Homélie du dimanche 4 octobre prononcée par le père Emmanuel Gobilliard



Accueillir la parole de Dieu à la manière d’un enfant, voilà ce que le seigneur attend de nous.

A la manière d’un enfant cela ne veut pas dire de façon puérile cela veut dire à la manière de celui qui écoute et qui fait confiance.

Je voudrais aujourd’hui faire un petit enseignement sur la parole de Dieu pour vous en découvrir toute la richesse et tout ce qu’elle peut nous apporter dans notre vie spirituelle et puis aussi dans notre témoignage à l’égard de ceux qui ne nous connaissent pas ou ne comprennent pas la foi chrétienne.

La parole de Dieu, le concile Vatican II la définie comme étant, à la fois parole de Dieu et parole humaine dans la logique de l’incarnation : vrai homme et vrai Dieu.

La parole de Dieu est pleinement humaine et pleinement divine, et, si dans son inspiration première elle vient de Dieu, c’est pour rejoindre le cœur de l’homme. C’est pour cela qu’il n’y a pas une seule parole de Dieu, qu’il n’y a pas un seul livre mais soixante treize livres : le Seigneur se déploie, se répand pour qu’il puisse s’adresser à chacun de nous voilà pourquoi il y a autant de livres et dans chaque livre d’ailleurs autant de paroles, de phrases, de sentiments, d’histoires comme si le Seigneur avait le désir profond de venir rejoindre non seulement chacun de nous quantitativement- la parole de Dieu est adressée à chacun- mais aussi qualitativement, c’est à dire en fonction de ce que nous vivons.

Si nous sommes dans la détresse, nous avons une parole de Dieu, si nous sommes dans la joie, nous avons une parole de Dieu, si nous sommes amoureux nous avons une parole de Dieu si nous avons besoin des règles que nous imposent la conduite que nous devons tenir en tant que chrétien, nous avons une parole de Dieu. Le seigneur s’adresse à nous personnellement.

Et c’est important de comprendre que dans cette parole de Dieu il y a plusieurs grands genres littéraires. Dieu ne peut pas se dire simplement avec un seul genre littéraire.

On s’imagine que la parole de Dieu c’est comme un journal d’informations mais c’est beaucoup plus que cela. Le seigneur souhaite d’abord et avant tout, nous donner l’intention de ce qu’il attend de nous. Il nous révèle d’abord le pourquoi avant de nous dire le comment ou le quand. Ainsi dans la parole de Dieu, on trouve des livres historiques, la dimension historique d’ailleurs est très différente de celle que nous recevons dans les médias actuellement : c’est une dimension historique apaisée, enrichie par différentes histoires qui révèlent le sens profond de ce que nous devons faire. Nous avons une parole juridique lorsque nous avons besoin de règles, une parole poétique lorsque nous avons besoin de dire l’amour et nous pouvons si nous sommes en colère même, entendre une parole de Dieu dans les psaumes qui nous permettent d’exprimer notre colère de manière orientée pour notre bien comme si le Seigneur, connaissant notre faiblesse, nous donnait les mots pour lui parler même quand nous sommes en colère, ou quand nous sommes tristes et malheureux.

Il y a une parole de Dieu pour chacun et pour chaque instant de la vie.

Parmi ces différents genres littéraires il y a le genre symbolique ; c’est très difficile de définir le genre symbolique de la parole de Dieu cela ne veut pas dire qu’il n’est pas historique, d’ailleurs tout genre symbolique s’enracine dans une dimension historique que l’on ne peut pas rejoindre par la science, mais il y a quelque chose d’historique sauf que c’est beaucoup plus qu’un genre littéraire historique.

Pour parler de l’intention de Dieu il faut quelque chose de beaucoup plus riche et profond. Je vous dis tout cela parce que, dans le livre de la Genèse, nous sommes fasse à une parole symbolique ; effectivement, il y a un acte historique de la création. A un moment ou à un autre de la création, Dieu a posé un acte créateur et d’ailleurs cet acte créateur qu’il a posé dans le temps, il continue de le poser sur chacun de nous, il nous crée, il nous aime, il pense à nous il nous soutient dans l’existence. S’il cessait de penser à nous à l’instant même, je cesserais d’exister.

