’est avant tout pour satisfaire votre volonté de puissance, votre orgueil et votre ambition. Le Seigneur vient juste rejoindre ce que notre conscience nous dit. C’est peut être la concupiscence dont parle Jésus ici au jeune homme riche. « Je suis pris par un désir démesuré de m’enrichir et je trouve les mêmes bonnes raisons pour me justifier ». Le jeune homme riche est plein de justifications, la première d’entres elles c’est que les richesses pour un bon juif, c’est le signe de la bénédiction de Dieu, pourtant Jésus lui dit « Va, vends tout ce qui tu as ». A ce moment là, il y a une petite voix qui vous susurre dans le creux de l’oreille : « C’est trop radical, donc ce n’est pas pour moi. Ce serait de la folie, je mettrais en péril ma famille ». Effectivement cet appel est adressé au jeune homme riche, pour qu’il devienne disciple, et qu’il quitte tout pour suivre Jésus. Un père ou une mère de famille est aussi appelé à suivre Jésus mais pas tout à fait de la même manière. En revanche cet appel est à prendre au pied de la lettre pour ceux qui sont appelés à une vocation consacrée. A ceux là je voudrais dire : si vous avez croisé Jésus et si vous avez entendu cet appel radical, c’est la chance de votre vie, il respecte trop votre liberté pour vous forcer donc il est possible que Jésus ne vous donne pas une seconde chance; ne ratez pas cette rencontre parce que c’est un don de Dieu, la manifestation d’un amour radical. La balle est dans votre camp mais si vous ne la saisissez pas aujourd’hui vous risquez d’être triste et de le regrettez toute votre vie. Ils sont nombreux ceux qui vivent dans ces circonstances de tristesse parce qu’ils n’ont pas osé, entendu cet appel radical à suivre Jésus.
Pour les autres, une telle radicalité peut vous faire croire que vous n’êtes pas concernés. Il n’en n’est rien. Il y a une richesse, parfois très matérielle qui vous empêche d’aimer, d’être disponible à Dieu et à vos proches, il y a quelque chose que vous devez quitter radicalement pour suivre le Christ. Parfois, c’est très concret. C’est peut être le temps que vous passez devant la télévision, c’est peut être le Dieu de la communication. Il a souvent la forme d’un portable et il me donne de l’importance, il me fait croire que je connais beaucoup de monde, que je suis très actif, que tout le monde veut me joindre, que je peux joindre tout le monde, tiens, sauf celui qui est juste à coté de moi et parfois c’est Jésus qui m’attends dans un cœur à cœur personnel ou dans la personne qui essaye en vain d’attirer mon attention mais qui n’a pas de portable pour m’appeler, parce qu’il ou elle croit qu’elle n’en a pas besoin, c’est peut être ma femme, mon mari, mes enfants, d’autres amis moins riches et moins intéressants.
Le Dieu de la communication, est un mal de notre société et un véritable péché. Je ne voudrais pas multiplier les exemples mais imaginez qu’il arrive, certainement pas chez vous, que dans une même pièce, vous ayez l’ordinateur allumé prêt à recevoir des e-mails à chaque instant, d’ailleurs un petit bip retentit et me dit que j’ai un message. En même temps votre portable est prêt à recevoir tous les appels que vos amis très importants vont vous adresser. En même temps la télévision est allumée et en même temps, il y a un ami, une épouse, un époux ou un enfant qui est à côté de vous et vous jonglez entre les quatre. Pour mener une bonne vraie vie chrétienne et chasser radicalement ce dieu de la communication excessive, les bons conseils sont : « Coupez vos portables lorsque vous faîtes une rencontre importante, coupez-le parce que si vous ne le coupez pas, dès qu’il va sonner, vous serez tenter d’y répondre, vous y répondrez une fois sur deux, et cela veut dire que vous dîtes qu’à la personne qui est en face de vous : « celui qui m’appelle sur mon portable est juste plus important que toi ». C’est vrai de toutes les relations, c’est vrai de l’oraison, de la vie quotidienne avec le Christ. Je prends cet exemple parce qu’il est très concret et nous semble pas du tout peccamineux. J’ai pour cela que j’insiste un peu. Pour vivre une vie chrétienne, nous devons vivre d’abord une relation personnelle avec Jésus qui soit toute entière donnée à lui : « Il n’y a que toi qui es intéressant, il n’y a que toi que j’aime ». Alors nous sommes dans les circonstances de pouvoir recevoir et entendre sa parole parce que si nous avons de multiples activités et que nous ne trouvons pas le temps de la rencontre, cela ne sert à rien, on n’entendra jamais la parole.
