Homélie prononcée le 3ème dimanche de Carême, dimanche 27 mars par Mgr Henri Brincard



Bienvenus dans cette belle cathédrale où nous sommes des invités qui répondons à une invitation, à un appel du Christ.


Ensuite notre diversité devient une occasion merveilleuse d’échanger entre nous les dons reçus de Dieu si nous sommes profondément unis en celui qui nous appelle. 
 

Je salue tous les fidèles qui viennent de différents lieux et qui se retrouvent avec nous dans un même élan de prière.


Le Pape Benoit XVI dans son message de Carême, nous dit : « Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur – qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l’année liturgique –, qu’est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n’est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C’est pourquoi l’Eglise, à travers les textes évangéliques proclamés lors des dimanches de Carême, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur ». 

Aujourd’hui, c’est l’Evangile de la Samaritaine. Un Evangile proclamé c'est-à-dire dit de façon solennelle parce que c’est vraiment la parole de Dieu. Cette parole est puissante et agissante.


Cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine nous interpelle directement et très fortement, nous allons essayer de le découvrir, pour qu’après cette messe, la semaine qui suive soit éclairée par une vraie rencontre avec Jésus. En effet, cette Samaritaine, c’est vous, c’est moi, c’est l’humanité qui se trouve dans une grande misère et Jésus est venu sortir l’humanité de cette misère.


 Comment faire découvrir à l’homme qu’il y a en lui une soif à laquelle il ne peut pas répondre lui-même, seul. Cette attitude de Jésus à l’égard de la Samaritaine va nous donner la réponse.

Qui est-elle cette dame qui vient chercher de l’eau dans un puits profond en plein milieu du jour dans la chaleur ? 

C’est d’abord une femme méprisée, blessée. Méprisée parce qu’elle a une pratique religieuse qui apparait aux juifs comme une grande infidélité aux appels du Dieu de l’alliance. Les juifs ne voulaient pas de contact avec elle. Blessée parce que, dans le dialogue émouvant entre Jésus et elle, nous découvrons qu’elle a eu cinq maris ; Cela prouve qu’elle n’a jamais été vraiment aimée. 

Quelle souffrance ! Nous pouvons ici penser à la souffrance de femmes bafouées et qui ne le montrent pas toujours mais qui le sont profondément. L’humanité est dans cet état et attend un sauveur.


En effet le mépris et la blessure vont bien ensemble et peuvent, si Dieu s’en sert, devenir le chemin d’une voix de bonté qui appelle : « Viens vers moi ». 

Je voudrais faire remarquer que c’est Jésus qui est allé vers le puits ; il sait qu’elle viendra mais il attend. Jésus sait que chacun d’entres nous, à différentes heures de notre vie, nous allons avoir une rencontre avec lui et Jésus vient nous chercher, il nous attend. Le dialogue va commencer. Jésus va lui demander quelque chose. C’est en se donnant que le cœur s’ouvre et que l’intelligence devient disponible pour recevoir la lumière. 

Qu’est ce que Jésus nous a demandé avant de participer à cette messe ? 

Je ne peux pas répondre à votre place mais en vous voyant arriver j’ai eu l’idée que ce que Jésus nous demande en entrant dans une Eglise c’est d’être accueillant. Nous formons une communauté qui accueille. Il ne suffit pas de le dire ! Qu’est ce que nous avons fait avant cette messe pour donner à boire à Jésus : un sourire, un mot, un geste. Nous avons parmi nous des pèlerins, est ce que nous les avons accueilli, conduit à leur place (toujours la première), qu’est ce que nous avons fait ?


Si nous sommes entrés dans l’Eglise en ne pensant qu’à nous, il ne faut pas nous étonner que la rencontre ne soit pas crédible. Jésus a appelé, il a eu soif et on ne lui a pas donné à boire. 

L’évangélisation de notre monde passe par un acte de charité, un amour qui vient de Dieu, qui retourne à Dieu à travers le service du frère. Sinon pardonnez-moi, mais la vie chrétienne, c’est du « pipeau » !


Il ne faut pas s’étonner qu’au bout d’un certain temps, dans le contexte que nous vivons, on finisse par se demander pourquoi je suis chrétien ? Cela ne change rien si je ne rencontre pas Jésus ; alors là, je pourrais répondre ce que Mère Térésa a dit : « Alors, tu n’as jamais rencontré un pauvre ? ». 
 