Mais cette parole qui nous est donnée aujourd’hui dans la première lecture, elle ne concerne pas seulement deux personnes dans l’histoire, elle concerne chacun de nous, donc elle doit dépasser toute culture, toute époque, tout enracinement concret pour que chacun puisse y trouver son compte pour que chacun puisse y découvrir l’intention profonde que le Seigneur a pour nous.

Et pour rentrer dans ce genre symbolique, on ne peut pas se passer de l’hébreu : dans cette première lecture, notre pauvre français est bien embarrassé pour dire la richesse et la profondeur de ce que le Seigneur veut nous dire.

Dans la première partie du texte, il est question de l’homme, et le terme hébreu qui le désigne est : « Adam ».

Adam, ce n’est pas un prénom comme on le croit souvent. Adam, cela veut dire le « terreux » celui qui est issue de la terre, le poussiéreux et cela ne définit pas non plus un genre. Il n’y a pas de connotation masculine ou féminine dans Adam. C’est comme si le Seigneur avait voulu évoquer une origine commune à chacun de nous puisque la différence de genre masculine et féminine arrive ensuite au moment de la séparation, avec les termes « ish » et « ishsha ». L e Seigneur est devant un être humain qu’il a crée et à qui il va présenter l’ensemble de la création en lui demandant d’avoir une autorité sur cette création. Cette autorité elle est manifestée par le nom, c’est à l’homme que Dieu demande de donner un nom aux créatures, aux animaux manifestant ainsi l’autorité de l’homme sur les plantes et les animaux. Et puis, finalement l’homme exprime une certaine tristesse parce qu’il n’y a pas d’être qui lui soit assorti. Il ne peut pas se donner pleinement ni se recevoir totalement d’un autre qui soit égal à lui même, égal en dignité, égal sous le regard de Dieu.

Alors le Seigneur, ne prend pas de la chair dans son côté comme on le croit : le terme  hébreu ne désigne pas seulement la côte comme on la traduit souvent mais le cœur. Les deux mots peuvent dire la même chose et dans le texte on voit que le seigneur va séparer ce cœur en deux et là, à partir de ce moment,  dans le texte on a une différence de genre masculin et féminin. Tout cela pour dire qu’il y a une égalité absolue entre l’homme et la femme, égalité dans l’ordre de la création comme si le Seigneur dans ce texte symbolique avait voulu nous dire qu’ils avaient été crée en même temps.

Aucune prédominance de l’un sur l’autre, et nous dire aussi que leur origine commune est une unité profonde. Le Seigneur a séparé ce qui est appelé à s’unir.

Evidemment ce n’est pas historique dans le sens où cela ne s’est pas passé ainsi. Quel mot le Seigneur avait-il pour nous faire comprendre la profondeur de notre mission et de notre vocation ? Nous ne devons pas tomber dans le créationnisme qui est de vouloir ce que le Seigneur a voulu nous dire dans le temps et dans le comment. Ce serait réduire la force de la parole de Dieu. Ceux qui croient la défendre à travers ces théories simplistes la réduise en fait en l’adaptant à ce qu’ils peuvent en comprendre,  à leur propre référence dans le temps et dans le comment.
 
