Homélie du père Bresson prononcée le dimanche 15 novembre 2009

solennité des saints évêques du Puy



La fête d’aujourd’hui nous est donnée pour que nous aimions l’Église, notre Église locale : aimons notre Église du Puy : Dieu s’y montre admirable dans ses saints.


Quelques points parlants pour nous :  


L’Église du Puy s’est distinguée par

sa soumission au Pape (la croix de nos chanoines en porte le témoignage : Domini Papae sedes aniciensis erat qu’on peut traduire librement : ‘le Diocèse du Puy est soumis et aime le siège romain depuis longtemps’).

Georges, le huitième évêque du Puy, partant à Rome est le brillant exemple de cette fidélité à la foi de l’apôtre Pierre : une fois élu par les prêtres et les fidèles de ce minuscule diocèse en création, loin de tout, sans commun prestige avec Clermont ou Lyon ou Arles, il est envoyé à Rome avec Front, l’évêque élu de Périgueux. C’est à Rome qu’il paraît beaucoup plus judicieux de le faire consacrer à cause de l’hérésie arienne qui entache tous les évêques voisins d’alors. Dans ce long et périlleux voyage qui se fera clandestinement à travers le sud de la Gaule, que s’illustre la volonté de faire en sorte que ce petit Velay soit guidé et évangélisé par Dieu et non par des pasteurs aux doctrines humaines. 

une vision évangélique de l’évangélisation : le même saint Georges, parti à Rome, en revint en évangélisant tout au long du parcours avec son compagnon saint Front. Il existe des villes près du lac de Bolsène qui gardent des traces du passage de ces deux missionnaires gallo-romains. C’est là le style de l’évangélisation : une mission collégiale, un travail d’équipe. (c’est pourquoi nous prions pour que les prêtres soient assez nombreux non seulement pour « couvrir un territoire » mais aussi pour mener ensemble une vraie vie fraternelle et une évangélisation communautaire du monde d’aujourd’hui).




un grand amour de Marie : Le pape Léon IX dit au XIe siècle, que « nulle part ailleurs la Vierge Marie n’est aimée d’un amour aussi cordial qu’au Puy-Sainte-Marie. » Dès les origines, saint Vozy, le premier évêque du Puy, en établissant son siège près du lieu où Marie était apparue a pour toujours donné à notre diocèse une empreinte mariale profonde.


un grand amour de l’Eucharistie, nous ne pouvons pas oublier que nos saints pasteurs furent les célébrants fidèles des mystères, les célébrant dans la liturgie et dans toute leur vie.




sa charité : pensons à l’hôtel Dieu, qu’on dit avoir été fondé par saint Bénigne, le sixième évêque du Puy, mais aussi à la présence soutenue de nombreux chrétiens dans les œuvres caritatives dans la ville et le diocèse. Pensons au secours Catholique en ce dimanche où l’Eglise nous invite à la générosité par le biais de cette oeuvre.



Le lien de fraternité : si nous réfléchissons : comment se fait-il que les noms de ces évêques et, pour plusieurs d’entre eux : leurs noms seulement se soient transmis de générations en générations de chrétiens ? Comment est-ce possible sans qu’un lien de charité pastorale très fort se soit établi entre ces saints pasteurs et leurs fidèles. Certes la solitude fait partie de l’ordre des choses pour un prêtre, pour un évêque mais, plus encore que les moments ou l’état de solitude, plus fort est le lien d’amitié pastorale, le concile l’appelle la charité pastorale, qui unit le pasteur à ses fidèles : pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Certes, parmi nos saints évêques aucun n’a été martyr mais ils ont donné leur vie goutte à goutte, et c’est cela, il me semble, qui peut expliquer cette mémoire de leur renom de sainteté durable dans les générations de chrétiens de notre diocèse.


Mais il faut toujours reprendre cela :

Rien n’est jamais acquis : il nous faut nous replonger dans les sources vives de notre baptême : l’Aspersion d’eau bénite que nous recevons ici à la cathédrale durant ces derniers dimanches de l’année liturgique, vient nous le rappeler.