Donc, Jésus demande à boire. Ensuite, Jésus va éveiller son désir, c'est-à-dire il va faire découvrir que la soif quotidienne, c’est très fort. Pensons à tous les peuples qui ont soif au sens strict.


Je me souviens d’un évêque d’Afrique qui m’avait dit : « Vous, vous parlez de la soif mais vous ne savez pas ce qu’elle est », peut être est ce l’occasion de ne pas gaspiller l’eau qui nous est donnée en abondance quand on entend de telles paroles.


Quoi qu’il en soit, Jésus va nous faire découvrir qu’il y a dans son cœur une très grande soif.


Est-ce que cette soif est dans notre cœur de manière consciente ? Est-ce que nous sommes venu à la messe parce que nous avions soif et si ce n’est pas le cas, vivons de près comment Jésus éveille la soif profonde du cœur qui justifie la participation à la célébration. 

Il va le faire en excitant la curiosité de cette femme. Elle est en train de chercher de l’eau qui est nécessaire pour sa vie et Jésus va lui faire comprendre qu’elle a besoin de quelque chose de  plus fondamental. Jésus vient nous chercher au milieu de nos sollicitudes. Il ne reproche pas à cette femme de venir chercher de l’eau mais il va lui dire : « Ton cœur a soif ».


Progressivement, la femme à travers la pédagogie de Jésus, va découvrir la soif dans son cœur. Cette messe a pour but de nous aider à avoir davantage soif, soif de quoi ? 

De l’eau vive : c’est une eau rattachée à sa source, eau dans laquelle la source se donne avec abondance, c’est une très belle image du mystère du Christ, il est cette source d’eau vive qui se donne à nous dans la grâce du baptême, des sacrements et de tant d’autres chemins. Il se donne lui-même comme la source. Il est la source d’un amour qu’il veut nous faire partager et qui est la vie même de Dieu. Nous avons soif d’être aimés et d’aimer ? Alors nous sommes prêts à rencontrer Jésus. Jésus ne se prive pas d’essayer, par des pédagogies que vous découvrirez dans votre vie, d’éveiller en nous davantage la conscience de cette soif profonde ; nous sommes plongés dans le quotidien, peut être au moment même où nous sommes dans cette église, nous pensons à mille choses, sans doute justifiées, je l’espère mais savons nous nous remettre devant l’essentiel, le désir profond de notre cœur ? J’ai soif et c’est pourquoi je viens à la messe. J’ai soif d’une eau vive !


 Chers amis, je voudrais ajouter ceci. On devient apôtre parce qu’on a donné à boire à Jésus, parce qu’on a découvert une soif que lui seul peut étancher. On devient apôtre aussi en faisant comprendre à ceux que nous avons rencontrés que nous sommes les premiers à avoir besoin de lui. Regardez cette femme est devenue apôtre en disant : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait » et sa misère était évidemment dans ce que Jésus lui a dit. Le véritable apôtre, ce n’est pas celui qui se sert de Dieu pour se mettre en avant, il y a des témoignages qui m’insupportent au bout de quelques secondes, même s’ils sont très bien dits. C’est le pauvre qui évangélise, vous et moi en reconnaissant que nous sommes dans une misère et que Jésus nous en a tiré et que nous désirons que toute l’humanité découvre combien elle est aimée de Dieu. Il y a un messie, un seul sauveur qui apparait non seulement pour changer nos cœurs mais d’étancher notre soif la plus profonde, c’était le cri de Dominique, le fondateur des dominicains. « Que deviendront les pécheurs ? » Ce n’est pas une accusation, c’était une immense compassion à partir de l’expérience qu’il avait faite de la bonté de Dieu pour lui. Les grands apôtres, se sont ceux qui se présentent devant les autres avec une misère que Jésus est venu sauver. Ils ne parlent pas de la misère des autres, mais de la leur, ils la montrent et ils disent devant tous : « Merci Jésus ». Ces apôtres là évangéliseront notre monde, les autres sont des beaux parleurs. Notre monde n’a pas besoin de belles paroles, il en a bien assez. Il a soif et nous, nous pouvons répondre à sa soif en ayant soif de celui qui veut bien se donner parmi nous à tous.

Chers amis, nous allons demander la grâce d’être apôtres à partir d’une vraie rencontre avec Jésus, nous allons demander cela à la Vierge Marie, la toute pure . 

Monseigneur Henri Brincard



Maryline Reymond
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