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Homélie du dimanche 23 AOUT prononcée par Père Emmanuel GOBILLIARD à la CathédraleDans l’Evangile, Jésus voit tous ceux qui l’avaient suivi, qui avaient reçu de lui les bienfaits de la nourriture, le quitter, sauf les apôtres. Dans l’Evangile de la Samaritaine, tous s’étaient convertis. Le Seigneur avait vécu un succès apostolique important. Dans l’Evangile de l’aveugle né, les disciples avaient suivi Jésus mais les pharisiens avaient refusé de le suivre. A la croix, même les apôtres quitteront Jésus, sauf Saint Jean. Jésus est comme une pierre d’achoppement. L’exigence de l’Evangile, la radicalité de l’Evangile nous apparaît fortement dans la succession de ces évangiles, à travers une progression qui culmine à la croix. Il parle de la vie des chenilles : elles sont entre elles, essayent de faire de leur mieux pour devenir de belles chenilles, fortes et sans doute aucune d’elles n’a conscience de ce qui les attend : devenir papillon. Nous avons trop souvent tendance à vouloir devenir de très belles chenilles. Le Seigneur veut pour nous que nous soyons des papillons, ce qui dépasse toutes nos espérances. Nous avons souvent peur de trop en faire et nous oublions que la foi c’est la suite du Christ. On dit souvent que la foi est un don de Dieu, alors je la reçois, c’est vrai. Cette foi, je peux la recevoir mais je peux aussi aller la chercher, je peux la demander, la vivre à travers la suite du Christ. Je me souviens d’une personne qui était venue me voir alors qu’elle était tombée dans l’alcoolisme et dans une grave dépression et elle cherchait de l’aide. Elle est venue me voir et je lui ai demandé : « Avez-vous la foi ? ». Elle me dit : « Oui, je crois bien que quelque chose existe ». Je lui dis que pour elle c’était peut être du domaine de la foi mais pas pour moi. « Croire que quelque chose existe », ce n’est pas avoir la foi. La foi, pour le chrétien, c’est croire que Dieu existe, c’est la moindre des choses, mais aussi qu’il nous crée à chaque instant, qu’il s’est incarné en Jésus, qu’il est mort, ressuscité et qu’il nous sauve ; c’est donc croire que le Christ est une personne avec qui j’ai une relation et qu’il me dépasse infiniment et donc me dépassant infiniment qu’il peut m’emmener bien au-delà de tout ce que j’espère humainement. Alors à cette personne, je lui ai dis que je ne pouvais pas l’aider, que je n’étais pas un psychiatre ou un psychologue et que, si elle voulait en rester à son niveau, je ne pouvais pas l’aider. Elle m’a posé une belle question : « Qu’est qu’il faudrait pour que vous puissiez m’aider ? » Je lui répondis : « Il faudrait que vous ayez la foi ». Elle m’a dit, comme beaucoup d’ailleurs : « Vous avez de la chance d’avoir la foi ; j’aimerais tellement avoir la foi !» et j’ai fait le pari qu’elle pouvait avoir la foi. Non pas en l’attendant tranquillement mais en allant la chercher. Après l’avoir quand même conseillée d’aller consulter des médecins, de faire une cure, je lui ai suggéré de prier trente minutes par jour dans une Eglise même si elle n’avait pas la foi. Je lui ai proposé de lire des extraits de l’Evangile, je lui ai donné quelques conseils pour prier, de dire à Jésus qu’elle l’aimait. Elle me dit : « Oui, mais je ne le connais pas » et je lui ai dit : « Dites lui quand même que vous l’aimez ». L’amour vient avec le temps et finalement elle s’est mise à avoir la foi. Elle a été chercher Dieu. Dieu se laisse toucher par ceux qui viennent le chercher. Si vous pensez que vous n’avez pas assez la foi, allez la chercher ou plutôt aller chercher le Christ et ensuite recevez ce qu’il vous donne. La foi implique un engagement, si vous croyez l’avoir déjà, c’est que vous ne l’avez pas assez parce qu’on a jamais assez la foi. Il faut que notre foi grandisse à chaque instant et plus la foi grandit plus elle entraine dans son sillage les autres vertus. Avec la foi, vous allez acquérir la prudence, la sagesse, l’intelligence… et surtout la foi va vous aider à vous décentrer de vous-même, de vos propres préoccupations, de vos propres problèmes, de vos propres perspectives pour épouser les perspectives de Dieu, qui nous connait parfaitement, qui nous aime infiniment, qui sait ce qui est bon pour nous mieux que nous-mêmes. Cela implique la confiance. Le Seigneur nous propose donc de le recevoir tout entier, de vivre cette radicalité évangélique dans toutes les dimensions de notre vie et de notre être. Cela implique une conversion que les apôtres ont vécue dans l’Evangile. Ils suivent le Christ dans cet Evangile puis ils tomberont à la Croix mais se relèveront. Nous savons que le Christ ne nous rejette pas car nous sommes tombés ; en revanche nous ne pouvons pas entrer en communion avec lui si nous refusons de nous relever. Et là notre liberté est engagée. Alors comment, concrètement, vivre cette conversion et cette radicalité évangélique. C’est à vous de trouver les exemples, de prendre l’Evangile, de le recevoir chaque jour sans le choisir et de voir à quel moment l’Evangile va toucher votre vie, va vous déranger et va impliquer de vous un changement du cœur. Par exemple, vous pouvez faire un bon examen de conscience autour de cette parole de Dieu dans la lecture de Saint Paul, vous dire : « je ne prends pas le temps suffisant pour rencontrer mon épouse ou mon époux. Alors je vais changer quelque chose dans ma vie pour qu’une fois par semaine, je puisse avoir un dialogue fructueux avec elle, c’est ce que nous appelons dans les équipes Notre Dame, le devoir de s’asseoir. Cela peut entraîner un changement de vie très profitable. Il est possible que l’Evangile nous pousse aussi à pardonner. Il y a des blessures familiales qui reste pendant vingt, trente, quarante ans sans qu’elles ne soient pardonnées alors que la joie du cœur, de la famille serait aller jusqu’à cette conversion qui est de se tourner vers le Christ et de lui dire : « Seigneur, aide moi à pardonner à mon frère ». « Combien de fois, il faut que je pardonne ? Jusqu’à soixante dix fois sept fois ». La force de l’Evangile, c’est la force du pardon et de l’humilité ; on croit que l’on va être faible, parce que l’on va pardonner à quelqu’un qui nous a vraiment blessé. Le Seigneur nous dit : « Convertis ton cœur et pardonne lui ». On découvre que notre vie est transformée, que la vie familiale est apaisée, que les perspectives ont changé et que je peux enfin vivre la suite du Christ et dire le Notre Père en vérité. Demandons au Seigneur la grâce du discernement pour savoir dans notre vie ce qui nous empêche de suivre le Christ, ce qui est comme une pierre d’achoppement dans notre vie morale, dans notre vie spirituelle, dans notre foi. Demandons au Seigneur de le recevoir tout entier pour ce qu’il est : le fils de Dieu qui nous sauve, qui nous aime et qui nous accompagne chaque jour. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Emmanuel Gobilliard
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