Homélie du dimanche 21 juin prononcée par le père Emmanuel Gobilliard



Il y a deux évènements importants dans cet Evangile que je voudrais commenter : le passage puis la tempête.

Le passage parce qu’il reprend cette phrase de Saint Paul dans la deuxième lecture :

« Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né ».

Dans ce passage, dans cette traversée du lac de Tibériade, nous pouvons voir un passage beaucoup plus important que le Seigneur vivra dans sa mort et dans sa résurrection. Un passage aussi de l’ancienne alliance à la nouvelle alliance : « Un monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né ».

Qu’est ce qui fait l’originalité de cette phrase ?

Cette parole de saint Paul nous évite de tomber dans la nostalgie : un monde ancien s’en est allé. On ne peut pas non plus céder à la mode ou bien « au grand soir » : un nouveau monde est déjà né. Ce n’est pas un nouveau monde est à venir, c’est un nouveau monde est déjà né. Très importante subtilité.

Nous n’attendons pas le grand soir et nous ne sommes pas dans la nostalgie du passé. A la nostalgie, les chrétiens préfèrent opposer la tradition. La tradition vivante, mémoire, action de grâce pour tout ce que nous avons reçu de la part du Seigneur dans l’histoire et dans nos vies et pardon parce que nous n’avons pas toujours fait sa volonté. Ainsi tout prend son sens parce que toute notre vie est comme visité par l’amour de Dieu. Ce passage, ce n’est pas seulement le passage de l’ancienne à la nouvelle alliance, c’est le passage de toute notre vie, ce pèlerinage terrestre que nous avons à vivre. Ce passage, il est plein de la mémoire, mémoire de ce que nous avons reçu à travers l’enseignement des apôtres, à travers notre famille, à travers notre vie : ce que nous avons reçu de grand et de beau, ce que nous avons reçu de plus douloureux ! Le Seigneur avec nous rend grâce pour les belles choses et nous accorde sa miséricorde pour les moins bonnes, pour que nous puissions passer, vivre ce passage qui a un autre nom dans l’Evangile : il s’appelle « Pâques », le passage de toute notre vie vers celui qui vient et qui est déjà là : le Christ qui nous accompagne dans la barque de notre existence.

Donc, nous ne pouvons pas sombrer dans la nostalgie. La nostalgie c’est l’amour du passé pour le passé.


Nous devons éviter aussi de sombrer dans la mode. La mode, c’est l’amour du nouveau pour le nouveau. Aucune racine, aucune fidélité, un esprit qui vagabonde au gré de tous ses désirs, ses plaisirs. Notre vie est à la fois enracinée dans un passé dont je viens de parler et tournée vers un avenir qui dépasse largement tout ce que nous voyons, tout ce que le monde nous fait vivre.



J’ai parlé de la mode mais aussi du grand soir parce que c’est l’expression qui me semble la plus utopique concernant l’avenir, expression dont on ne parle plus, heureusement, mais qui a été comme ce grand mythe d’un avenir lointain qui changerait tout. Il y a la même différence entre le grand soir et l’espérance de la résurrection qu’entre la révolution et la réforme. Je m’entends, je ne parle pas de la réforme protestante bien évidemment, je parle de la révolution en général ou de l’esprit révolutionnaire en général et de l’esprit réformateur.


Qu’elle est la différence entre l’esprit révolutionnaire et l’esprit réformateur ?


Le révolutionnaire est obligé de quitter son groupe, de quitter son monde, sa société radicalement, de rompre définitivement avec l’Eglise même pour être révolutionnaire. Il se croit le sauveur, il s’imagine que lui seul pourra tout changer, le réformateur choisi de rester dans l’Eglise, dans la société, dans le groupe qu’il veut réformer en lui insufflant un esprit nouveau, et toujours avec humilité.


Pour nous, le grand réformateur, c’est le Christ. Il appartient au peuple d’Israël, il appartient à tout ce que le Seigneur a fait dans l’ancienne alliance, il le reçoit avec action de grâce en lui apportant un esprit nouveau, l’esprit de la nouvelle alliance. Nous devons être des réformateurs dans l’Eglise, dans nos familles, surtout en nous-mêmes parce qu’on veut d’abord être des réformateurs dans tout les groupes auxquels nous appartenons en oubliant d’être des réformateurs de nous-mêmes.

Etre des réformateurs de soi-même, c’est vivre résolument avec l’Esprit du Christ qui nous pardonne, qui nous aime, qui rend grâce pour tout ce que nous avons reçu mais qui nous tourne résolument vers l’avenir. La vie chrétienne est une vie réaliste, c’est le deuxième point, je veux parler de la tempête.



