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Homélie du dimanche de Pentecôte le 31 mai prononcée par le Père Emmanuel GobilliardIl faut imaginer un instant ce qu’ont vécu les Apôtres dans l’attente de l’Esprit saint, dans l’attente de la Pentecôte. D’ailleurs, même quand Jésus était là, ils n’ont pas toujours eu la force de le suivre et pourtant il était là au milieu d’eux, vivant quotidiennement avec eux. Alors ils doivent être dans la crainte de savoir qu’il ne sera plus là. Il les a déjà quitté à l’Ascension et ils sont dans la crainte de savoir s’ils seront capables de vivre sans lui, de ne plus le suivre physiquement, de ne plus le voir, de ne plus le toucher et d’être désormais en première ligne, à l’initiative d’une nouvelle Evangélisation qui va devoir embraser non plus un petit peuple, une petite région, mais l’humanité toute entière. Il faut savoir que dans le peuple juif ce jour là nous fêtons Shavouôt. Shavouôt, c’est le don de la loi qu’on appelle aussi dans le peuple juif la naissance du peuple d’Israël. L’existence du peuple en tant que peuple de Dieu. Nous le voyons dans l’exode, chapitre XIX et vous verrez que l’ambiance est similaire. « Le troisième jour quand vint le matin, il y eu des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cors très puissant. Dans le camp tout le peuple trembla, Moïse fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp et ils se tinrent tout en bas de la montagne. La montagne du Sinaï n’était que fumée parce que le seigneur y était descendu dans le feu. Sa fumée monta comme le feu d’une fournaise et toute la montagne trembla violemment. Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » Nous sommes dans la même ambiance : naissance du peuple d’Israël, naissance du nouveau peuple : l’Eglise. Alors à la Pentecôte la perspective est différente. Dans cette nouvelle alliance « sacramentelle » qui s’inaugure avec la Pentecôte, Dieu veut que chacun d’entre nous puissions recevoir l’Esprit saint. L’Esprit était donné à un peuple particulier, puis à Jésus, mais ici, la perspective est renouvelée, étendue à l’univers tout entier ; c’est toute l’humanité qui est concernée. Lorsque Jésus faisait des miracles avec ses Apôtres, il s’adressait à une personne particulière qui était guérie, ou pardonné, et j’étais en droit de me dire : « cette personne a rencontré Jésus mais moi, comment le rencontrer, comment être guéri, sauvé par Lui ? » Lorsque le prêtre pardonne, il dit : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde » : c’est le Père qui pardonne ! Lorsque le Seigneur se donne dans l’Eucharistie c’est le Christ, c’est le Fils lui-même qui se donne dans son corps et son sang. En fin c’est l’Esprit Saint qui se manifeste dans les sacrements que sont le baptême, la confirmation, l’ordination que nous allons vivre tout à l’heure : c’est l’Esprit Saint qui se répand dans les cœurs. Donc à travers tous ces sacrements, c’est la Trinité toute entière qui nous est donnée. Dieu se donne tout entier à tous. Et le rôle de l’Esprit Saint ça va être surtout de disposer les cœurs parce que je ne peux recevoir Dieu que si j’accepte de le recevoir. C’est ma liberté ! « Là où est l’Esprit là aussi est la liberté » : c’est l’Esprit qui va nous apprendre la véritable liberté, celle qui nous fait crier, abba Père, cette liberté qui nous ouvre le cœur. C’est l’Esprit qui va disposer nos cœurs, qui va les préparer à recevoir Dieu tout entier. Saint-Paul le rappelle : « L’amour, c’est ce qui fait l’unité dans la perfection ». L’Esprit Saint, l’Esprit d’amour du Père et du Fils vient faire une unité véritable non pas dans une uniformité mais dans une diversité qui va enraciner cette unité dans le particulier. C’est à dire dans la personne de chacun avec ses dons, avec ses charismes, avec son caractère, avec tout ce qu’il est. Cette fausse unité les conduit à l’orgueil suprême : Vouloir être plus grand que Dieu. Mais deuxième partie, Dieu intervient, les dispersent à la surface de la terre et brouillent leur langue. Il les renvoie à la diversité qu’il constitue pour les amener à découvrir une nouvelle unité, une nouvelle charité qui ne peut se vivre qu’avec Dieu, qu’avec l’Esprit de Dieu telle qu’elle est vécue à la Pentecôte par les Apôtres et qu’elle est vécue de plus en plus à mesure que l’Eglise s’étend dans le monde entier. L’unité c’est le rassemblement de tous les enfants de Dieu dispersés, c’est le rassemblement de tous, de chacun. L’unité ne peut se faire s’il en manque un seul. Et le Seigneur veut que tous nous ayons part à son Esprit, que tous nous ayons part à son royaume. Alors cette unité elle est comme une unité qui va à la recherche, à la quête de l’autre, de ce qu’il est, à la rencontre de l’autre. C’est une unité qui va sortir d’elle même, c’est une charité qui va s’exprimer en sortant d’elle même. Nous ne pouvons pas vivre cette unité en nous repliant sur nous mêmes et d’ailleurs c’est ce que Saint-Paul nous dit dans la deuxième lecture : lorsqu’il parle de la chair il ne parle pas du corps, de la chair fraîche, il ne parle pas non plus de la dimension sexuelle comme souvent on le croit, il parle de toutes les dimensions de la personne humaine dans la mesure ou elle se replie sur elle même, dans la mesure où elle ne s’ouvre pas à l’amour qui vient de Dieu. Quand je me replie sur moi, je ne vis pas l’unité, je vis l‘égoïsme, je vis le repli sur moi, je vis l’absence de charité. La charité nous ouvre le cœur, nous déploie, nous permet d’aimer en vérité avec l’aide de l’Esprit Saint. Nous voyons l’importance de l’Esprit Saint qui nous oblige à nous sortir de nous mêmes pour vivre en relation avec les autres et avec une finalité nouvelle : l’unité que permettra la charité véritable. Demandons à l’Esprit Saint de faire son œuvre ; de faire son œuvre en disposant nos cœurs, en les préparant à recevoir tous les dons que le seigneur nous fait dans cette alliance sacramentelle : don de son pardon, don de son corps, don de sa guérison, don de sa présence dans chacune de nos vies, don de lui-même tout entier parce qu’il veut que nous soyons introduit dans son royaume, que nous soyons fils, fils dans l’Esprit Saint avec le Fils unique. Voilà notre destinée et notre belle vocation. Amen. Père Emmanuel GOBILLIARD Emmanuel Gobilliard
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