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Homélie du dimanche 4 décembre 2ème dimanche de l’Avent Année B
Prononcée par le Père Florent de Rugy
En quelque sorte nous avons entendu le récit de Noël, je ne sais pas si vous y avez prêté attention, sauf que dans l’évangile de Marc, il tient en une seule phrase. Si nous nous rappelons les évangiles, nous savons que dans l’évangile selon saint Luc, les évangiles de l’enfance développent ce moment de la naissance du Christ. Dans l’évangile selon saint Matthieu, Matthieu parle aussi de l’origine du Jésus Christ et de différents événements autour de l’enfance du Christ. Saint Jean, lui, ne parle pas de l’enfance du Christ, mais dans son prologue, que nous entendons le jour de Noël, il parle du « Verbe fait chair. » Il y a là une manière chez saint Jean de méditer sur Noël dans tout le prologue de son évangile. Ici, nous avons le prologue de l’évangile de Marc : « Commencement de la bonne nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu » En une seule phrase, il énonce ce que les autres ont médité plus longuement. C’est bon de se le rappeler « commencement de la bonne nouvelle » : l’Évangile, c’est une bonne nouvelle. Il y a un événement qui s’est produit, il y a une bonne nouvelle pour nous. « De Jésus », fils de Marie, Jésus de Nazareth, Jésus cet homme né d’une femme, « Christ », celui qui est l'oint, le choisi de Dieu, celui qui reçoit l’onction, celui qui est donc le Messie, celui que le Seigneur nous envoie pour notre salut. Ce Christ est « le Fils de Dieu ». Nous le savons, cette proclamation, le Fils de Dieu, est l’affirmation que Jésus Christ est Dieu lui-même. Il s’agit donc de l’incarnation du Fils de Dieu. Saint Marc met cette annonce de la Bonne nouvelle en lien immédiatement avec la proclamation dans le désert de Jean Baptiste. Nous avons entendu dans le livre d’Isaïe, « Il faut préparer un chemin au Seigneur » Alors, c’est la richesse de la bible, en hébreu on peut lire :
Je vous laisse méditer sur les différentes interprétations. Ce qui est important de se rappeler c’est que Jean Baptiste est vraiment montré comme un prophète, comme celui qui annonce la venue du Seigneur, celui qui annonce le salut. Et, ce temps de l’Avent est là pour nous mettre dans cette attente, pour que nous puissions toujours garder dans notre cœur cette dynamique de l’attente du Seigneur. Quand Isaïe annonce cette venue du Seigneur : « Voici votre Dieu » Bien sûr, quand nous le relisons, nous pensons à l’avènement de Jésus-Christ. Quand Jean-Baptiste proclame : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi » Il parle de son cousin Jésus, qui vient recevoir le baptême dans le Jourdain. Et nous-mêmes quand nous entendons cette parole nous sommes au bout de cette préparation divine, nous avons eu toute l’histoire sainte qui nous montre comment Dieu prépare sa venue jusqu’à l’avènement du Christ, et maintenant nous sommes tourné vers la venue du Christ dans la gloire. C’est cela que St Marc veut nous aider à garder dans notre cœur, l’attente du Seigneur. Saint Pierre l’a bien compris. Si vous trouvez que finalement vous n’attendez pas bien le Seigneur, relisez saint Pierre. Oui, vous vivez déjà de sa présence, des sacrements…, mais est-ce que nous attendons sa venue dans la gloire, est-ce que nous voulons le voir face à face ? Moi, il y a des matins ou plutôt des soirs, je me dis : « Au fond ma journée s’est déroulée, mais je n’ai peut-être pas vraiment attendu la venue du Seigneur. » Ou je ne me couche pas le soir en disant : « Demain, le Seigneur viendra ! » Saint Pierre nous dit : « Frères bien aimés, il y a une chose que vous ne devez pas oublier », ça veut dire qu’on l’oublie, il la présente avec la formule d'un psaume : « Pour le Seigneur un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un seul jour » Mais en fait ce n’est pas d'abord cela qu’il ne faut pas oublier. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est la venue du jour du Seigneur. Il nous le dit ensuite en nous encourageant : « Vous attendez avec impatience le venue du jour de Dieu. » Mais dans le temps nous pouvons nous arrêter en chemin. Et c’est souvent ce qui rend notre conversion difficile. Finalement nous sommes contents de notre sort. Parce que cette attente dans la foi est difficile, nous n’avons plus la ferveur de demander au Seigneur de nous relancer dans cette attente et nous nous laissons disperser, parfois peut-être séduire, voire même détourner. Comme le dit la prière d’ouverture (il y a toujours de très belles prières mais on ne les dit qu’une fois au début, alors on les oublie, je la relis donc) : « Seigneur tout puissant et miséricordieux (on fait appel à sa miséricorde) ne laisse pas le souci de nos taches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton