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Homélie du dimanche 16 novembre prononcée par le Père Emmanuel Gobilliard
« Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents »
« Celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Ce sont des phrases difficiles qu’on élude souvent alors qu’il faut les affronter pour en découvrir la richesse. Nous entrons dans une période de l’année liturgique où nous entendons des mots difficiles : jugements, justice, fin des temps, jugement dernier. A propos de jugement des âmes, l’Eglise enseigne qu’il existe un Paradis : c’est être en Dieu. Je vis de son amour, je participe à sa vie, j’entre dans la joie de mon maître.
L’enfer : c’est l’amour qui rend l’enfer nécessaire.
L’écriture en parle : la parabole du riche et du pauvre Lazare. En effet, l’amour implique la liberté. Je ne peux forcer personne à aimer et à m’aimer. Aimer est un choix, un choix quotidien qui engage ma liberté. Dieu nous respecte à ce point qu’il ne décide pas à notre place. Alors si nous pouvons choisir l’amour c’est que nous pouvons aussi le refuser. L’enfer c’est le refus de l’amour en toute connaissance de cause, pour que notre liberté soit entière. Et je ne vois pas comment ce refus de l’amour peut être motivé par autre chose que par l’orgueil : Le sentiment de se suffire à soi-même, de n’avoir besoin de personne alors que le paradis c’est être tout dépendant de Dieu, tout relatif à lui : lui faire confiance. Le purgatoire, c’est une invention de la miséricorde et de la justice. Invention de la miséricorde parce qu’en étant au purgatoire, je suis déjà sauvé mais pas encore entré dans la joie de mon maître. Une tendance spiritualiste sans consistance et sans force veut nous faire choisir la miséricorde aux dépens de la justice, comme s’il y avait l’ancien testament de la justice et l’Evangile de la Miséricorde. C’est faux et dangereux. Parce que qu’est-ce que la justice sinon être ajusté à Dieu, au seul juste. Au nom de la vérité, je ne peux pas entrer dans le coeur de Dieu sans être ajusté à son cœur. Le purgatoire c’est le temps que Dieu nous offre pour nous ajuster à lui. Sinon nous ne pourrions pas recevoir tout ce qu’il veut nous donner, nous n’en n’aurions simplement pas la capacité, notre joie ne serait pas parfaite. Or Dieu veut pour nous la joie parfaite. Cet ajustement se fait par la purification. Et c’est le désir qui va me purifier, et me préparer à la rencontre. Le purgatoire, c’est le lieu de l’Espérance croissante, de l’amour qui grandit de plus en plus.
Pour reprendre l’évangile de ce jour, je dirai que c’est le lieu où je fais fructifier l’amour que Dieu m’a donné pour finalement devenir ce que je suis, ce que Dieu voulait que je sois. Je quitte le purgatoire quand je suis parfaitement moi-même sous le regard de Dieu, rempli de son amour et de sa grâce. Mais le purgatoire ne devrait pas être nécessaire. Dieu me donne dès maintenant tout ce dont j’ai besoin pour entrer dans sa joie.
Comment ? En écoutant ce que le livre des proverbes dit de la femme vaillante ? Elle vit le bonheur et le transmet en craignant Dieu, c'est-à-dire en l’aimant et en faisant sa volonté jour après jour. Et c’est cela faire fructifier ses talents. Un bon exemple nous est donné : imitez Marie. Elle prie, elle aime, elle écoute, elle agit. Ainsi pour commenter la deuxième expression qui nous pose problème « il se fera enlever même ce qu’il a », je dirai qu’il n’y a pas de demi-mesure. Dieu est le vivant et nous aussi nous sommes vivants, dynamiques. Soit nous avançons, soit nous reculons. Chacun de nos actes, même les plus insignifiants ont une valeur. Je peux me détendre, rire, dormir, travailler, servir en faisant la volonté de Dieu. Et je peux faire les mêmes choses hors de sa volonté. La paresse n’est pas de ne rien faire mais de faire tout, sauf ce que je dois faire. Donc si j’enfouis mon talent, si je ne le fais pas fructifier, je le perds inévitablement parce qu’on n’enterre pas la vie sans qu’elle disparaisse. En effet ; il ne s’agit pas de biens matériels, il ne s’agit pas d’avoir quelque chose, il s’agit d’être et l’être est toujours en mouvement. En enfer, je ne suis plus, puisque je perds par choix le contact avec celui qui est le Vivant. Alors comme dirait Saint Paul : « Ne restons pas endormis mais soyons vigilants. » Ne cherchons pas à connaître les dates, parce que la date c’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui, que nous sommes vivants, c’est aujourd’hui que nous aimons, c’est aujourd’hui que nous sommes tout simplement et c’est aujourd’hui seulement que je peux faire fructifier mon talent. Demandons cette grâce au Seigneur de savoir vivre l’aujourd’hui. Enfouir son talent, c’est dire : « le mois prochain, je me confesserai, la semaine prochaine, j’écrirai à ma grand-mère malade », enfouir son talent, c’est juste ne pas le vivre aujourd’hui ; puisque je suis dynamique, ce que je ne fais pas aujourd’hui, je ne le ferai jamais. Il y a une tendance chez chacun d’entre nous : reporter tout à plus tard, vouloir commencer à dire le chapelet demain, vouloir commencer à faire oraison demain, à lire la bible, à servir demain. Le seul moyen que j’ai de faire fructifier mon talent, c’est aujourd’hui ! c’est patiemment, c’est lentement avec la grâce de Dieu et alors puisque je vis de la liberté profonde que le Seigneur me donne, je suis déjà sauvé et je m’ajuste petit à petit à la volonté de Dieu par sa grâce qui m’est donnée à chaque instant. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Maryline Reymond
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HOMELIE DU 22 JANVIER 2012, 3ème dimanche du temps ordinaire par le Père Roland Bresson

