Homélie du dimanche 20 juin prononcée par le père Thierry Marie



Que dites vous, pour vous, qui suis-je ? 

Le Seigneur posait cette question à ses apôtres. Nous aussi nous aurions envie de lui poser la question : « Et toi Seigneur, qu’est ce que tu dis de moi ? » 

 Les lectures d’aujourd’hui répondent à cette question.

Il y a d’abord les explications que nous avons pu entendre dans le livre de Zacharie et vous remarquerez que c’est assez paradoxal parce qu’on commence par nous dire des choses bien, nous sommes des gens très bien pour le Seigneur puisqu’il répandra sur nous un esprit qui fera naitre en nous bonté et supplication. Tout de suite après, cela se gâte, si j’ose dire ; « ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé ; ils feront une lamentation ». Quel contraste ! Mais qui sommes-nous donc pour avoir à la fois cette grâce et cette gloire qui nous est donnée de la part du Seigneur et en même temps la gâcher si vite ?  
 
En lisant cette lecture, je pensais à une question qui m’était posée récemment : « mais comment faire pour être à la fois, vraiment humble c'est-à-dire ne pas se prendre pour celui que je ne suis pas, ne pas croire avoir des qualités que je n’aie pas et en même temps avoir une estime de moi suffisante », les psychologues appellent cela « la self-estime », le respect de soi-même, ne pas être dans un état de dévalorisation telle que je suis complètement annihilé. 

Cela me rappelle un passage du livre d’Ezekiel  dans lequel Israël est comparé à un enfant nouveau-né dont personne ne s’était occupé, baignant dans son sang, sale et en danger de mort. Cela, c’est ce que nous sommes radicalement : sans toi je ne suis rien, je suis faible et incapable de rien et puis Jésus montre la croissance de Jérusalem, la croissance qui va mener jusqu’à l’équilibre de la vie d’adulte grâce à l’éducation qu’a faite le Seigneur et cela me montre que je suis aimé du Seigneur, de fait je suis beau, belle, aimé, reçu, attendu par le Seigneur. Il y a cet équilibre entre juste estime de soi et réelle humilité, c’est ce qui va me permettre de recevoir l’invitation que le Seigneur nous fait dans l’Evangile. 

 Si je vous dis à tous et à chacun en reprenant votre prénom et que je vous appelle Saint, vous allez me dire, oh non, je connais ma vie quand même, je sais bien que je ne suis pas un Saint, celui qui veut marcher à ma suite, dit le Seigneur, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Il faudrait faire un petit peu de grec non pas pour parler des visites mais pour parler du bénéfice de la grâce du Seigneur parce que le Seigneur ne dit pas de marcher véritablement à sa suite, de marcher après, le terme grec utilisé est le terme acolythèque, c'est-à-dire être un acolyte. Vous remarquerez dans les processions, les acolytes ne marchent pas les uns derrière les autres, ils marchent l’un à côté de l’autre, d’un même pas, c’est cette invitation là que le Seigneur me fait, nous fait, non pas de marcher derrière lui comme quelqu’un qui ne saurait rien et qui se contenterait de suivre mais le Seigneur m’a donné la dignité de marcher à côté de lui, d’être coopérant de son œuvre. Nous sommes ensemble, les servants savent que nous pouvons être acolytes pour de bonnes choses et les cambrioleurs peuvent avoir aussi des acolytes pour des mauvaises choses, c’est lié à notre liberté, à notre choix, à notre volonté. Qu’est ce que je vais faire de ma vie ? 

Seigneur, qu’est ce que je suis pour toi ? Le Seigneur me répond : « Tu es un être de Dieu » alors tu va pouvoir sans que ce soit une dévalorisation pour toi faire une lamentation, pleurer, regarder celui que tu as transpercé parce que tu en es digne et que tu es à coté de lui, c’est ce qui va nous permettre pour reprendre Saint Paul, d’être des héritiers de la grâce de Dieu ; l’héritage que Dieu a promis, c’est à vous qu’il revient et non pas dans un espèce de mélange, le Seigneur ne veut pas dire quand il nous dit : « Il n’y a plus ni Juif ni païen, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme est ce à dire que toutes les différences sont gommés, que l’idéal d’une fausse vanité a été vainqueur » non certes, il vient simplement me dire qu’il n’y a pas de hiérarchie, que tu sois juif ou païen, que tu sois homme libre ou esclave, homme ou femme, il n’y en a pas un qui est supérieur à l’autre. C’est ensemble d’un même pas que nous pouvons être héritiers avec le Christ, roi et reine de la création qu’il a voulu nous donner.  
 
Voilà quelque chose de ce que pourrait être la réponse du Seigneur à la question que, à notre tour, nous pourrions lui poser et pour toi, Seigneur, qui suis-je ?

Amen 
Père Thierry Marie









Maryline Reymond
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