Homélie du père Emmanuel Gobilliard 30ème dimanche du temps ordinaire, le 25 octobre

Les lectures d’aujourd’hui nous permettent de réveiller en nous la dimension prophétique, sacerdotale et royale de notre baptême puisque chacune des lectures éclaire l’une de ces dimensions.



Homélie du père Emmanuel Gobilliard 30ème dimanche du temps ordinaire, le 25 octobre








La dimension prophétique nous est présentée évidemment dans la première lecture puisque qu’il s’agit d’une lecture du prophète Jérémie. Vous savez que les prophètes sont souvent à contre courant, parce qu’ils sont là pour enseigner le peuple et parfois aussi, c’est le cas aujourd’hui, le rassurer et lui éviter de tomber dans le désespoir. On est en pleine crise pour le peuple d’Israël et c’est à ce moment là que Jérémie choisit de s’adresser au peuple en lui disant : « Pousse des cris de joie » et effectivement on est dans une des pires périodes d’Israël, celle de l’exil à Babylone. A certains autres moments, on entend Jérémie et les autres prophètes alors que tout va bien et que le peuple est dans une grande prospérité lui dire des phrases du style: « Malheur à toi ! » comme s’il voulait rééquilibrer un peu l’excès d’enthousiasme du peuple.






Le but c’est de sanctifier et d’enseigner le peuple. Nous notre mission puisque nous sommes tous prophètes par notre baptême va être d’avoir cette réaction qui est celle de Jérémie pour ceux qui nous entourent : lorsque le monde vit dans une telle insouciance une telle richesse et parfois même un tel égoïsme que  le monde semble aller bien et prospère, nous avons le devoir de leur rappeler que nous n’avons pas ici bas de demeure permanente et que l’essentiel de ce que nous pouvons amasser c’est d’abord la charité, tout le reste passera. Les tombeaux n’ont pas de poches dit-on et donc rappeler au peuple  rappeler à ceux qui nous entourent qu’il y a quelque chose de bien plus profond, en eux une dimension beaucoup plus fondamentale que tout ce qu’ils possèdent est vital. Il s’agit qu’ils ne tombent pas dans un excès de réjouissance parce qu’ils sont riches, qu’ils possèdent beaucoup de choses et que la vie leur sourit. A cause de cela ils risquent d’en oublier l’essentiel. C’est une mission que nous avons et qui peut avoir une autre dimension auprès de ceux qui sont tristes, pauvres, désespérés : il faut trouver des moyens de leur procurer un peu de joie et d’espérance profonde, leur dire par exemple que le Seigneur ne les abandonne pas, qu’il les aime, leur procurer aussi de la joie dans une visite. J’aime souvent rappeler que notre dimension prophétique, c’est aussi d’aller rencontrer les gens et en particulier ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui sont dans la détresse de la souffrance de l’hospitalisation, de la dépression et pour cela nous devons leur apporter ce qu’ils attendent de nous une véritable espérance, profonde, enracinée sur notre foi et notre amour du Christ et aussi une certaine joie. N’allez pas rencontrer les malades en commençant par leur dire : « Oh, mon pauvre… Dis donc dans quel état tu es ?», parce que vous allez l’enfoncer dans sa souffrance, essayez plutôt d’être vous-même, de les détendre, de les réjouir, de les fortifier.






Il y a aussi un sacrement pour cela, qui les fortifie ; il s’appelle le sacrement des malades pour leur donner la force même du Christ, celle que seul le Christ peut transmettre. Voilà une dimension, une façon d’exercer aussi notre fonction prophétique. « Consolez, consolez mon peuple dit le Seigneur ». Voilà la mission du chrétien, l’une des trois grandes missions du chrétien.






