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Homélie prononcée dimanche 22 juin par le Père Emmanuel Gobilliard« Ne craignez pas », nous dit à nouveau Jésus dans l'Evangile. Dans l'homélie que je vais faire, j'ai l'impression que je vais « radoter » et en fait en lisant les paroles de Dieu qui nous ont étaient proposées presque depuis le début de l'année, je me rends compte que ce n'est pas moi qui radote, c'est le Seigneur qui répète toujours la même chose. Il faut que cela rentre dans notre cœur. «Ne craignez pas ». Nous avons ici plusieurs figures qui sont proposés, deux en particulier : Jérémie dans la première lecture et Adam. Ce qui fait le tourment de Jérémie est aussi ce qui fait sa joie : c'est la parole de Dieu. Ta parole fait mon tourment mais elle est mon réconfort. C'est cette parole qui le pousse à agir, à rencontrer ses détracteurs, qui le pousse à se laisser calomnier par la foule et pourtant elle est aussi son réconfort. Comment Jérémie va-t-il s'en sortir ? : par la confiance, par l'acceptation que ce n'est pas lui qui agit mais que c'est son Dieu présent en lui qui fait tout. Deuxième figure : Adam . Il est proposé ici comme la figure de tout homme sous l'emprise du péché et à cette figure d'Adam, Saint Paul oppose la figure du Christ. Le Christ qui fait l'unité dans la perfection. Vivre selon Adam, c'est vivre une vie déstructurée ou la peur est présente en permanence. Adam se cache, il ne sait plus faire l'unité de sa vie parce qu'il est sous l'emprise du péché et c'est Jésus qui va le rétablir dans cette unité parce qu'il aime et que c'est l'amour qui fait l'unité dans la perfection. « N'ayez pas peur » Ce que nous apprend Jérémie, c'est qu'il y a deux types de peur. La première peur, c'est de se confronter au monde, à la réalité, à ce qui nous entoure. C'est aussi la peur dont Jésus parlera dans l'évangile, la peur des apôtres d'être envoyé comme des agneaux au milieu des loups. Le deuxième type de peur qui est aussi présente chez Jérémie et les apôtres, c'est une vraie crainte. La crainte de blesser celui qui nous aime. Contre la première peur (c'est la présence des louvettes et des louveteaux à notre célébration qui m'inspire cela) je me souviens d'une enquête au moment où une jeune guide avait été tuée par une botte de paille il y a une dizaine d'année, qui avait été faite pour voir les risques qui couraient les jeunes qui partaient en camp. On s'est rendu compte qu'il y avait de nombreux risques. On pouvait mourir de pleins d'accidents terribles et cette enquête s'était étendue à tous les camps de jeunes, pour montrer qu'ils pouvaient constituer un véritable danger pour la sécurité des enfants. Et puis, un homme a eu la bonne idée d'élargir cette enquête en prenant une perspective plus large : prenons une tranche d'âge donnée, un taux de mortalité donné et voyons quelle est l'attitude la plus risquée. En prenant un peu de recul ce monsieur a mis en évidence que la vie la plus risquée c'était de rester chez soi devant la télévision. Pourquoi ? parce qu'on avait oublier deux types de mort : les morts de suicide et les morts par comportements suicidaires. En intégrant ces deux causes de mortalité dans l'enquête on découvre que l'attitude la plus risquée est celle qui plonge dans l'inactivité ou le repli sur soi, qui nous empêche de vivre et d'agir. Le chrétien peut se confronter au monde qui l'entoure parce que le Seigneur est avec lui : c'est la grâce dont parle Saint Paul. Mais qu'est ce que la grâce ? N'ayons pas peur de laisser agir le Seigneur en nous car il sait qui nous sommes, où nous allons, il sait ce qui est bien pour nous. N'ayons pas peur de lâcher prise par rapport à toutes nos petites sécurités qui sont des sécurités trop humaines. Le monde, actuellement, à peur de choses bien extérieures. Comme je souhaiterais qu'il est peur de l'essentiel : de ne pas aimer ou de blesser l'amour et ainsi de se blesser soi même. « Rien n'est grave » dirait Sainte Thérèse d'Avila : « que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, la patience obtient tout. Qui a Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ». La vraie conversion que nous devons faire chaque jour c'est : « Dieu seul suffit ! » Ne nous tourmentons pas pour notre corps, pour notre appartement, pour notre voiture, pour les biens matériels qui nous entourent, ce n'est pas cela qui fera notre bonheur mais c'est bien d'aimer et d'être aimé. Même vos cheveux sont tous comptés, soyez donc sans crainte, vous valez plus que tous les moineaux du monde. Ce que nous enseigne Jérémie, et c'est très important c'est que rien n'est désespéré. Je pense que nous pouvons profiter d'un évènement grave de notre vie pour vivre ce « lâcher prise ». Dans certaines communautés nouvelles on appelle cela le baptême dans l'esprit ou le renouvellement des promesses de notre baptême : être complètement abandonné à la présence de Dieu. Le fait de lâcher prise passe souvent par un évènement. Chez Jérémie, l'abandon est passé par un évènement, l'évènement de la calomnie : il a été traîné jusqu'à terre, mais il a su profiter de cette humiliation profonde pour découvrir que seul le Seigneur pouvait le sauver, le rendre heureux. Qu'importe ce que disent les gens, tu es là avec moi, tu m'aimes, je t'aime, je suis sûr de toi et je n'ai plus peur. C'est très personnel de mettre le Seigneur dans sa vie parce que cela passe toujours par un évènement, heureusement que ce n'est pas toujours un évènement malheureux comme la calomnie. Le Seigneur peut se servir d'évènements heureux. Je pense à cette personne qui a découvert profondément la présence du Christ, de l'Esprit Saint dans sa vie, à la naissance de son premier enfant. Il avait fait la découverte qu'il n'était rien face au mystère de la vie, que le Seigneur était tout. Voilà la conversion que l'on peut vivre. Cette conversion, et c'est une grâce, peut aussi passer par le péché : se découvrir profondément pécheur, éloigné de Dieu et en même temps rencontrer la présence de l'amour qui nous pardonne. Je voudrais mettre le Seigneur en porte à faux : « Celui qui me reniera devant les hommes moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux » dit Jésus. Mais Saint Pierre l'a renié trois fois et pourtant Jésus ne la pas renié. Jésus l'a accueilli, l'a aimé parce que dans le malheur de son péché et de sa trahison il avait encore cette petite ouverture du cœur qui a permis au Christ de s'engouffrer pour offrir son pardon. Jérémie comme le Christ emploie tous les moyens possibles pour nous faire retourner à Dieu. Il nous secoue, nous provoque un peu et quand il voit que cela ne marche pas il nous parle avec tendresse. Il nous accompagne, il est toujours là, voilà la raison pour laquelle nous ne devons jamais avoir peur. Profitons de toute occasion : une souffrance, une maladie, une calomnie, un péché, pour inviter Dieu à nous réconforter par son pardon et sa tendresse. Profitons de chaque évènement heureux aussi pour découvrir que nous n'en sommes pas la source. Le Seigneur, bien plus grand que nous, nous offre la vie toujours et le pardon dès que nous le lui demandons. Père Emmanuel GOBILLIARD |
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