En arrivant de Clermont, dont ils furent très souvent envoyés, les saints évêques du Puy ne se sont pas contentés de reproduire seulement des modèles d’organisation de l’Église venus d’Auvergne. Ils ont fait en sorte que l’Esprit Saint façonne ici leurs actions et leurs fidèles pour qu’une nouvelle moisson de saints se lève ici dans le Velay, et nous pouvons être fiers de notre beau calendrier sanctoral du Puy, un beau champ de fleurs de sainteté variées et de toutes les époques.





Mais qui nous donnera les saints d’aujourd’hui, ceux dont notre diocèse a besoin ? Encore une fois : l’Esprit saint ! Pourvu que nous nous laissions faire sans réticence. Nous ne sommes pas nés chrétiens, nous le sommes devenus. Les saints évêques, nos protecteurs, sont là pour nous guider et pour intercéder pour nous dans cette refondation permanente de l’Eglise et de notre « être chrétien » ou « être prêtre » à chacun selon son appel.





Nous sommes des héritiers : héritiers de Dieu qui est admirable dans ses saints.

Oh, nous pouvons penser que nous voyons plus loin à travers notre vaste monde que ces antiques évêques, plus loin aussi sur les enjeux et les difficultés de l’évangélisation de notre monde « post chrétien ». Nous pouvons penser qu’ils n’avaient à leurs époques qu’à évangéliser des superstitions et des recherches, tâtonnantes certes, mais des aspirations au divin, alors qu’aujourd’hui nous avons le sentiment d’être en face d’un monde désenchanté d’où le sacré et toute transcendance ont fuit au profit du divertissement et du matérialisme. Mais, si nous voyons plus loin c’est parce que nous sommes comme des nains perchés sur les épaules de ces géants. – pensons à ces vitraux de la cathédrale de Chartres qui nous montrent les Apôtres en petits personnages juchés sur les épaules des patriarches et des prophètes représentés comme des géants- et ces géants sont nos grands prédécesseurs, ce sont nos saints pasteurs et les saints de nos églises particulières : ils ne voyaient peut être pas ce que nous voyons aujourd’hui mais c’est parce qu’ils nous portent sur l’épaule de leur expérience et sur celle de leur prière que nous pouvons mieux voir et la présence divine de notre Pasteur Jésus dans le monde d’aujourd’hui et l’étendue des champs et des missions qu’ils ont eux-mêmes ensemencés et labourés autrefois.




Je termine en reprenant un élément de la liturgie diocésaine des heures durant ces jours de fête, il est tiré de la lettre aux Romains :




Comment invoquer le Seigneur sans avoir d'abord cru en lui ?




Comment croire en lui sans avoir entendu sa parole ?




Comment entendre sa parole si personne ne l'a proclamée ?




Comment proclamer sans être envoyé ?




C'est ce que dit l'Écriture :



Comme il est beau de voir courir les messagers de la Bonne Nouvelle !




A travers la fête de nos saints évêques c’est un appel que nous lance notre église diocésaine. Aimer cette Église c’est aussi le lui montrer très concrètement en l’écoutant. Dieu vous appelle… et très spécialement vous les jeunes, par la voix de l’Eglise et par l’exemple de nos saints évêques : 
            Qui parmi vous annoncera Jésus aujourd’hui et demain comme autrefois ? Et ceci en étant prêtre demain, en étant témoin joyeux du Seigneur dès aujourd’hui.


Dans un instant l’offrande du pain et du vin pour l’Eucharistie va être portée vers l’autel à travers notre assemblée. C’est un moment important, entre autres pour vous les servants qui en êtes des ministres à un titre très particulier. Je vous encourage à ajouter cette prière instante à l’offrande du pain et du vin : dites : « Seigneur, que veux tu que je fasse ? »… 


*         *




… Marie dit alors :




« Je suis la Servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon ta parole. »




Amen.







Père Roland BRESSON




Emmanuel Gobilliard
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