La réalité est beaucoup plus belle : la vocation commune que nous avons reçu, c’est d’être séparés et unis.
Pourquoi le Seigneur a t-il voulu nous séparer ?
Sans doute, pour pas que nous nous prenions pour lui. Moi tout seul comme homme masculin je suis sûr que je ne peux pas réaliser la plénitude de l’humanité. Je le dis lentement pour que cela soit bien compris. Pour réaliser l’humanité, cette unité profonde, l’homme a besoin de la femme. La totalité de l’humanité qualitativement c’est l’homme et la femme quand ils  ne font qu’un.
Et l’homme souffrira toujours d’un manque s’il ne réalise pas cette unité,  et la femme aussi : j’ai besoin de l’autre pour une fécondité, pour une croissance dans l’amour. J’aurai toujours besoin de l’autre et c’est marqué dans mon corps profondément presque comme un instinct. Je vous rappelle qu’il n’y a pas d’instinct chez l’homme et la femme. Il n’y a que des tendances instinctives. C’est très différent. Contre l’instinct je ne peux rien, l’animal ne peut rien contre son instinct mais en revanche je peux diriger mes tendances instinctives, avec ma liberté et selon un projet,  c’est pour cela que l’homme et la femme peuvent s’ouvrir au célibat consacré, qu’ils peuvent jeûner avec une finalité.
Je suis libre, libre de réaliser ce plan d’amour que Dieu a pour chacun de nous et ma liberté c’est d’être à l’écoute du projet de Dieu : c’est lui l’auteur et le créateur c’est lui qui nous révèle le mystère de l’homme et de la femme dans leur différence et dans leur unité, c’est donc lui qui va nous dire comment nous pouvons réaliser cette unité le mieux possible.
 
C’est tout le projet de Dieu sur l’homme et la femme dans le mariage : le Seigneur demande une fidélité, demande une indissolubilité dans le mariage pas seulement pour protéger la famille ou pour protéger les enfants, c’est ce que les prophètes ont commencé à dire mais il y a une évolution progressive dans la parole de Dieu comme si Dieu découvrait petit à petit son intention. Je dois rester fidèle pour aller jusqu’au bout de l’amour, pour découvrir des étapes dans l’amour que je ne peux découvrir que dans la fidélité. L’étape qui assume ma faiblesse, l’étape qui assume parfois mon pêché, l’étape qui assume la crise et la difficulté dans le couple, l’étape qui finalement pourra dire : «  nous avons vécu des difficultés, nous avons vécu des souffrances, nous avons peut-être vécu des deuils et des grandes blessures mais nous avons découvert quelque chose qui dépasse tout cela ». Et pour le découvrir, il faut mener le combat spirituel, il faut aller jusqu’au bout, il faut persévérer sinon on en restera à une petite dimension, épidermique, un peu passionnelle dont nous croyons et la société est là pour nous le rappeler qu’elle est le tout de notre vie humaine. Mais non, le Seigneur nous propose quelque chose de beaucoup plus grand et de beaucoup plus beau et finalement, dans la révélation, nous découvrons grâce au nouveau testament, à l’Evangile et aux Epîtres de Saint-Paul que ce que nous avons à réaliser dans cette unité profonde qui se réalise dans le mariage, c’est l’image même de Dieu.
 
Cette unité, elle rejoint l’unité même de Dieu qui est profondément un, un seul Dieu en trois personnes comme nous, nous sommes un dans une différence, dans une différenciation. C’est l’image de Dieu qui est en jeu dans notre société quand nous avons le devoir de vivre cette fidélité témoignant ainsi de la fidélité de Dieu pour chacun de nous, témoignant du fait que jamais le Seigneur ne nous abandonnera et qu’il est prêt à aller jusqu’au bout de l’amour ; lui il y est déjà d’ailleurs mais il est prêt a nous entraîner jusqu’au bout de l’amour de la même manière qu’il entraîne un couple fidèle jusqu’au bout de l’amour à travers les difficultés, à travers le pêché, à travers les blessures : le Seigneur est là pour nous pardonner, il sera toujours là.
 
Le plan d’amour que le Seigneur à sur nous est infiniment plus grand et plus beau que tout ce que nous pouvons imaginer alors ayons l’ambition de l’amour, ayons soif de vouloir le maximum, ayons soif de vouloir ce que Dieu veut pour nous.
 
Le Seigneur veut vivre aussi cette alliance avec chacun d’entre nous comme un époux  accueille son épouse, pour réaliser cette unité profonde de l’Eglise et du Christ offerte au Père. C’est le mystère de l’Eucharistie. Amen.
 
Père Emmanuel GOBILLIARD
 


Emmanuel Gobilliard
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