Une fois que nous avons entendu cette parole de Dieu, nous pouvons la mettre en pratique et c’est parfois radical et cela passe par l’obéissance, c’est un mot que nous n’aimons pas beaucoup et les religieux et religieuses ont beaucoup de chance parce qu’elles peuvent entendre la parole de Dieu et savoir comment la mettre en pratique dans l’obéissance quotidienne et cette obéissance est très concrète, la prieure peut dire : « Oui tu peux aller te détendre en allant marcher le long de la Borne, oui tu peux aller rencontrer telle personne, oui tu peux aller prier, oui tu peux aller travailler ». La vie est organisée. Pour nous autre, pauvres mortels, nous ne sommes pas dans cette facilité mais nous devons quand même obéir.
Obéir à notre conscience qui nous dit d’organiser notre vie, de trouver un temps pour tout. L’ecclésiaste nous dirait : « Il y a un temps pour tout » ; il s’agit de savoir où je mets ma détente : si vous avez choisi de regarder un match de foot, invitez des amis pour regarder le match avec vous, pour discuter des actions du match pour vivre une vie sociale, vivante, relationnelle. Puis à un autre moment vous avez choisi de rencontrer votre épouse comme pour les équipes Notre Dame à travers le devoir de s’asseoir,, et là on coupe tout, on est l’un avec l’autre. A un autre moment, vous avez choisi de prier et là vous prenez votre montre et vous décidez de donner une demi-heure, trois quart d’heure au Seigneur et vous n’en sortez pas. L’obéissance, à ce moment là, est d’organiser sa vie, le matin, la veille, pour une année avec des rendez-vous réguliers, pour une semaine mais de s’y tenir. De telle heure à telle heure, je vais regarder mes e-mails. Regarder les mails à la fin de la journée, cela suffit. Ouvrez votre portable pour voir vos messages parce que vous pouvez le faire mais jamais quand vous êtes dans une relation profonde avec quelqu’un. Ce sont des petits gestes tout simples mais vous verrez que cela demande une conversion radicale et vous le savez d’ailleurs. Vivre de l’obéissance à sa conscience, de l’obéissance à une vie organisée, réglée, une vie d’amour, de relations, cette radicalité là, elle est celle que Jésus nous adresse aujourd’hui comme au jeune homme riche. La tentation est de dire : «Non Seigneur, je ne peux pas, les richesses sont trop importantes pour moi, je suis esclave de mon portable, de mon e-mail, de ma télévision, de mon ordinateur, etc.., je ne peux pas t’accorder du temps, je suis esclave de cela et alors je suis triste » parce que je ne vis rien, ni la rencontre avec lui ni mes e-mails d’ailleurs, ni mes conversations téléphoniques, ni mes temps passés devant la télévision, rien, je ne vis rien en voulant tout vivre et c’est finalement ce que le jeune homme riche a voulu. Il a voulu tout vivre, ses richesses, sa relation, en gros, son esclavage et sa liberté et cela n’est pas possible. Demandons au Seigneur la force de faire le pas qui nous permettra d’avoir une vie paisible, une vie de relation avec lui, avec nos frères, une vie de construction et finalement une vie de sainteté. Alors ne ratons pas le deuxième appel et n’imaginons pas qu’il soit dans de grandes théories, il est parfois inscrit dans des dimensions et des réalités très concrètes. Demandons au Seigneur la grâce de pouvoir le suivre. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Emmanuel Gobilliard
Lu 410 fois
Autres documents :
Actualités | Horaires messes et offices | Vie spirituelle | Prédications | Nous contacter |
Abonnez-vous à la lettre du site
Liste de liens
|
|
ADP © Eglise Cathédrale 2006
|
||
Vie de la cathédrale
Actualités
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable







Homélie du père Emmanuel Gobilliard le 22 août 2010