Le deuxième aspect, c’est la deuxième lecture qui nous le présente, c’est évidemment la dimension sacerdotale. Nous sommes tous prêtres, par le baptême, prêtres en nous offrant nous-mêmes. La mission sacerdotale de notre baptême, c’est une vie intime et sacramentelle avec le Christ. Nous avons le devoir de nous unir au Christ, d’entretenir une relation avec lui, pour que lui-même nous offre au Père. La dimension sacerdotale, c’est s’offrir soi-même, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Et cette dimension trouve sa place spécialement dans la célébration des sacrements et en particulier dans la célébration de l’Eucharistie. Dans l’Eucharistie, vous venez avec tout ce que vous êtes, vos misères, vos péchés, vos joies, vos espérances, votre travail, votre famille et il y a des moments symboliques de la messe où vous pouvez présentez tout cela : l’offertoire ou la prière eucharistique. Lorsque le prêtre cite les différents membres de l’Eglise, vous pouvez mettre des noms sur tel ou tel et finalement vous offrir vous-même avec eux. La dimension sacerdotale, c’est celle qui nous permet de nous offrir à Jésus. Elle peut s’étendre aussi à l’offrande des autres, nous pouvons avoir aussi le souci d’offrir les autres. C’est en particulier la mission des contemplatifs et des contemplatives qui portent le monde et qui l’offre au Père. Lorsque le monde n’a plus la force ni la conscience de s’offrir lui-même, de prier, de s’unir au Christ, alors il importe aux chrétiens et aux communautés contemplatives d’offrir le monde en son nom.






Et puis il y a une dimension royale, c’est souvent la plus difficile à comprendre ou à connaitre et pourtant elle est toute simple.






La dimension royale, elle commence par un regard sur le monde dans lequel je vis, un regard qui entraine une manière de vivre le service de l’homme et la vie du monde. « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » dit le Seigneur et Il le dit justement au moment où les apôtres l’appellent « maître et Seigneur ». « Vous avez raison de m’appeler maître et seigneur, car je le suis ». Mais la façon d’exercer cette dimension royale va être de laver les pieds des disciples pour nous inviter à faire de même. Notre service royal est un lien à la société, c’est le fondement même de la responsabilité de tout baptisé : le service de l’homme, de tout homme, à commencer par les plus pauvres et les exclus. Les laïcs, nous dit le Concile, doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l’ordre temporel ; membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres suivant leurs compétences particulières, en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice du royaume de Dieu. C’est le travail de toute l’Eglise de rendre les hommes et les femmes capables de construire l’ordre temporel. Ainsi mon métier, mon service de la société est le prolongement de la mission royale que j’ai reçue à mon baptême. Et nous le voyons dans l’évangile, le Seigneur guérit, sauve, se penche sur les plus pauvres et les plus petits.






Ces trois aspects, que nous oublions souvent, prophétique, sacerdotal et royal font l’unité de toute notre vie. Si la dimension sacerdotale s’exprime davantage dans la célébration de l’Eucharistie, la dimension royale s’exerce dans le service de la société et la dimension prophétique dans l’annonce de la Parole de Dieu, parole d’espérance, parole de soutien, parole de salut. Et elle est portée de manière particulière par celui qui a les trois charges : d’enseigner, de gouverner et de sanctifier, c’est l’Evêque. L’Evêque a la charge d’enseigner, nous le voyons bien, de gouverner et de sanctifier le peuple chrétien. C’est aussi par participation au sacerdoce de l’évêque, la tâche de tous les prêtres qui vous entourent. En cette année sacerdotale, vous avez la mission de les soutenir évidemment, en les aidant à sanctifier et à se sanctifier, en les aidant à enseigner et à être enseigné, en les aidant à gouverner et à être gouverné. On oublie toujours le « et à être gouverné », ça veut dire que devez, vous pouvez encourager les prêtres à aller se reposer pour se former lors de retraites ou de temps de formation. Vous avez le devoir de les aider à se sanctifier en les laissant tranquilles quand ils ont besoin de prier, de faire oraison, de se tourner vers le Seigneur, en respectant cette intimité profonde du prêtre et de l’évêque avec son Seigneur pour qu’il puisse à son tour vous aider à vous sanctifier vous-même.






Reconnaissez cette triple mission aux prêtres, mais reconnaissez aussi que vous avez le devoir de la prolonger cette mission. L’année sacerdotale doit être d’une certaine manière une façon de réveiller en vous cette triple fonction prophétique, sacerdotale et royale en vous mettant à la place qui est la votre, c'est-à-dire en vous responsabilisant dans votre propre sanctification, dans l’enseignement que vous avez à faire auprès des fidèles et de vos frères, des frères qui vous entourent et dans la mission que vous avez de les guérir, de les consoler et de les accompagner.






Demandons au Seigneur la grâce de nous garder fidèle à l’esprit de notre baptême, de faire de nous des prêtres, des prophètes et des rois pour sa gloire. Amen













Père Emmanuel GOBILLIARD







Emmanuel Gobilliard
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