Homélie du dimanche 18 octobre prononcée par Père Emmanuel GOBILLIARD



Nous entendons dans les lectures d’aujourd’hui des phrases difficiles.




Je vous en rappelle quelques unes. « Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur ». « A Cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé ». « Parce qu’il a connu la souffrance, mon serviteur justifiera les multitudes ». L’Evangile aussi nous parle de la souffrance : nous sommes après l’annonce faite par Jésus de sa souffrance, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Il faut comprendre cet Evangile comme une poursuite de celui qui précède. C’est un peu comme si les Apôtres avaient décidé de s’engager à la suite de Jésus. Jésus annonce aux apôtres qu’il va souffrir aux, à Jacques et Jean en particulier ; ils font comprendre à Jésus qu’ils vont le suivre jusque dans la souffrance. Leur défaut est d’avoir dit qu’ils le suivraient jusqu’au bout mais quand même, ils veulent que Jésus leur prépare une place. On comprend mieux le texte si on le relie au précédent.




C’est d’abord un engagement volontaire des Apôtres à suivre Jésus dans la souffrance. Ensuite, il y a la maman qui s’inquiète en disant qu’elle va voir ses fils souffrir, qu’elle va voir ses fils suivre Jésus. Elle veut qu’ils siègent à sa droite et à sa gauche.

Ce n’est pas seulement de l’orgueil comme on l’a souvent interprété, c’est d’abord la suite du Christ qui implique ce questionnement. Alors, je vais vous parler de la souffrance. Il me semble que c’est important, cela fait partie des thèmes qui posent des difficultés et sans rentrer dans la question du péché originel, je voudrais que nous soyons comme ceux qui vont construire une maison dont l’Evangile nous parle, que nous nous asseyons et que nous réfléchissons.




D’abord, en constatant les différentes formes de souffrances qui nous entourent. Il y en a plusieurs.





Une souffrance liée à la contingence de la création (les tremblements de terre, les ouragans), souffrance de la nature que nous pouvons subir, cette souffrance qui est toujours invoquée pour dire : «  pourquoi Dieu, qui est bon, nous inflige-t-il des souffrances pour lesquelles nous n’avons aucune responsabilité ? C’est aussi la souffrance liée à la maladie, la souffrance de la création qui gémit.




Deuxième forme de souffrance : la souffrance morale. Le premier type de souffrance morale est collectif. Je vous donne un exemple : lorsqu’on invoque le manque de bonté de Dieu pour des populations, l’Afrique en particulier, qui souffrent de la faim, là on ne rentre pas dans une responsabilité de Dieu qui n’a d’ailleurs aucune responsabilité dans le domaine de la souffrance, nous le savons. Nous rentrons dans une dimension qui est une souffrance morale et collective.




Nous savons que le monde produit largement de quoi subvenir aux besoins de toute l’humanité et si jamais certains d’entres nos frères meurent par négligence de notre part, c’est de notre faute, ce n’est pas de la faute de Dieu, c’est une faute morale et collective liée à un ordre de la société qui fait que les plus riches sont toujours de plus en plus riches et les pauvres, toujours de plus en plus pauvres et cela est dû, il faut le dire et l’affirmer, à l’égoïsme des plus riches et à la mise en place de structure injuste que Jean-Paul II appelait : « Des structures de péchés ». Donc, nous sommes face à une souffrance morale et collective.




Il y a aussi évidemment une souffrance morale individuelle.

C’est à chaque fois que nous faisions du mal personnellement à ceux qui nous entourent et ce n’est pas la peine de rentrer dans le détail, nous la connaissons bien. Alors, je vous ai dit qu’il fallait constater ces différentes sortes de souffrances et savoir en quoi nous pouvons agir nous-mêmes parce que la responsabilité que nous avons, ce n’est pas de la regarder, s’en plaindre et ne rien faire, c’est seulement d’agir. Nous pouvons agir sur les trois formes de souffrances. Vous vous attendiez à ce que je dise que nous ne pouvions agir que sur les deux dernières ; pas du tout, nous pouvons agir sur les trois formes de souffrances.




Dans la souffrance liée à la contingence de la création, si nous avons le sentiment de subir, nous pouvons aussi agir positivement c'est-à-dire par une action. Cette action, c’est l’action des chercheurs, c’est l’action des médecins, de tous ceux qui essayent par leur travail intellectuel, par leur responsabilité professionnelle de repousser les limites de cette souffrance liée à la création. Il y a différents domaines. Le domaine de la médecine, il est évident, pour repousser la souffrance liée à la maladie, le domaine de la recherche scientifique, il est évident dans bien des domaines. Il peut être important dans le domaine de la communication puisque nous parlons beaucoup en ce moment des ouragans, il y en a un qui attaque les côtes du Mexique et bien, la communication est une façon de repousser la souffrance, c'est-à-dire de prévenir, d’utiliser des moyens modernes de communication pour prévenir les personnes. L’architecture est un moyen de repousser les tremblements de terre par une architecture adaptée et protégeant les populations. Donc, il y a bien un moyen d’éloigner, c’est difficile de dire de repousser définitivement mais d’éloigner la souffrance liée à la contingence de la création et c’est notre responsabilité et je dirais que c’est sans doute la responsabilité de tous à différents niveaux. Les progrès dans l’entreprise, l’enseignement, la communication, la recherche scientifique sont bons s’ils servent l’humanité. Presque tous les métiers sont concernés par cette question de la souffrance et je pense que cela fait partie de notre responsabilité d’accomplir une œuvre, une œuvre individuelle, une œuvre collective et le bien de la société doit être notre finalité quelque soit le métier que nous pratiquons.






