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Homélie du dimanche 13 juillet 2008

Frères et Sœurs,

Voilà qu'une des paraboles les plus célèbres de Jésus nous est annoncée aujourd'hui : la parabole du semeur.
Jésus parle en paraboles et cela étonne ses disciples qui lui posent la question : « pourquoi les paraboles ? » Sa réponse, si nous ne la comprenons pas bien, pourrait laisser supposer que Jésus veut cacher des choses à certains et les révéler à d'autres.
Mais quand on écoute son explication, notamment sa citation de l'Ancien Testament, nous nous sentons visés, moi le premier : « Le cœur de ce peuple s'est alourdi et ils sont devenus dur d'oreille et ils se sont bouché les yeux. » Jésus en racontant des paraboles veut alléger notre cœur, ouvrir nos oreilles et nos yeux sur des réalités du Royaume de Dieu, importantes mais voilées.



La parabole, c'est d'abord une histoire, il faut retenir cette histoire dans un premier temps.
Nous pouvons peut-être, nous adultes, nous souvenir de telle ou telle parabole qui a pu marquer notre imagination pendant notre enfance. En avons-nous découvert toute la portée à ce moment-là ? sans doute pas. Mais la parabole est toujours là, dans notre mémoire avec son trésor caché, toujours disponible. « Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas » rapporte Jésus. C'est pour heurter notre imagination, pour percuter notre intelligence que le Seigneur nous parle en paraboles. Souvent nous écoutons mais sans comprendre. Non pas à cause de la parabole qui jetterai un voile sur les propos de Jéusus, mais parce que nous avons de la peine à vraiment croire ce que notre Dieu nous dit ou même tout simplement que notre Seigneur est un Dieu qui nous parle. Nous sommes bien souvent bavards avec Dieu quand nous lui parlons. Nous lui demandons des choses parfois très importantes, tous les cierges qui sont dans cette cathédrale, et les intentions de prière déposées au pied des statues de Notre-Dame et de Saint Jacques ont de la valeur, c'est vrai. Mais aujourd'hui Jésus nous invite, et spécialement quand il nous a préparé à écouter sa parabole en lisant d'abord le passage d'Isaïe, le Seigneur nous invite à être des hommes et des femmes qui se posent un instant et qui écoutent d'abord.

Elle est belle déjà cette première parabole qui nous a été donné dans le livre d'Isaïe. On l'entend chaque année pendant la nuit de Pâques. « La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange. De la même façon, ma parole, dit le Seigneur, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission, sans avoir fait ce que je veux. »
Cette petite parabole d'Isaïe, la parabole de la pluie et de la neige, nous aide à comprendre pourquoi par exemple à la messe nous utilisons un psaume pour répondre à la parole de Dieu et pourquoi Jésus nous a appris à prier ?
Il est beau que nous prenions un psaume c'est-à-dire une parole inspirée par l'Esprit saint à un homme, à un prophète, l'Esprit saint a parlé par les prophètes, que nous prenions donc ces mots qui sont inspirés par Dieu, que ces mots descendent dans notre bouche, dans notre cœur, que nous les chantions, les méditions, les priions pour parler à Dieu. Ainsi cette Parole descend dans nos cœurs, porte du fruit, elle nous apprend à prier comme il faut et remonte vers Dieu en nous traversant.
Le psaume du Nouveau Testament c'est le Notre Père. Nous ne savions pas prier et c'est Jésus qui nous donne la prière avec les bonnes demandes car sinon nous risquions de nous tromper dans ce que nous demandons.
Jésus nous dit : commencez par dire au Père « que son nom soit sanctifié, que son règne vienne ». Nous allions peut-être oublier, en allumant notre cierge, en écrivant notre intention de prière, qu'il nous faut d'abord rendre grâce à Dieu : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Heureusement que la Parole de Dieu nous a été donnée pour apprendre à prier sans cela nous aurions demandé des choses qui nous paraissent importantes mais qui sont peut-être secondaires. Dans la deuxième partie du Notre Père, la parole enseignée par Jésus nous fait demander au Père les choses essentielles de notre vie :
Le pain de ce jour, et le pardon des offenses, des choses qui sont essentielles… la délivrance du mal, des choses qui sont nécessaires pour vivre ensemble déjà le pardon, et aussi pour bien accomplir ce que nous avons à faire quand nous travaillons : « donne-nous le pain de ce jour ».
« Ainsi ma parole ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir accompli sa mission. » Dieu nous veut du bien quand il nous donne sa Parole. Est-ce que nous le croyons ? Il nous veut du bien. Il veut que cette parole que nous entendons et que nous répétons porte du fruit dans notre cœur et la parabole du semeur nous le dit bien.
Nous sommes tour à tour un des terrains campés par la parabole, nous sommes parfois le bord du chemin, parfois le terrain caillouteux, rempli de ronces, nous sommes parfois la bonne terre. La Parole doit porter du fruit et nous sommes un terrain qui n'est pas toujours très bien cultivé : Voilà que nous avons entendu une Parole de Dieu qui nous a touché, c'est formidable mais est ce qu'elle va nous nourrir toute la semaine ? N'allons nous pas parce que nous manquons de racines la laisser s'épuiser et tomber ?
Ou bien nous aimons le Seigneur, nous avons choisi de le suivre parfois dans le sacerdoce, dans la consécration religieuse. Nous tous nous avons été choisis et avons choisi de suivre le Seigneur dans la profession de foi de notre baptême, mais il y a tellement de choses qui encombrent notre vie et qui nous détournent de lui : Ce sont les ronces, toutes ces choses qui étouffent l'essentiel de notre vocation qui nous est révélée par la Parole de Dieu. « Celui là accueille la parole avec joie, il la laisse tomber et tel autre accueille la Parole mais les soucis du monde l'étouffent et l'autre dans une bonne terre accueille la parole et porte du fruit : cent, soixante ou trente pour un. » Il est beau aussi que le Seigneur signale que nous pouvons porter plus ou moins du fruit, il nous invite à ne pas nous comparer, il parle aussi bien de celui qui porte cent pour un que celui qui porte trente pour un. L'essentiel n'est pas de se comparer, l'essentiel c'est de porter du fruit, chacun à sa mesure.

