Homélie du père Emmanuel Gobilliard 28 février 2010



Homélie du père Emmanuel Gobilliard 28 février 2010

La pédagogie de la liturgie est merveilleuse, réconfortante, rassurante. Elle nous donne une force, celle d’avancer vers Pâques. Elle succède aujourd’hui à l’épisode du désert.



La semaine dernière le Seigneur, comme je l’ai dit au début de la célébration, nous a entrainé avec lui au désert ; aujourd’hui, il nous emmène sur la montagne. Il y a un sens profond dans cette succession désert-montagne.



D’abord, revenons sur ce qu’est le désert. Le désert, ce sont trois réalités dans la Bible.

C’est d’abord la présence de Dieu. Nous trouvons le Seigneur dans le désert, nous le trouvons dans le silence, nous le trouvons dans l’immensité de création qui s’offre à nous, nous le rencontrons dans l’intimité de notre cœur. « Je t’emmènerai au désert et je parlerai à ton cœur » nous dit le Seigneur par le prophète Osée. Le désert est un lieu de rencontre avec le Seigneur, une rencontre particulière, intime, discrète, profonde, parfois une rencontre éprouvante parce que si discrète que nous le voyons pas.

Deuxième réalité du désert : c’est le lieu du désir. Le lieu du désir parce qu’on éprouve la soif, la chaleur, le manque et puisque c’est un lieu solitude, on peut éprouver aussi le manque de tout ce qui nous rassure : notre confort, nos amis, notre télévision, notre portable. Il y a rien de tout cela au désert. C’est désertique. On est obligé de rencontrer Dieu et cette rencontre, ce fait à travers le désir qui est d’abord un désir physique, de soif, de faim, de fraicheur. Et derrière ce désir physique ce sont tous nos désirs profonds qui doivent s’exprimer. Désir d’aimer, d’être aimé, de réussite. Tout cela nous devons les présenter au Seigneur au désert pour qu’il les purifie et les comble à sa manière. Le désir est un lieu de présence du Seigneur c’est Sainte Catherine de Sienne et Saint Thomas d’Aquin qui nous le rappellent : le Seigneur n’aurait pas mis dans notre cœur des désirs infinis si lui-même n’avait pas la volonté de les combler. Hors lui seul est infini, lui seul peut les combler. Le désir profond du cœur nous renvoie nécessairement à Dieu et ces désirs infinis sont toujours des désirs d’amour.



Troisième réalité du désert : c’est le lieu de la tentation, nous l’avons vu la semaine dernière où le Seigneur nous a offert une pédagogie de la lutte contre la tentation en s’y soumettant lui-même. La tentation n’est pas le péché mais la tentation est une épreuve.
Le Seigneur nous a montré comment lutter contre cette tentation. Il lutte lui-même par l’humilité : ne jamais se croire trop fort, ne jamais se croire seul. L’humilité c’est la référence à la parole de Dieu. Jésus dans cet épisode au désert ne parle pas lui-même mais il parle toujours en présentant la parole de Dieu. Il parle au nom de son Père, il parle avec l’aide de son père, il n’est pas seul, il est soutenu par l’amour paternel.

De même lorsque nous sommes dans le temps de la tentation, nous devons accepter d’être faibles et d’avoir recours au Seigneur dans sa parole, dans la prière, la direction spirituelle, dans la confession, dans l’Eucharistie, aller mendier au Seigneur ce dont nous avons besoin pour lutter dans cette période du carême, période de désert.

Donc, trois grandes réalités du désert auxquelles vont correspondre les réalités de la montagne.

Aujourd’hui le Seigneur nous conduit à la montagne. Montagne, lieu de la présence de Dieu même si Elie a rencontré le Seigneur dans le souffle d’une brise discrète, la montagne est synonyme d’épiphanie importante du Seigneur : don de la loi, rencontre avec Moïse. C’est aussi le lieu d’une rencontre, mais d’une rencontre plus satisfaisante, plus exaltante. Nous avons le sentiment de le voir, de l’approcher, de comprendre sa gloire, d’imaginer sa résurrection. Rencontre plus éclatante avec le Seigneur. Le lieu de la montagne, c’est le lieu du don. Au désert le Seigneur nous demande. Il nous demande de lutter contre la tentation, de lui offrir nos désirs, nous demande de vivre ce carême comme un temps de privation et de jeune.

A la montagne, le Seigneur nous donne. Il nous donne sa gloire. Il nous donne sa vie, il nous donne tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Dans le désert, nous allons entrevoir la passion, dans la montagne nous allons espérer la résurrection. Deux grandes réalités dans lesquelles  le Seigneur veut nous conduire, sachant une chose, c’est ce que nous voyons dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est que notre lot reste le désert ; les disciples veulent planter leur tente sur la montagne, ils se sentent bien mais le Seigneur les invite à retourner dans la plaine. Le lot de notre vie, c’est donc le désert et le Seigneur parfois nous fait don de quelques moments de gloire et de satisfaction pour affermir notre espérance et pour nous donner la force de marcher dans le désert.

