Homélie du dimanche 8 juillet par le père Emmanuel Gobilliard



Homélie du dimanche 8 juillet par le père Emmanuel Gobilliard
Homélie du dimanche 8 juillet 2012
 
Les lectures de ce dimanche nous parlent de la vocation prophétique pour en découvrir à la fois la grandeur et la difficulté. Ainsi Ezéchiel nous partage-t-il de façon un peu abrupte mais aussi avec beaucoup de vérité l’appel de Dieu et à travers cet appel sa vocation et sa mission. Le Seigneur s’adresse à Ezéchiel alors que le peuple d’Israël est dispersé, en exil, loin du cœur de sa foi qui est Jérusalem. Ce peuple est opprimé, humilié parce que croyant, et donc tenté de se décourager, tenté de se laisser aller, tenté de ne plus combattre, tenté d’abandonner le vrai Dieu. Notons que nous  sommes dans cette situation : certes nous n’avons pas été obligé de quitter notre pays mais d’une certaine manière nous sommes en exil, parce que celui en qui nous avons mis notre foi n’est plus aimé, n’est plus compris, n’est plus suivi. Les valeurs que nous portons au plus intime de notre cœur sont souvent ridiculisées dans les médias, nos convictions sont mises à mal et nous sommes tentés de céder, de baisser les bras et peut être même sommes-nous tentés de croire que l’Eglise se trompe, est décalée et qu’il est utopique de croire qu’elle a encore une parole à proposer à notre société. Alors, si nous sommes assaillis par toutes ces tentations, la parole de Dieu, livrée par Ezéchiel aujourd’hui, doit nous réconforter. « L’Esprit vint en moi et il me fit mettre debout ». J’étais tenté de me recroqueviller sur moi-même, de me replier alors l’Esprit Saint m’a rempli de sa présence et m’a mis debout. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile » dirait saint Paul. Notre mission n’est pas de convertir, notre mission n’est pas d’obtenir des résultats, n’est pas de réussir. Jésus lui-même n’a pas réussi, nous l’avons entendu dans l’Evangile. Notre mission c’est de le dire. Comme dirait sainte Bernadette, « on m’a pas demandé de vous le faire croire, on m’a seulement demandé de vous le dire ». Le prophète est celui qui parle au nom du Seigneur, qui agit aussi au nom du Seigneur, alors c’est normal qu’on le contredise, qu’on ne l’aime pas, parce que Jésus lui-même,  le seul vrai prophète,  a été rejeté. Oh oui le monde a besoin de témoins de l’amour du Christ, de témoins courageux qui n’ont pas peur d’être à contre-courant, qui n’ont pas peur de prêcher le pardon dans une société où la logique du « œil pour œil, dent pour dent » domine, de prêcher la dignité de la personne et la valeur sacrée de la vie depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle, de proclamer la vérité de l’amour et de rappeler que l’amour véritable entre un homme et une femme trouve son accomplissement dans le mariage qui est l’union indissoluble d’un homme et d’une femme dans la fidélité et l’ouverture à la fécondité. Notre monde a besoin  de témoins qui nous rappellent ce que le bon sens nous fait pressentir, que la vie est un don et pas un du, que la valeur d’un homme et d’une femme ne se réduit pas à sa valeur économique, que la fin de tout n’est pas le bien être mais l’être et le bien et qu’ils ne trouvent leur plénitude qu’en Dieu qui nous les offre avec amour. La première lecture nous rappelle donc qu’il faut que nous proclamions la vérité à temps et à contretemps, sans nous lasser et sans avoir peur, mais la deuxième lecture nous rappelle aussi dans quelle attitude nous devons annoncer cette vérité : dans l’humilité !  L’humilité, c’est la vérité sur nous-mêmes. Proclamons donc la vérité sur nous-même  et nous pourrons la proclamer sur les autres. La vérité sur nous-mêmes c’est que nous sommes faible et pêcheur, pas meilleur que ceux à qui nous sommes envoyés et que nous sommes les premiers à avoir besoin de l’amour que nous proclamons. Nous voudrions être parfaits, nous voudrions être des saints tout de suite et nous nous servons de ce prétexte de notre faiblesse, de notre pauvreté pour nous débiner, et saint Paul lui-même a été tenté de s’enfuir : « j’ai dans ma chair un écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’empêcher de me surestimer. Par trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « ma grâce te suffit : ma puissance donne tout sa mesure dans la faiblesse. » Comprenez-vous