Homélie du père Emmanuel Gobilliard prononcée le 12 juillet 2009



Il était bouvier ! Le pauvre Amos était bouvier. Il accompagnait ou suivait le troupeau. Il s’occupait aussi des figuiers. En fait dans le texte, c’est beaucoup plus drôle, littéralement il pinçait les sycomores. Quel travail !

On se croirait dans des régions du sud de la France dans une ambiance tranquille.

Il accompagne les brebis et pince les sycomores et voilà que le Seigneur le secoue violemment : il va devoir interpeller les prêtres du Sanctuaire de Béthel pour leur dire que ce sont des cléricaux et que le Seigneur n’aime pas leurs actions.

Ce pauvre petit bouvier va se prendre sur le dos tous les problèmes de la terre et en particulier le problème lié au refus de ces prêtres d’entendre sa parole, parfois même le refus du peuple qui n’aime pas qu’on le dérange. Il va être alors expulsé du royaume du nord.

Le Seigneur l’a secoué violemment en vue d’une mission, d’une conversion d’abord, la sienne puis celle du peuple et des prêtres car le Sanctuaire était tombé dans un excès de cléricalisme.

Qu’est ce que c’est que le cléricalisme ?
Cela ne concerne pas que les clercs, je vous le dis maintenant pour que vous vous sentiez concerné dès le début.

Le cléricalisme, c’est saisir un pouvoir qui ne vient pas de nous, le saisir pour se servir. Se servir à travers une gloire, des intérêts financiers ou que sais-je ? Ne plus regarder la finalité mais regarder son bien propre, utiliser un pouvoir pour écraser, utiliser les autres, pour les forcer à accomplir sa propre volonté. Le cléricalisme est à l’opposé de l’écoute. « J’écoute, dit le psaume, que dira le Seigneur Dieu ». Pour sortir du cléricalisme, il faut savoir écouter, écouter le Seigneur qui parle à notre cœur, écouter les fidèles qui crient leur soif, écouter ceux qui nous entourent et ne pas trop écouter son propre égoïsme. L’écoute me sort de moi-même et m’ouvre à ce que le Seigneur attend de moi, m’ouvre à ma véritable mission, m’ouvre au monde qui m’entoure.

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » nous dit encore le psaume.

Sortir du cléricalisme c’est aussi sortir d’une vision dialectique, d’une opposition qui voudrait qu’il y ait d’un côté la charité, de l’autre coté la justice, d’un coté l’amour et de l’autre coté, la vérité, comme si les deux ne pouvaient pas se concilier.
Amos nous prouve que, amour et vérité peuvent se rencontrer. Il y a un véritable amour dans le cœur de ce prophète, un véritable amour pour le Seigneur car le Seigneur a touché son cœur, il l’a converti parce qu’il l’a saisit, un véritable amour aussi pour le peuple de Dieu, mais cet amour va passer par la vérité. Une vérité parfois dure à entendre pour ceux à qui elle est adressée. Cette vérité va se faire violente dans ces paroles.
Le Seigneur nous dit dans l’Evangile : « Le royaume souffre violence ».
Cela ne signifie pas qu’il faut être violent avec les autres évidemment, cela signifie qu’il faut être « violent » avec soi-même, avoir la violence intérieure nécessaire pour se sortir du troupeau et arrêter de pincer les sycomores pour enfin aller annoncer la charité et la vérité qui se rencontrent dans le Christ, le seul qui puisse unir parfaitement les deux.
Pour sortir du cléricalisme, ne soyons pas dans cette opposition. Cette opposition serait de croire que dans une dimension condescendante d’une charité trop facile, on pourrait aider les autres en partageant seulement leur condition. Le Seigneur n’est pas venu uniquement pour partager notre condition humaine, de souffrance, il est venu aussi nous en sortir. On doit pouvoir partager la vie des autres et quand c’est une vie de grande souffrance, on doit oser leur offrir, leur proposer une espérance sinon on risque de se perdre avec ceux qu’on croit aider.
Dans une relation, une discussion, on a toujours la possibilité d’unir les deux réalités : amour et vérité, justice et paix. Seulement en général, il faut commencer par l’amour et la paix sinon la vérité et la justice sont difficiles à entendre ; mais l’amour et la paix, cela demande un effort intérieur qui n’est pas juste une condescendance ou une charité trop facile. Cela demande de sortir de soi-même comme Amos qui est sorti de son pays, de sa condition facile, qui est sorti du troupeau ; on ne peut pas aimer sinon en action. Il faut dire la charité, c’est nécessaire et réconfortant. Mais il faut la dire si on agit. A trop parler sans agir on risque de perdre sa crédibilité. Il faut dire qu’on aime le montrer en s’engageant, au prix parfois de sacrifices exigeants ; c’est pour cela que la parole du Seigneur est difficile : elle doit nous secouer profondément.
Ensuite, on peut offrir une vérité charitable. La vérité ce n’est pas seulement ma foi ; la vérité c’est dire une parole sur la vie que mène la personne que je rencontre et vous découvrirez que votre parole a porté si elle porte des fruits c'est-à-dire si elle fait naitre une action chez l’autre.