Ensuite, sur la souffrance collective, nous pouvons agir en la dénonçant : c’est la dimension prophétique de notre baptême. Nous avons le devoir de dénoncer en agissant et d’agir en choisissant c'est-à-dire que nous avons les moyens de la démocratie pour faire entendre une voix, c'est-à-dire en votant et en observant les programmes politiques de différents candidats sur ces différents sujets, pas seulement sur les sujets que nous connaissons bien mais sur les sujets qui sont moins présentés à l’opinion publique mais qui intéressent la conscience du chrétien. Je ne donne pas plus d’indication mais en tout cas nous avons le devoir de faire avancer la société en dénonçant, en choisissant et parfois en guérissant. Certains sont appelés à avoir une œuvre plus directe sur cette souffrance, on appelle cela des actions humanitaires en général mais qui sont de différents ordres pour agir.





 Ensuite sur la souffrance individuelle, je passe très vite évidemment. C’est en nous convertissant c'est-à-dire en recevant du Seigneur qui est toute bonté, la possibilité d’agir avec bonté. Nous savons à cause du péché que nous ne pouvons pas faire le bien nous même, nous avons besoin de l’aide du Seigneur, nous avons besoin de recourir aux sacrements de la réconciliation pour guérir le désordre, pour que nous puissions à nouveau bien agir. Lorsque nous parlons de la souffrance autour de nous, pensons d’abord à celle là en premier évidemment puisque c’est sur celle là que nous pouvons agir et que nous sommes les seuls à pouvoir agir donc plutôt que de se plaindre d’une souffrance extérieure que nous avons l’impression de subir, la meilleur réponse que nous pouvons donner à la souffrance c’est de prendre notre responsabilité et de supprimer la souffrance qui est causé par nous personnellement. 




Ensuite, un autre type de souffrance, c’est celle dont nous parle Jésus dans l’Evangile c’est la souffrance dont nous parle le chant du serviteur. Cette souffrance est particulière car elle est choisie et on aurait tort de dire que le serviteur Isaïe, le serviteur souffrant, il ne peut pas choisir la souffrance. Ce serait faux de dire que l’on ne peut pas choisir la souffrance et que cela serait stupide et non chrétien comme on l’entend parfois. D’abord parce que Jésus a choisi la souffrance ; mais il faut savoir comment nous pouvons choisir la souffrance. La souffrance que nous devons choisir en premier lieu est la souffrance de compassion, c’est la souffrance qui soulage. Puisque nous sommes des êtres de chair, des êtres humains, nous pouvons partager la souffrance de l’autre. Il y a différentes façons de le faire :d’abord en visitant les malades, c’est un thème récurrent dans la parole de Dieu et je suis heureux de la présence des hospitaliers de Notre Dame de Lourdes aujourd’hui puisque c’est une souffrance que vous choisissez lorsque vous vous déplacez, lorsque vous aidez quelqu’un, vous prenez de votre temps, de votre énergie, c’est une sorte de souffrance, vous vous ouvrez aux autres même si vous l’oubliez cette souffrance et tant mieux, vous l’oubliez devant la souffrance de l’autre. Emus par ce qu’est l’autre par sa souffrance, vous oubliez la votre, c’est naturel, c’est la souffrance d’une mère ou d’un père auprès de son fils ou de sa fille qui souffrent et qui préfèrent être auprès de celui qu’ils aiment et qui souffre que d’être n’importe où ailleurs même si la proximité de celui qui souffre leur broie le cœur.




Broyer, c’est justement un terme que l’on trouve souvent lorsqu’on parle du serviteur souffrant. Il a été broyé, il a eu le cœur broyé, ému par la souffrance de son prochain et il a souffert lui-même, c’est donc la souffrance de Jésus.


La souffrance de Jésus qui voit notre péché, notre souffrance, notre misère et qui a choisi de se donner totalement pour nous ouvrir à la vie. La souffrance de Jésus qui nous aime. Donc le moyen de choisir cette souffrance de compassion, c’est d’aimer. Lorsque j’aime, je participe et je partage la souffrance de celui ou celle que j’aime. Plus nous aimons, plus nous souffrons. Plus nous aimons, plus nous sommes sensibles à ce que l’autre vit et lorsqu’il souffre, nous partageons cette souffrance au point parfois de souffrir davantage que l’autre.

Il arrive que des parents souffrent davantage eux-mêmes de la situation de leurs enfants. Il arrive qu’un mari ou une femme devant la souffrance de son conjoint souffre davantage que celui qui porte réellement cette souffrance physique et le Seigneur a été capable de souffrir davantage que nous parce qu’il aime infiniment.


Cette contradiction, amour-souffrance, elle ne peut pas être résolue. Nous pouvons résoudre beaucoup de souffrance par la science, par la conversion personnelle, par la conversion collective, par la compassion. Mais l’équation, aimer-sans souffrir n’est pas possible parce qu’elle va faire de ces deux cœurs, le cœur de mon ami et le mien, un seul cœur et tout ce qui sera vécu par l’autre sera vécu par moi et inversement. Cette souffrance est souvent le signe d’une perfection dans l’amour.


Demandons au Seigneur la grâce de savoir découvrir où se trouve la véritable souffrance qui est celle de la compassion et de l’amour. Ayons à cœur de repousser violemment toutes les autres pour nous attacher à cette seule souffrance de l’amour que le Seigneur nous montre et à laquelle il veut que nous nous associions par notre amour personnel. Amen


Père Emmanuel GOBILLIARD


Maryline REYMOND
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