La tempête, au-delà de celle vécue par les apôtres, c’est aussi la tempête dans nos vies c’est la souffrance, la mort sans aucun doute, le péché. La tempête sans Jésus, c’est le désespoir ! Mais nous pouvons vivre cela, souffrance, mort, péché avec Jésus à nos côtés. Parfois il dort franchement, parfois on l’oublie complètement. Il dort, il est présent mais il semble dormir lorsqu’on ne sent pas sa présence pourtant il est là,  et nous l’oublions complètement lorsque nous sommes dans le péché et pourtant il est là, toujours prêt à nous tendre la main, à nous sauver, à nous réveiller. Le plus important est donc de prendre la route avec lui. Les apôtres ont fait cette traversée du lac, ont vécu cette tempête.  Leur salut, c’est que Jésus était là.

La pire des erreurs aurait été de ne pas inviter Jésus dans la barque. Nos vies doivent être ouvertes à la présence du Seigneur.




Ensuite, deux attitudes possibles, celles des Apôtres qui crient vers Jésus : nous devons et pouvons le faire, crier vers lui ! Le Seigneur ne reproche pas aux Apôtres de l’avoir réveillé, d’avoir crié vers lui. Si nous lisons bien l’Evangile, nous voyons que le Seigneur reproche ceci aux apôtres : « Pourquoi avoir peur ? Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? 


Ce que le Seigneur reproche aux Apôtres ce n’est pas d’avoir crié vers lui mais il leur reproche les mots qu’ils ont dit : « Maître, nous sommes perdus », ils auraient dit : « Maître, nous avons besoin de toi », je pense que l’attitude de Jésus aurait été toute autre.



Les apôtres sont proches du désespoir ! Nous devons crier vers le Seigneur mais surtout lui dire : « Seigneur, nous avons besoin de toi, il y a une tempête, une souffrance, une maladie, le péché qui nous tire vers le bas, nous avons besoin de toi. La seule attitude de salut véritable, c’est l’attitude de l’humilité, humilité de celui qui crie, de celui qui appelle, de celui qui exprime qu’il a besoin de l’autre. C’est surtout vrai quand il s’agit de Jésus parce que finalement ce que Jésus nous propose c’est de nous sauver de la mort. Même les plus orgueilleux savent bien qu’ils ne pourront pas se sauver eux-mêmes. Mais les plus orgueilleux préfèrent mourir. Nous, nous préférons vivre en disant : « Seigneur, sauve-moi » et c’est vrai pour tous les instants de ma vie. Il n’y a aucune souffrance que le Seigneur ne puissent soulager de sa présence. Si nous disons que le Seigneur ne peut pas soulager une souffrance, c’est que nous sommes dans le désespoir. La souffrance peut demeurer, la tristesse peut demeurer à la suite d’un décès, d’une maladie. La souffrance peut aussi parfois nous transformer, peut nous faire changer notre vie ou nous faire prendre des décisions différentes mais même dans ces changements, le Seigneur se rend présent. 


Le chrétien est réaliste. Il ne refuse pas la souffrance, il n’oublie pas son passé, il invite le Seigneur lui-même dans son passé. Dans toutes les dimensions de son être, dans son corps, dans son esprit, le Seigneur est présent. Je peux l’appeler à chaque instant.



 Dans cet Evangile, le Seigneur reprend d’une manière symbolique ce que le Pape Jean Paul II disait : « N’ayez pas peur ». 


La souffrance ne va pas disparaitre ni la mort ni le péché mais cela veut dire qu’à toutes ces souffrances, le Seigneur offre une solution qui ne les guérira pas toutes immédiatement mais qui nous permettra de les vivres différemment et peut être même comme une richesse, celle de l’expérience de quelque chose vaincue avec le Seigneur.



On grandit en humanité et donc en sainteté lorsqu’on prend conscience de ses échecs, lorsqu’on prend conscience de ses souffrances qu’il nous arrive parfois de refuser et on prend conscience de son péché mais il faut qu’aussitôt nous ouvrions la porte au Seigneur pour qu’il nous aime, nous aide, nous sauve, qu’il nous délivre et que petit à petit, il nous fasse passer sur l’autre rive qui n’est pas nécessairement après la mort : l’autre rive c’est peut être chaque jour, chaque soir. On peut dire : « Seigneur, fais moi passer chaque soir sur l’autre rive, donne moi ton pardon, ton espérance, ton salut ». Alors c’est tout nous même, toute notre vie que nous ferions passer dans la Pâques du Seigneur à travers cette mort et cette résurrection qui nous sauve.

Si nous sommes mort avec lui, avec lui nous revivrons. N’ayons pas peur de mourir avec lui, de souffrir avec lui, parce que lui-même saura nous faire passer de l’autre côté, il nous sauvera. Amen



 Père Emmanuel GOBILLIARD




Emmanuel Gobilliard
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