Dans la première lecture, le Seigneur met sur les lèvres du prophète Isaïe des choses surprenantes : le prophète Isaïe prêche au peuple d’Israël et leur annonce quelque chose qui semble en contradiction avec ce qu’ils croyaient : « Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue ». Il leur annonce l’universalité du salut alors que le Seigneur avait parlé au peuple d’Israël comme à son épouse, celle qu’il avait choisi, au peuple privilégié. Avec Isaïe, le peuple d’Israël comprend qu’il s’agissait d’une préfiguration. Il veut s’unir l’humanité toute entière. Son épouse, c’est chacun de nous ; il voulait comme nous préparer à le recevoir comme notre époux, en établissant son alliance d’abord avec ce petit peuple pour nous montrer que l’alliance est personnelle, elle est avec chacun de nous, elle est intime, de cœur à cœur, elle est offerte à toute l’humanité mais elle est personnelle.
Le peuple d’Israël est surpris de voir que ce ne sont pas eux seulement qui annonceront la gloire de Dieu : « Ils n’ont pas vu ma gloire mais ils annonceront ma gloire ». Le Seigneur rajoute qu’il prendra des prêtres et des lévites parmi eux. Cela ouvre à une véritable conversion qui implique une grande humilité. Non, je n’ai pas été choisi à l’exclusion des autres, j’ai été choisi comme tous les autres sont choisis. Nous avons tendance, dans la vie quotidienne, à vouloir tout ramener à nous, à nos propres privilèges, au fait que nous sommes connu d’un tel, on risque de rentrer dans des mondanités spirituelles qui détruisent le lien avec le Seigneur.
Le Seigneur aime chacun de nous et il veut que chacun de nous soyons sauvés.
« Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » Dans l’Evangile, le Seigneur ne répond pas par un nombre évidemment, il ne répond pas par l’affirmative ou la négative, il va changer la perspective : l’homme qui s’adresse à lui se demande combien de personne vont être sauvées en se disant sans doute : je fais partie du lot ! Combien d’autres seront avec moi ?
Le Seigneur nous dit : « Efforcez vous d’entrer », il ajoute « Par la porte étroite car je vous le déclare beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas » ; On a l’impression qu’il y a une impossibilité mais on ne sait pas si elle vient des personnes ou du Seigneur. Dans le texte grec, il faut lire : « Beaucoup chercheront à entrer et n’en seront pas capables » donc effectivement cela vient des personnes, ils ne peuvent pas entrer à cause d’eux et non à cause de Dieu parce qu’il veut accueillir tout le monde, son cœur est large, il souhaite que tout le monde soit sauvé, cela est une évidence.
Le Seigneur nous renvoie à nous-mêmes, à notre liberté, à notre propre conversion car on n’entre pas à tout prix, on entre parce qu’on veut entrer mais la volonté ce n’est pas seulement quelque chose d’intellectuel, un désir ; la volonté implique que cela transforme toute ma vie. « Efforcez-vous d’entrer », c’est d’abord écouter, entendre la parole de Dieu qui se présente à nous comme notre créateur, comme celui qui nous aime et lui donner une réponse libre. Efforcez-vous d’entrer, c’est d’abord entrer dans son cœur, c’est dès maintenant, nous sommes sauvés tout de suite, la mort n’est qu’un passage, ce n’est pas un changement radical de condition, nous sommes vivants dès maintenant, nous entrons dans le royaume de Dieu tout de suite d’ailleurs nous y sommes déjà entré par le baptême.
Il faudrait dire : « Efforcez vous d’y rester ». Le Seigneur nous a déjà accueillis, sauvé ; mort sur la croix, il est ressuscité donc tout nous a été donné, il faut accepter le mystère de notre salut et agir en conséquence parce que, comme le peuple d’Israël, nous ne sommes pas privilégiés au point de croire que notre salut est assuré.