Par exemple, une personne qui vivrait une grave dépression, je dois l’accompagner d’une charité prévenante, de petits gestes, je dois la visiter, c’est une façon de sortir de moi, je dois l’écouter mais je dois aussi lui donner l’énergie ou la possibilité de sortir de cette situation.  Cette énergie ou possibilité peut ne pas venir de moi, mais de la médecine ou autre mais je dois l’indiquer et dans ce cas là, la vérité et la charité s’unissent pour que le bien de la personne soit vu.

Si je ne reste qu’à la charité, alors je risque de voir le bien de ma personne : je vais voir les pauvres, les malades et je pense surtout à me faire voir. Pour sortir de moi, il faut un peu plus. Si je voulais faire le prophète, Amos ou autres, je dirais : « On vous a dit : restez tranquille dans le troupeau, suivez les affaires de votre vie pour ne pas avoir trop de problèmes », et bien, moi je vous dis « Sortez du troupeau, réveillez-vous ».

Un autre exemple : la vie chrétienne, ce n’est pas que le fait d’aller à la messe. C’est très nécessaire d’aller à la messe. Mais la vie chrétienne c’est d’établir une relation avec le Christ et cette relation doit être quotidienne. Une relation avec le Christ cela s’entretient par des mots par la prière, mais aussi par l’action : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Etablir une relation, c’est se confier, c’est écouter, c’est faire la vérité sur sa vie, (amour et vérité). Etablir une relation, c’est au quotidien.

J’ai un ami prêtre dans le sud ouest qui offrait à ses paroissiens des petits sabliers (comme pour faire cuire les œufs à la coque) pour leur dire : « Prenez trois minutes d’oraison par jour ».
Ce n’est pas énorme finalement trois minutes d’oraison par jour mais votre vie peut en être transformée. Ensuite vous pouvez augmenter. Ceux qui ont l’habitude déjà peuvent faire dix minutes puis quinze puis un peu plus mais commencez par trois minutes, vous aurez établi avec le Seigneur une relation quotidienne, trois minutes par jour ! Si vous n’avez pas l’habitude de faire oraison, faites seulement trois minutes, pas plus même si vous désirez continuer. Le Seigneur veut mettre dans ce désir une fidélité car il y aura des jours où vous n’aurez aucun désir de prier et des jours où vous aurez du désir pour prier. Soyez fidèles à un tems même si cela semble vous contraindre. Le Seigneur a besoin du temps.

Je profite de cette exhortation à la prière pour vous parler des bénévoles de la prière.
Nous avons dans le sanctuaire des bénévoles qui s’occupent des fleurs, de la sécurité, de la musique et du chant, des enfants, des peintures, etc…, il faudrait qu’on trouve des bénévoles pour prier.
Ainsi notre sanctuaire dans son entier ne tombera pas dans le cléricalisme, il aura une vie, une relation avec le Seigneur, cette relation ce n’est pas que l’apanage des prêtres et des sœurs et des consacrés c’est aussi la responsabilité des fidèles, c’est un véritable service de bénévolat,  bénévolat au service du Seigneur car il a besoin de cœurs qui l’aiment et qui se confient à lui, qui l’écoutent, bénévolat aussi  au service des personnes qui passent dans notre sanctuaire. Depuis que l’adoration quotidienne se fait dans le chœur de la Cathédrale, cela crée un climat de prière et de paix. Ainsi les fidèles sont vraiment accueillis, et accueillis, grâce à vous, par le Seigneur lui-même.
Ainsi, si c’est Dieu lui-même qui accueille, notre sanctuaire réalisera sa finalité et nous éviterons de tomber dans les excès que condamnait le prophète Amos ; nous serons au service du Seigneur et au service de son peuple.

Père Emmanuel GOBILLIARD


Emmanuel Gobilliard
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