Alors Frères et Sœurs, sans vouloir reprendre trop à la lettre une phrase un peu trop célèbre à cause de son auteur : « il nous faut cultiver notre jardin » c'est-à-dire : notre cœur. Il nous faut le labourer ce jardin… il nous faut l'arroser avec la grâce du Seigneur, l'ensemencer avec la Parole de Dieu. Il faut arracher aussi un certain nombre de choses. Il nous faut faire une culture plutôt « biologique », il ne faut pas trop faire de traitements chimiques trop violents, c'est-à-dire prendre des grandes mesures qui risquent de tout faire tomber. Mais pratiquer chaque jour la culture biologique : le désherbage spirituel. L'assiduité quotidienne à arracher les mauvaises herbes de notre égoïsme, de notre paresse spirituelle, de notre matérialisme, de nos idoles. Ah, nous voudrions bien que Dieu réalise de grandes choses dans notre vie, qu'il soit plus présent, qu'il nous écoute plus… mais : est ce que nous avons fait le défrichage régulièrement ? Est-ce qu'il n'y a pas des choses qui nous empêchent d'accueillir cette présence de Dieu si proche et si réconfortante ?
Désherber, c'est l'œuvre de toute une vie et qu'on soit jeune ou âgé nous avons tous à arracher les herbes de notre cœur qui empêche la Parole de Dieu d'y porter du fruit. C'est aussi la tâche des parents, des éducateurs envers les plus jeunes : les aider à apprendre à cultiver leur jardin précieux dans lequel Dieu veut semer sa Parole. C'est aussi notre tâche d'adulte dans la foi, chacun, pour soi et pour ses frères car ensemble nous avons une moisson à produire, un fruit à porter.
Nous cultivons, parmi nous je sais qu'il y a des agriculteurs, nous cultivons la terre pour nous-mêmes, pour nourrir notre corps, pour nourrir nos familles, nos frères, et bien : si nous nous laissions cultiver un peu par Dieu, pour que notre âme qui est pour Dieu soit un bon terrain, qui porte du fruit. Dieu a daigné nous confier cette âme, ce cœur, cette puissance de vie, ce dynamisme capable d'accueillir Dieu, capable d'aimer, de recevoir et de donner... Dieu nous a confié notre âme comme un domaine où nous pouvons le rencontrer. Alors, nous devons mettre notre ardeur à la mettre en valeur, à la cultiver, nous en sommes responsables. Travaillons de toutes nos forces, avec l'aide de Dieu, jusqu'au moment où Il voudra venir dans le champ de notre cœur, c'est-à-dire dans notre âme.
Prions pour qu'il trouve à ce moment-là, un terrain bien cultivé, bien préparé, pour accueillir sa Parole.
Et prions aussi pour qu'à l'heure de la grande récolte, il y trouve une moisson et non pas des ronces, pour qu'il y trouve du vin et non pas du vinaigre, pour qu'il y trouve du blé plutôt que de l'ivraie, pour qu'il y trouve ce qui peut plaire à ces yeux : c'est à dire ce que nous lui aurons demandé dans la prière : son Nom aimé et sanctifié, son règne en chemin, sa volonté accomplie. Alors il pourra moissonner, c'est-à-dire : recueillir les fruits de ce qu'il avait semé, ce que, par une humble collaboration avec lui, nous aurons aussi cultivé, à dix, trente ou cent pour un. Amen.

Père Roland Bresson



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