fils. » Et si nous laissons ce souci entraver notre marche, comme on dit parfois dans le pays « on va s’entraver », on va tomber sur le chemin. Nous voyons le danger de rester sur le bord du chemin et de ne pas garder cette ferveur pour l’attente du Seigneur : manquer la rencontre du Fils. Vous reprendrez la lettre de saint Pierre, et vous verrez comment saint Pierre nous montre comment il y a une manière de vivre et de développer dans notre vie une attente, une attention. Vous voyez cette attente, ce n’est pas une attente, qui serait comme une image d’Épinal : «J’attends le Seigneur, je suis à genoux, les mains jointes, les yeux levés vers le ciel. », non. Saint Paul reprend aussi ceux qui font ça, ceux qui ne veulent pas travailler parce qu’ils attendent le Seigneur : « qu’ils ne mangent pas non plus » dit-il. Nous voyons que cette attente est cette manière de vivre, de désirer la venue du Seigneur qui éclaire chacun de nos jours. Je dis cela parce qu’en fait dans notre monde de culture, dans notre monde ancien, c’est souvent par là que nous sommes pris : l'attente paraît longue alors nous nous installons et notre cœur se suffit de cette situation. Et si je puis dire c’est une manière d’être vieux dans son cœur. Je me souviens quand j’étais en classe préparatoire, nous avions un camarade que nous appelions « papy ». Il n’était pas plus vieux que nous. Mais il marchait déjà dans les couloirs avec ses pantoufles en traînant des pieds et en courbant le dos, il se donnait aussi un genre. Mais vous voyez bien : « après tout, à quoi bon se démener, le monde est ce qu’il est, de toute façon on n’en tirera rien. » En fait, on peut être vieux dans son cœur même à quinze ans. Je me souviens d’avoir rencontré des classes de troisième. On sentait déjà chez certains qu’ils étaient un peu désabusés « On va en profiter autant qu’on peut et puis le reste…, tan pis » On se dit : «Ceux-là, ils sont déjà vieux dans leur cœur » Je pense aussi à un dessin animé. Peut-être que les plus jeunes ne le connaissent pas, peut-être les anciens s’en souviennent mieux. C’est « Le roi et l’oiseau » avec des textes de Jacques Prévert. En fait c’est un conte philosophique. L'histoire se passe dans une société construite, élaborée, savante. Nous voyons une cité construite en forme de montagne. En haut de cette cité il y a le château du roi. Le roi est tout en haut dans son appartement. Il a dans sa chambre, qui est immense, des tas d’œuvres d’art. Et en particulier il y a ce tableau avec le ramoneur qui fait face au tableau de la bergère. Et la nuit, tout ce petit monde s’anime. Il y a l’ancien sur son cheval, la statue de pierre. Il a déjà bien vécu, il a une jambe cassée. Il parle avec la voix du vieillard, qui est vieux dans son cœur : « Ah les jeunes ne partez pas, vous ne savez pas ce que le monde vous réserve surtout n’y allez pas ! » Et c’est ce sur quoi saint Pierre veut nous mettre en garde. « Si ! Il faut y aller. » Il faut rentrer dans une manière de vivre : nous attendons le Seigneur, nous n’attendons pas quelque chose de ce monde, mais en vivant dans ce monde nous attendons que le Seigneur se manifeste. Et puis vous avez l’oiseau. Alors que le ramoneur et la bergère sont au sommet sur les toits, ils se sont échappés, ils sont sur le bord d’une gouttière, comme on peut voir dans les films. (Si vous montez au clocher et vous vous mettez sur le bord ça fait un peu le même effet.) Il y a l’oiseau qui vole autour et qui leur dit : « C’est formidable ! Vous allez découvrir le monde ! Le monde vous appartient ! » C’est la jeunesse ! En même temps il ne faut pas mettre son espérance dans le monde car à la fin de ce film, le monde s’effondre intégralement. Mais il faut garder cette ferveur, ce feu intérieur qui nous permet d’être en relation avec le Seigneur, qui nous permet de vivre dans notre vie ce qu’il nous donne et non pas de nous installer ou de vivre des choses qui passent, des choses médiocres. Alors dans ce temps de l’Attente, nous n’allons pas nous laisser entraver dans notre marche. Dans ce temps de l’attente, nous voyons dans la bible que, sans cesse, tant que nous sommes dans cette condition ici-bas, nous attendons un avènement pour quelque chose de définitif. Toute la bible nous tourne vers ce qu’on appelle la parousie, vers l’avènement définitif du Seigneur dans la gloire. Mais ce que nous rappellent Jean-Baptiste et saint Pierre c’est que déjà le Christ est venu, c’est la bonne nouvelle, et qu’il viendra encore dans toute notre vie, laissons-nous attirer par cette bonne nouvelle et laissons le Seigneur transformer notre vie, pour que nous ne soyons pas endormis au jour où il viendra. Père Florent de Rugy Maryline Reymond
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