bien ce que vous entendez ? Je n’ai pas dit que la puissance de Dieu donnait sa mesure même dans la faiblesse, ou donnait sa mesure malgré notre faiblesse. Le texte dit : ma puissance donne toute sa mesure DANS la faiblesse, et c’est pour cela que saint Paul insiste : « lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » C’est la grande expérience que j’ai faite à Madagascar, et sans doute l’une des plus belles mais aussi des plus douloureuses de ma vie. Je peux dire que j’ai fait l’expérience de ma faiblesse. Sans doute pas de la totalité de ma faiblesse, je n’y aurais pas survécu. Je vous l’ai d’ailleurs partagé dans une des lettres que je vous ai écrites. Je vous en relis en passage, pas pour me mettre en valeur ou pour me proposer comme exemple, mais parce que je  crois que dans ces quelques lignes, je vous ai exprimé quelque chose de vrai, et qu’il ne faut pas avoir peur de la vérité et parce que je souhaite profondément que vous fassiez cette expérience qui est libérante et sans doute aussi très féconde. 
« L’autre pauvreté est plus profonde et plus spirituelle : ce que je voulais, c’était vivre une vraie retraite : avoir le temps de prier, être en contact avec les plus pauvres, vivre en communauté, avoir le temps de me former intellectuellement. Et tout cela je peux le faire à loisir, seulement je ne savais peut être pas tout à fait ce que je voulais en acceptant de vivre cela. Le contact avec Dieu, présent dans la prière, dans les pauvres, dans la vie fraternelle et dans la sainteté des personnes qui m’entourent est purifiant et cette purification n’est pas tout à fait un bain de jouvence. En perdant mes repères, je me retrouve face à moi-même, à mes limites, à mon péché aussi. Je me rends compte combien on peut perdre du temps à courir après des chimères alors que l’essentiel nous échappe, ou plutôt nous lui échappons en nous enfuyant. Ici, impossible de parader en impressionnant mon auditoire par mon savoir (je ne peux pas m’exprimer et mon savoir –tout relatif- ne me sert pas à grand-chose), par les grandes réalisations que j’ai accomplies. Si je voulais mettre en avant mon milieu, les études que j’ai faites,  les personnes que je connais ou les responsabilités qu’on m’a confiées pour me faire bien considérer, pour me faire respecter ou simplement pour me faire aimer, les gens souriraient en se demandant bien pourquoi je leur raconte tous mes exploits. Ils penseraient : il doit avoir un grand besoin de se faire aimer pour parader de la sorte.  Ici les gens sont bienveillants et ils vous aiment naturellement, pour ce que vous êtes, pas besoin de paraître. Chez moi ils aiment le prêtre qui leur apporte le Christ… Ici la charité est première, pas le carnet d’adresse, ni les exploits inutiles. Et on ne commence à toucher du doigt cette même charité que lorsqu’on a perdu tout le reste, et surtout toute les couches du paraître qui nous rassurent si bien mais qui nous empêchent d’être. J’en suis bien loin. »
Certains ont réagi à cette lettre en disant qu’il n’était pas bon que je me dévalorise, qu’il y avait quelque chose de malsain dans cette humiliation volontaire. Ils n’ont pas compris qu’il ne s’agissait pas d’une tournure de style mais que c’était la  vérité et que la vérité est parfois difficile à entendre. La vérité c’est que nous sommes pauvres, faibles, pêcheurs, incapables d’aimer en vérité. Le rappeler c’est affirmer en même temps que Dieu seul possède la vrai richesse, que Dieu seul possède la vraie force, celle de l’amour, que lui seul est saint. Dès que notre faiblesse est mise en lumière, apparait aussitôt le véritable amour et le seul salut, le Christ. Notre mission c’est de proclamer au monde : « sans lui vous ne pouvez rien faire ! » Il ne nous sauve pas en faisant le guignol, en paradant à la télévision, en courtisant ou en étant courtisé, il nous sauve sur la croix, dans l’absolue faiblesse, en donnant tout ce qu’il a, jusqu’à son sang, en donnant tout ce qu’il est, jusqu’à sa divinité. Alors n’ayons pas peur de vivre des situations de faiblesse, des contraintes, des persécutions et des situations angoissantes -le disciple n’est pas au-dessus de son maître- car lorsque nous sommes faibles, c’est alors que nous sommes forts.

Maryline Reymond
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