La transfiguration, ici dans l’Evangile nous introduit à une intimité que nous ne connaissions pas, l’intimité de la prière de Jésus avec son Père. Saint Luc est le seul à mentionner le fait qu’il priait. « Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre. » Dans l’Evangile nous voyons que la transfiguration n’est pas un acte magique du Seigneur qui se dit : « Tiens je vais leur montrer qui je suis, comme je suis puissant et glorieux, je vais leur montrer que bientôt je vais ressusciter » non, ce n’est pas cela d’abord, mais il nous introduit dans la prière du Père et du Fils, c’est cela le mystère de la transfiguration. Nous sommes introduits dans une intimité, dans une relation intime, le Père et le Fils et cette relation intime transfigure toujours Jésus sauf que nous ne le voyons pas toujours.

Nous voyons dans l’Evangile le Seigneur s’écarter sur la montagne pour prier et il est toujours transfiguré. La nouveauté est que, ici, cette transfiguration apparait, donc le Seigneur nous invite, nous introduit dans cette prière intime.

La résurrection n’est pas d’abord une grande lumière, une grande gloire telle qu’on l’imagine avec ses dorures, c’est d’abord l’intimité d’une relation d’amour et c’est à cette intimité que correspondent nos désirs profonds exprimés dans le désert. Au désert nous avons exprimé ce désir d’aimer et d’être aimé, à la transfiguration le Seigneur nous introduit dans son amour mais la joie profonde, la satisfaction et la consolation plénière nous ne l’aurons qu’au ciel. C’est une touche d’espérance que le Seigneur nous donne et met au cœur de notre vie pour nous montrer ce qu’est la vie éternelle, la vie avec le Père. Mais cela est passager, c’est fugitif et c’est  très important de comprendre cela pour la vie spirituelle.

Dans la vie spirituelle, nous voulons toujours nous souvenir des moments de conversion grandioses que nous avons vécu, des moments de prières intenses où on avait l’impression que le Seigneur se répandait dans notre cœur au moment d’une veillée d’adoration pour les jeunes, à l’occasion des JMJ, etc., une consolation formidable, un don du Seigneur, don passager pour ce temps, pour cette terre parce que notre lot reste le désert. Le Seigneur nous fait le don des ces touches spirituelles, de consolation profonde pour nous donner l’espérance et ensuite il nous demande de lui offrir notre vie, notre prière surtout quand elle est sèche, quand c’est dur, quand nous ne ressentons pas grand-chose parce que c’est là que nous aimons en vérité, si non, nous aurions le risque d’aimer le Seigneur pour ce qu’il nous donne.

J’aime le Seigneur pour toutes les consolations qu’il m’apporte, toutes ces satisfactions, ce petit confort intérieur que je vis à l’intérieur de mon petit cœur. Mais dans la sécheresse et dans le désert, nous pouvons dire, Seigneur, je t’aime gratuitement, pas pour ce que tu m’apportes mais pour ce que tu es et je t’offre toutes mes difficultés que je rencontre et que je vis qui sont les difficultés de la vie quotidienne parce que dans la plaine c’est le lieu du bouillonnement de la civilisation, de la rencontre avec les autres. C’est le lieu de la tentation, pas seulement de la tentation telle que le Seigneur l’avait vécue, c’est la tentation d’un saint qu’il a vécu. Nous, nous vivons la tentation de l’orgueil, de la jalousie, la tentation des querelles intestines entres nous, nous vivons la tentation des petites guerres, des volontés de puissance, des volontés de réussir, tout cela nous le vivons dans la plaine de notre vie, les tentations ce sont celles là que nous vivons.

Le Seigneur nous donne quelques touches d’espérance, de force, quelques images de sa résurrection à travers les consolations, les forces nouvelles pour que nous apprenions à lutter dans ce désert qui est notre lot. Il ne faut pas prendre le désert pour une montagne et c’est Saint Paul qui nous le dit.
« Beaucoup de gens vivent en ennemi de la croix du Christ », ennemi de tout ce qui fait le désert, la lutte, la passion du Seigneur, la souffrance, les efforts que nous avons le désir de rejeter parce qu’ils sont difficiles, « ils vont tous à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte, ils ne tendent que vers les choses de la terre ». Voilà ce qui me rappelle le désert prit pour une montagne. Ils marchent vers le désert mais comme ils ne voient que le désert, ils ne voient pas la montagne, ils s’imaginent que le désert est une montagne, qu’ils vont trouver dans leur vie quotidienne et dans leur petit confort et dans leur volonté de puissance tout ce qui pourra remplir leur cœur. A ces gens là, il faut leur dire, levez les yeux et vous verrez en haut il y a une montagne et vous êtes dans la plaine. Si vous prenez le désert pour une montagne, vous allez prendre toutes les satisfactions de ce monde pour des consolations éternelles et vous allez en faire un Dieu : leur dieu, c’est leur ventre parce qu’ils sont incapables de regarder vers le haut, d’espérer, de comprendre que le Seigneur nous invite à une intimité qui remplit profondément notre vie, qui remplira notre éternité.
Demandons au Seigneur la grâce de savoir espérer. Savoir espérer, c’est accepter de vivre dans la plaine, dans le désert, de vivre les relations, les luttes, la vie professionnelle, la vie familiale que nous avons à vivre avec courage en sachant que le Seigneur saura nous introduire dans cette intimité d’amour et de vie ou tout sera transfiguré, nos relations, notre vie, notre être, tout ce que nous sommes.

Amen

Père Emmanuel GOBILLIARD







Maryline Reymond
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