Homélie pour le dimanche de la Trinité A



Homélie pour le dimanche de la Trinité A
Le mystère que nous célébrons aujourd’hui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, tout ce que nous pouvons espérer, tout ce que nous pouvons croire. Dieu dépasse toutes nos attentes, il dépasse aussi tout ce que nous pouvons dire de lui. L’ouverture de la messe nous a déjà esquissé quelque chose du mystère. Cet accueil est d’ailleurs tiré de notre deuxième lecture. « La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soit toujours avec vous ». La grâce, l’amour et la communion, tout cela semble exprimer la même réalité. Un seul Dieu ! Et pourtant, il y a des différences. Trois personnes !
L’amour de Dieu le père nous est révélé dans toute la Bible, mais de façon extraordinaire dans ce passage du livre de l’Exode. Dieu nous dit son nom dans ce mystérieux tétragramme sacré, ce mot imprononçable. Il ne s’enferme pas dans un concept ou une définition, il dépasse toutes nos catégories. Il est inconnaissable, innommable, infini. Rappelez vous cette belle prière de saint Grégoire de Nazianze que nous chantons au bréviaire :

O toi l'au-delà de tout
N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?
Quelle hymne te dira, quel langage ?
Aucun mot ne t'exprime.
A quoi l’esprit s'attachera-t-il ?
Tu dépasses toute intelligence.

Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi.
Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi.
Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point la pensée,
te rendent hommage.

Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi.
Tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers
fait monter une hymne de silence.

Tout ce qui demeure, demeure par toi;
par toi subsiste l'universel mouvement. De tous les êtres tu es la fin;
tu es tout être, et tu n'en es aucun. tu n'es pas un seul être;
tu n'es pas leur ensemble ; tu as tous les noms et comment te nommerais-je,
toi qu'on ne peut nommer?

Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même?
Prends pitié, 0 toi l'au-delà de tout n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?

Prière de saint Grégoire de Nazianze (IVe siècle)

Il est inconnaissable et pourtant il veut que nous le connaissions, il veut que nous l’aimions, que nous le priions, pour que nous soyons libres, libérés de nos esclavages et le premier d’entre eux, c’est la fausse image que nous avons de lui. Les deux plus belles images que nous ayons de Dieu le Père sont ce passage de l’Exode et la parabole de l’enfant prodigue. A chaque fois il est dit la même chose : « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité. » Et dans l’Evangile, il est ce père qui attend sans cesse que nous nous précipitions dans ses bras. De quoi avons nous peur puisqu’il nous aime au-delà de tout, de tout péché, de toute trahison et de toute révolte. Mais cet amour est un amour dynamique, vivant et réaliste. Il veut que nous grandissions, que nous nous perfectionnions, que nous apprenions à aimer, en un mot, il veut que nous soyons heureux. C’est pour cela qu’il nous aime en son Fils. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »
La grâce de notre Seigneur Jésus Christ. Le mot « grâce », comme je l’ai dit il n’y a pas très longtemps, peut être remplacé par le mot vie. La grâce, c’est la vie de Dieu en moi. Je vous salue Marie pleine de grâce, qui vit de Dieu, qui vit de la vie même de Dieu. Et la vie, elle se développe, elle s’entretient, elle doit grandir en nous. La mission du Fils, c’est de nous conduire au Père en donnant sa vie. Mystère pascal, mystère de l’Eucharistie et de tous les sacrements. Vivre de Dieu, c’est suivre le Christ, c’est donner sa vie par Lui, avec Lui et en Lui. C’est dynamique. La grâce de Dieu en nous elle ne se préserve pas, elle se développe, comme nous le rappelle la parabole des talents. On n’enfouit pas la grâce de Dieu. C’est ce que nous rappelle Jésus. Il parcourt la Judée, la Samarie, la Galilée. Il ouvre les portes des maisons, comme chez Zachée, pour mieux ouvrir la porte des cœurs. Il dérange pour pas que nous nous repliions sur nous-même. Il est vie. L’amour est vie, il est diffusif de soi. C’est le mystère de la Charité du Christ.
Mais pour que nous puissions vivre de cet amour du Père par la Grâce du Christ, il faut que cet amour soit reçu ! « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Ro5, 5)
La communion de l’Esprit Saint. L’Esprit réalise la communion en nous parce qu’il nous dispose à recevoir l’unique amour, celui qui vient de Dieu. Il nous prépare, il nous aide à dire oui, comme Marie, il nous aide à être libres, vraiment. Cette liberté, ô combien nécessaire, elle apparaît dans la suite de l’accueil trinitaire du début de la messe : « soit toujours avec vous ». C’est un subjonctif qui exprime le souhait, le désir profond de Dieu. C’est comme si sa toute puissance s’arrêtait là, à la porte de notre liberté. Nous invoquons l’Esprit pour qu’il ouvre notre cœur à la grâce et à l’amour de Dieu, pour que la communion trinitaire se réalise en nos cœurs, pour que Dieu se complaise en nos vies, en nos actions en tout ce que nous sommes, comme il a trouvé sa joie en Marie, fille bien aimée du Père, temple et épouse de l’Esprit, mère et disciple du Fils. Amen

Emmanuel Gobilliard
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