Homélie du dimanche 3 mai prononcée par Mgr Rivière



Ce qui compte le plus pour Dieu, c’est que je suis son enfant. Saint Jean nous le rappelle, nous sommes devenus enfants de Dieu. Il n’y a pas de plus belle chose que d’aimer et d’être aimer par un père.

Nous sommes invités dans l’Evangile d’aujourd’hui à comprendre jusqu’où va ce que Dieu veut pour nous, jusqu’où va son amour pour nous.

Jésus se laisse découvrir comme le vrai Dieu en disant « Je suis le véritable berger », il ne dit pas : « Je ne suis pas seulement celui qui montre la route aux autres ou bien je suis celui qui donne sens à la vie du monde, ou encore je donne de bonnes idées aux gens, je leur donne une bonne loi et même je les relève quand ils tombent », non, beaucoup plus, « Je suis le vrai berger » et « Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis ». Ici on dépasse l’image du troupeau. Je peux vous dire en confidence que j’ai été vingt six ans en Provence où il y a beaucoup de troupeaux. Je n’ai jamais vu un berger livrer sa vie pour ses brebis. Il les aime, mais quand il y en a une qui se perd, il dit : « Tant pis, pour elle », il ne risque pas sa vie pour une brebis et encore moins ne donne sa vie. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de bon berger mais donc ici, l’image, on doit la dépasser et comprendre ce qu’il y a dans le cœur de Jésus quand il dit :

« Je suis le véritable berger » et ensuite par trois fois : « Je me dessaisis de ma vie pour mes brebis », c'est-à-dire je suis prêt à mourir pour elle.

C’est ce qu’il fait, il donne vraiment sa vie, il ne fait pas semblant d’aimer les brebis. Alors, il ne les aime pas seulement quand elles vont bien. D’ailleurs dans les familles, c’est facile d’aimer les enfants quand tout va bien, quand il y a un bon climat dans la famille. Il n’y a pas de disputes donc c’est très facile et cela devient intéressant quand cela va moins bien car c’est là qu’on aime vraiment. Quand je dis : « Je m’en vais, tant pis pour eux, ils se débrouilleront » alors là ce n’est pas le bon berger.

Le vrai berger donne sa vie, il ne veut pas vivre pour d’autres réalités que ses brebis : voilà qui est Dieu pour nous. Il est très loin d’un Dieu que beaucoup imaginent, il est un Dieu qui livre le Fils, se donne pour que nous puissions trouver la liberté. Ici pour les jeunes professionnels et pour nous tous, nous savons très bien qu’être heureux, être libres c’est au fond, la même réalité, un vrai choix. Le bonheur ne se trouve pas tant que nous n’avons pas trouvé notre liberté : c'est-à-dire la capacité d’agir de nous-même en recevant un amour sans que personne ne nous force.

Si nous pouvons entendre cette parole de Jésus : « Voilà pourquoi le Père m’aime parce que je me dessaisis de la vie pour la reprendre ensuite ».

« Je suis libre jusque dans la mort » et Jésus lui seul peut le dire et « je garde cette liberté reçue du Père dans le grand mystère de la Résurrection pour la reprendre ensuite ».

Donner sa vie, ce n’est pas seulement le jour de notre mort, c’est à chaque moment. Je peux, si je me sais aimé de Dieu, si je découvre le vrai berger, alors je peux devenir libre, c'est-à-dire ne jamais être contraint par personne. Je n’agis pas parce qu’on me force, j’agis parce que je suis aimé alors c’est toute la question et nous pouvons avancer vers la grande intention du Pape et de toute l’Eglise aujourd’hui qui est de prier pour des hommes et des femmes mais surtout les jeunes qui se découvrent tellement aimer de Dieu qu’ils osent risquer leur existence en devenant prêtres ou religieuses. Il ne faut pas prier pour les vocations en disant c’est quelque chose, voilà, il faut des gens plus généreux, non il faut que tous, nous découvrions que nous sommes tous aimés de Dieu.

Si nous savons à quel point Dieu nous aime alors nous pouvons comprendre qu’il est possible même de renoncer à une vie de famille, pour être signe pour les autres. Si on est un homme, peut-être appelé par un Evêque pour collaborer à la mission du berger de l’Evêque au nom du Christ, pour faire entendre que la vie n’est pas absurde, que la vie n’est pas une fatalité et que les difficultés ne sont jamais le dernier mot de la vie. Bref, pour faire entendre que l’amour de Dieu est plus fort que la mort pas simplement un amour général, l’amour du monde ou de l’humanité, non, l’amour personnel.  

Chacun, chacune de nous ce matin dans l’Eucharistie, nous entendons le Seigneur nous dire : « Je suis là, le véritable berger qui te connait par ton nom, (connaitre cela veut dire aimer dans la vie), et qui t’aime et tu peux écouter ma voix. » Au fond de nous-même, nous n’avons pas envie d’écouter une autre voix que celle-là, qui nous dit que nous avons du prix pour Dieu quel que soit le regard des autres, qui peut être très beau d’ailleurs ; dans un couple ou dans une amitié, le regard de l’autre est très beau mais c’est encore plus grand, encore plus fidèle. Je suis aimé par mon Père du ciel au point que le Fils unique de Dieu donne sa vie pour moi. Il m’a aimé, se donne et se livre pour moi, alors à partir de là, la vie change tout. Pourquoi ? 

 Tant que nous ne savons pas que nous sommes aimés, nous avons peur alors nous nous réfugions dans de la superficialité même parfois dans le mensonge. Rien de tel lorsque nous accueillons une déclaration folle d’amour du Seigneur Jésus pour nous : « Je me donne pour toi, tu es tellement unique que je donne ma vie pour toi », alors nous pouvons commencer à aimer c'est-à-dire à être en relation avec les autres d’une manière qui est constructive et bonne. 

Frères et sœurs, en ce dimanche, jour du Seigneur, nous osons demander à Dieu par le Fils qui l’appelle un plus grand nombre d’hommes et de femmes à se laisser tellement saisir par cet amour qu’ils osent consacrer leur existence humaine entièrement. C’est ça la consécration. 

C’est une grande aventure d’amour, pour les sœurs et prêtres qui sont ici au service de ce lieu, vous les voyez, vous vivez avec eux, que je sache, ils n’ont pas l’impression d’être malheureux, du moins, c’est l’impression qu’ils ou qu’elles donnent. 

Répondre à l’amour de Dieu au point de risquer toute son existence est une formidable joie, une réussite de vie alors le monde dit que c’est impossible, inouï, et bien non ! 

Le vrai berger n’aime pas en général, il aime chacun, chacune en particulier et chacun est unique. Et pour que tout le monde entende qu’il est aimé de manière unique, il faut que des personnes bien précises, qui ne sont pas meilleurs que les autres, prêtres, Evêques, consacrés viennent dire au milieu du monde, avec l’Eglise toute entière : « voilà la Parole de Dieu pour toi, elle est vraie, ce n’est pas une imagination, une illusion, elle est le secret du bonheur, laisse-toi aimer par le Seigneur » Laissons-nous aimer par lui et osons risquer toute notre existence pour aimer dans cette même lumière. 

Amen 

Monseigneur Rivière


Emmanuel Gobilliard
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