Le Seigneur parle de ce que j’ai appelé la mondanité spirituelle : « Mais Seigneur nous avons mangé et bu en ta présence, tu as enseigné sur nos places ». Il vous répondra : « Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez vous de moi, vous tous qui faites le mal. »
Ce n’est pas parce que je connais telle personne, ce n’est pas parce que je fréquente telle église, que je suis sauvé, c’est parce que je vis de Dieu, je reçois de Dieu ma source, mon être, ma vie et que je lui donne une réponse d’amour libre. Evidemment, cela implique de participer à ce qu’il m’offre, c'est-à-dire à l’Eucharistie, à la confession, c’est concret ! Vous pouvez faire votre examen de conscience en vous disant : « est ce que je suis dans une relation avec Dieu qui est une relation intime, une relation d’amour, une relation libre, une relation qui me permet de recevoir ce qu’il me donne dans ses sacrements et d’y répondre de tout mon cœur », alors si vous répondez que vous êtes dans cette relation, vous pourrez dire comme Jeanne D’arc : « Si je suis dans la grâce de Dieu, que le Seigneur m’y garde, si je n’y suis pas qu’il m’y mette » mais ce n’est pas parce que vous êtes inscrits sur un registre que vous êtes sauvés, ce n’est pas le fait de connaitre un tel. J’ai connu Mère Térésa, j’ai rencontré Mère Térésa, cela me donne une responsabilité en plus sans doute, mais je préfèrerais vivre de la même sainteté qu’elle et ne l’avoir jamais rencontré que de l’avoir rencontré et de mépriser tout ce qu’elle m’aura enseigné et c’est ce que le Seigneur dit : « Vous m’avez croisé, vous avez mangé à ma table, vous considérez cela comme un privilège et vous ne faites rien de ce que je vous ai dit, alors si vous ne voulez pas entrer, je ne vous forcerai pas parce que vous êtes libres et que la liberté est le fondement de l’amour, la base de l’amour ». S’il n’y a pas de liberté, il n’y a pas d’amour et le Seigneur nous aime et il veut notre réponse libre, notre réponse d’amour.
Le salut, c’est entrer dans un relation personnelle avec Dieu mais dans cette relation, il y a une troisième personne qui est présente discrètement, on la découvre dans la deuxième lecture, c’est la Vierge Marie.
J’aime beaucoup cette deuxième lecture car on a l’impression que c’est la Vierge Marie qui nous parle. « Frères, n’oubliez pas cette parole de réconfort qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils » (voyez la mère qui nous parle pour nous faire entrer dans cette relation). Cela signifie : ne néglige pas les relations avec le Seigneur, le Seigneur t’aime, il veut t’attirer à lui, il veut te sauver, il veut te donner tous les sacrements, le Seigneur est disponible, le Seigneur te soutient, si tu ne lui réponds pas, le Seigneur voudra t’attirer à lui et les paroles de réconfort de la Vierge Marie sont : « Ne te décourage pas quand il te fait des reproches ».
La mère veut absolument que le fils entre dans la relation paternelle. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons et on a l’impression d’avoir la mère toute douce qui nous parle pour nous aider dans cette relation avec le Seigneur, pour nous aider à entrer par la porte étroite, pour nous aider à entrer dans le mystère du salut. Pour nous aider à entrer dans le mystère du salut, il y a la Vierge Marie : elle aime, écoute, conduit à son Fils, elle nous donne aussi quelques reproches intérieurs qui sont entendus par nous par la conscience, mais toujours elle est au service de cette relation, elle veut que nous entrions absolument, elle est la mère qui veut que tous ses enfants soient rassemblés, alors écoutons ses conseils, soyons touchés par sa tendresse compatissante.
Demandons à la reine de l’univers que nous fêtons aujourd’hui d’être surtout la reine de nos cœurs. Nous ne sommes pas privilégiés parce que nous appartenons à tel pays, telle ville, parce que nous fréquentons tel sanctuaire mais nous serons éternellement privilégiés si nous vivons nous même de cette royauté qui est la royauté du Christ sur nous, alors le salut sera arrivé, accompli mais attention il est quotidien, il est à renouveler chaque jour. Cette relation est à reprendre parce que, on aime pas un jour mais on aime tous les jours et le Seigneur attend de nous une réponse d’amour libre, alors jamais la porte ne sera fermée, la porte est toujours ouverte, désencombrons nous pour pouvoir entrer par la porte étroite, désencombrons nous de notre orgueil, de notre vanité, de notre certitude d’être sauvé, désencombrons nous de notre manque de charité et laissons nous toucher par le Seigneur alors nous ne regarderons que lui et nous ne verrons plus la porte étroite, nous regarderons celui qui est de l’autre coté de la porte, et nous passerons la porte sans nous en rendre compte parce que nous lui ressemblerons.
Demandons cette grâce au Seigneur par l’intercession de la Vierge Marie.
Amen
Père Emmanuel GOBILLIARD