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Homélie du dimanche 13 décembre prononcée par Père Emmanuel Gobilliard
Vous avez remarqué que la couleur de la Vierge Marie et que la couleur de la chasuble du prêtre sont assorties. Et c’est le mélange du violet et du blanc qui donne cette couleur rose.
Le violet de l’attente et du désir et le blanc de la joie. Nous sommes aujourd’hui dans le dimanche de la joie : « Gaudete » et cette joie, il faut en connaitre la nature et la profondeur pour pouvoir l’accueillir. Cette joie, c’est la joie d’une présence, nous l’avons entendu dans la première lecture : « Le Seigneur, ton Dieu est en toi », joie d’une présence du Seigneur en nous, au milieu de nous. C’est lui qui nous apporte le salut, et le Seigneur va beaucoup plus loin dans l’expression de cette joie. « Il dansera pour toi » nous dit le texte. Voilà que le Seigneur se met à danser. C’est qu’il est avec nous dans un rapport de séduction ; il veut nous séduire. Les prophètes l’ont dit, non seulement Sophonie mais aussi Osée : « Je t’emmènerai au désert et je parlerai à ton cœur ». Cette séduction du Seigneur se fait de façon joyeuse et elle s’exprime d’une manière particulière dans la joie du baptême dont nous parle l’Evangile. « Moi, je vous baptise avec de l’eau dit Jean Baptiste mais il vient celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales » ; ceci nous introduit dans un rapport nuptial avec le Seigneur. C’était une étape du mariage entre une femme d’Israël qui avait perdu son mari et son nouvel époux. Elle défaisait la courroie des sandales du nouvel époux pour l’accueillir chez elle. Jean Baptiste nous dit qu’il n’est pas digne, il n’est pas l’épouse, il appartient à l’ancien testament, la nouvelle alliance est inaugurée dans cet Evangile et la nouvelle épouse c’est nous. C’est le peuple rassemblé pour être baptisé, c’est nous qui sommes désignés comme l’épouse, comme celle que le Seigneur séduit ; mais cette épouse doit être fidèle. Si je reviens à l’Evangile, je remarque que Jean-Baptiste baptise dans l’eau et le baptême de Jean dans l’eau est un baptême de conversion, de purification. Il l’a dit d’ailleurs : « Convertissez-vous » ! Dans la tradition juive, le baptême, le rite de l’eau, de purification par l’eau est assez peu présent. C’est plutôt le rite de l’oblation que l’on voit souvent. Et quand fait-on le rite de purification par l’eau ? lorsqu’on veut justement se purifier lorsqu’on a été en contact avec les pécheurs. Ici pourtant, le rite de Jean est très différent. C’est un rite de rupture, rupture avec une vie passée, une infidélité, rupture aussi avec les privilèges. C’est très intéressant parce que Jean s’adresse à tout le peuple mais aussi aux plus puissants, aux scribes, aux prêtres, aux pharisiens qui sont comme des épouses infidèles ; Cela veut dire qu’ils entrent dans la danse avec le Seigneur mais leur cœur est loin de lui. Ils utilisent ce rapport nuptial avec le Seigneur pour s’en servir pour leur propre gloire, pour leur glorification et le Seigneur veut que notre engagement à sa suite, qui s’exprime à travers cette danse nuptiale, soit un engagement de toute notre personne, de notre cœur profondément, il veut habiter en nous. Le Concile Vatican II a rappelé cette dimension profonde de l’union du Christ avec son peuple, de l’époux et l’épouse, en particulier dans la constitution Lumen Gentium où il rappelle ce qu’est l’Eglise. La gloire de l’Eglise c’est la sainteté et donc c’est un peuple profondément égalitaire avec une hiérarchie mais la présence de Dieu en moi est liée au baptême profondément. Le Seigneur vient, se révèle et se diffuse en nous par le baptême et ce à quoi je suis appelé en premier lieu dans l’Eglise, la sainteté c’est l’expression de ce don merveilleux du baptême dans toute ma vie.
Le secret de la joie c’est lorsque le Seigneur imprègne tout, que le Seigneur n’est pas seulement présent dans une dimension rituelle mais dans notre vie, nos actions, nos pensées, dans tout ce que nous sommes, dans notre corps, notre cœur, dans notre âme, le Seigneur veut tout. Une fidélité totale. C’est le secret de la joie que nous constatons lorsque nous faisons le bien, lorsque nous faisons ce que Jean Baptiste nous dit dans l’Evangile : « Partager, aimer ». Pour sans rendre compte il suffit de savoir ce qu’il se passe lorsque nous vivons ce que j’appelle « La gueule de bois du péché ». Lorsque nous avons péché, même si cela peut nous procurer une satisfaction momentanée, le lendemain matin ou quelques jours après, nous sommes profondément tristes et déprimés. La conséquence du péché c’est la tristesse, alors que la joie est la conséquence de la charité profonde qui se diffuse en nous par le baptême. Dans la deuxième lecture, nous avons aussi une définition de la joie : «Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce, priez et supplier pour faire connaitre à Dieu vos demandes ».
On se pose souvent la question du bonheur dans notre vie et on me la pose parfois : « Est-ce que vous êtes heureux ? » Il y a souvent de fausses réponses dans lesquelles on essaye d’expliquer le bonheur en donnant des signes. Le bonheur profond me semble t-il est le fait de ne pas se poser la question. Celui qui se demande s’il est heureux à longueur de journée, c’est qu’il se regarde trop lui-même, et qu’il cherche trop son bonheur, dans un retour vers lui-même qui n’est pas nécessairement source d’une grande joie. Il veut davantage témoigner d’un bonheur, peut être même factice, que d’en vivre réellement. Le véritable bonheur c’est celui dont parle Saint Paul :la sérénité profonde, le fait que je ne me pose même pas la question ; je vis en lien avec mon Dieu, avec mon amour, avec ma vocation, avec ce que je suis et j’oriente toutes mes facultés vers cette finalité. C’est cette sérénité profonde de l’âme et du cœur que reprend Sainte Thérèse d’Avila : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante…Qui a Dieu ne manque de rien, Dieu seul suffit ! » La paix profonde du cœur est donnée à celui qui sait qu’il est dans sa vocation, dans un devoir d’état fidèlement accompli, un amour donné et reçu sans excitation, sans fausse joie mais en vivant l’instant présent dans la paix. Et cette joie, le Seigneur nous la demande, ce n’est pas une conséquence, c’est aussi une exigence. « Soyez toujours dans la joie du Seigneur » : c’est une exigence, une demande, pas une constatation ; il ne s’agit pas d’une joie psychologique qu’on vivrait à la suite d’une petite excitation parfois justifiée et bonne (on a le droit de se réjouir et de faire la fête). La joie profonde est d’un autre ordre, elle est spirituelle. Elle touche mon âme profondément et tout mon être, elle est liée à la présence de Dieu en moi. La présence de Dieu, qui procure cette paix et cette joie, peut se manifester aussi dans les moments de troubles et de souffrances légitimes et habituelles parce qu’elle jalonne toute notre vie. C’est la souffrance du Christ que nous sommes appelés à vivre dans certains cas, la souffrance du Christ qui ne l’a pas éloigné de la présence de son Père même s’il avait peut-être le sentiment de l’être, qui ne l’a pas éloigné de la présence de Dieu, mais qu’il a offert totalement en oblation pour que la volonté de Dieu se réalise. Il avait une paix profonde du cœur, une sérénité profonde même si dans sa souffrance extérieure cela ne se voyait pas : « il n’avait rien pour attirer les regards » dit Isaïe. Cette joie profonde du cœur c’est le cœur de celui qui se donne et cette joie profonde, le Seigneur peut l’exiger parce qu’elle peut durer, elle peut être permanente. Même s’il y a parfois des tempêtes ou des troubles dans notre vie psychologique, notre vie spirituelle dépend de nous.
Il y a deux formes de présence du Seigneur, le Père Marie Eugène de l’Enfant Jésus nous en parle dans un admirable livre : « Je veux voir Dieu ». Il y a la présence d’immensité, présence dans sa création, présence en particulier en nous, sommet de la création, présence de ressemblance. Nous ressemblons à Dieu ; Ensuite, il y a une présence objective et qu’on pourrait aussi qualifier de subjective, c’est la présence de relation qui dépend de nous. Autant la présence d’immensité, parce que nous sommes des créatures, est reçue, autant la présence objective dépend de nous. La présence d’immensité est comme la condition de possibilité de ce rapport avec Dieu, de ce dialogue intime et amoureux.
On passe d’un amour un peu platonique, théorique, intellectuel à un amour réel, l’amour de celui qui s’engage, qui vit en présence de son Dieu, qui lui parle. Cette présence objective se présente sous de multiples manières dans notre vie quotidienne, dans nos actions, mais elle ne peut pas se vivre sans la prière. La prière est nécessaire ; elle ne suffit pas et elle doit se prolonger dans l’action mais la prière est nécessaire comme pour faire revivre cette présence d’immensité en nous, comme pour faire que l’Esprit Saint nous touche afin de réveiller les dons que nous avons reçus au baptême. Les dons de l’Esprit, c’est cette puissance formidable que le Seigneur a mise en nous pour que nous aimions, que nous vivions et que nous soyons dans la joie profonde qui est la sienne. Cette sérénité dont parle Saint Paul, cette joie profonde de la paix du cœur, nous avons à la rechercher, nous avons à la vivre et c’est ce que le Seigneur nous invite à contempler aujourd’hui, c’est une joie particulière la joie de l’Avent. On n’est pas dans l’exultation de Noël, de Pâques, on est dans la joie profonde du cœur qui se manifeste par une intériorité et qui attend son bien aimé, celui qui nous invite à la danse. Nous pouvons répondre à cette invitation mais ayons soin avant de préparer notre cœur, de vivre en correspondance avec ce que le Seigneur attend de nous, vivons la volonté du Seigneur alors nous pourrons danser pleinement, sans arrières pensées, sans hypocrisie comme des enfants de Dieu que nous sommes depuis notre baptême. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Maryline Reymond
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Homélie du père Emmanuel Gobilliard le 22 août 2010
