Homélie prononcée le dimanche 2 mai par Père Emmanuel



Après nous avoir proposé dans l’octave de Pâques les Evangiles de la résurrection, la liturgie pendant ce temps pascal nous propose de revenir sur ce que Jésus nous a dit avant de mourir.

Il s’adresse à nous comme il s’était adressé aux disciples d’Emmaüs.


Il nous dit : «  N’avez-vous donc pas compris ? ».


Nous sommes dans la même ambiance dans la première lecture du livre des Apôtres : « A leur arrivée, ayant réuni les membres de l’Eglise, ils leur racontaient tout ce que Dieu avait fait pour eux ». Jésus nous rappelle tout ce qu’il y a dans l’écriture pour que nous puissions nous mettre un peu à la place de Dieu, de Dieu qui nous accompagne patiemment et qui nous rappelle tout ce qu’il a fait pour nous afin que nous entrions dans l’action de grâce. Cela commence avec la Genèse : il a mit en nos cœurs son image et sa ressemblance. Il nous a permis d’entrer en communion avec lui, il nous a ouvert à sa fécondité, il a offert a l’humanité d’être avec lui comme des créateurs, procréateurs, il nous fait participer à son œuvre de création.


Malgré cela, l’homme tombe dans le péché et se détourne de Dieu, refuse d’entrer dans cette communion d’amour que le Seigneur lui propose mais inlassablement le Seigneur revient à lui, il s’engage avec Abraham dans une promesse, la promesse d’une terre, d’une descendance, d’une prospérité, d’une vie heureuse, d’une loi pour guider le peuple et le peuple d’Israël construit le veau d’or, se détourne de Dieu, le trahit, va adorer d’autres dieux mais le bon Dieu va rester fidèle.  Dans les prophètes, nous entendons ce beau passage : Mon épouse infidèle, celle qui m’a trahi, qui n’a pas écouté ma parole, celle qui n’a pas suivi mes enseignements, mon épouse infidèle que nous sommes tous, mon épouse infidèle je la conduirai au désert, je parlerai à son cœur, je vais la séduire, je vais lui montrer encore mon amour inlassablement ; inlassablement Dieu nous montre qu’il nous aime, qu’il nous accompagne, qu’il est proche de nous, qu’il veut notre bonheur, qu’il veut notre vie, notre résurrection et nous nous détournons de lui, alors il décide d’envoyer son propre fils, son fils bien aimé pour manifester qu’il va partager notre humanité jusque dans sa souffrance et sa mort. Il reste à nos cotés pour partager notre vie, pour nous indiquer comme de plus près combien Dieu nous aime, nous est fidèle ; il ne nous abandonne pas.



La relecture de l’écriture c’est rendre grâce, se rappeler tous les bienfaits de Dieu pour Israël, pour l’Eglise et surtout pour nous personnellement ; nous sommes invités pendant ce temps pascal à relire toute notre vie, à comprendre combien Dieu nous a aimé, combien il est proche de nous, jusqu’à cet Evangile du discours sacerdotal avant de mourir : le Seigneur rappelle encore à ses Apôtres combien il les aime, combien il veut leur bonheur, combien tout ce qui va s’accomplir dans le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, c’est pour eux, pour le salut de l’humanité, pour leur bonheur, leur joie, pour qu’ils se rappellent toujours que Dieu est là et qu’il les aime. 


L’amour de Dieu est solide, fidèle malgré notre infidélité, notre trahison, notre inconstance, nos hésitations. Nous sommes comme des enfants égocentriques, tout tourne autour de nous, de nos petits problèmes, nous voudrions parfois que Dieu entre dans nos projets étriqués, que Dieu soit à notre service, qu’il nous obéisse, qu’il accomplisse nos petites volonté et à cause de cela nous refusons de rentrer dans sa volonté d’amour. Que ta volonté soit faite !



C’est comme pour les Apôtres qui ne comprennent pas : certains veulent restaurer une royauté trop humaine, un pouvoir, une libération du jouc des romains, certains veulent le faire par la force comme Simon le Zélote, certains veulent le faire selon leur propre vue comme Simon-Pierre qui n’accepte pas que le Seigneur entre dans cette offrande simple et souffrante qui est celle du fils de Dieu ; ils ne comprennent pas. Nous devons parfois relire tous les évènements de notre vie à la lumière de l’amour indéfectible et passionné de Dieu pour nous ; faire cela c’est entrer dans son projet d’amour pour nous, projet ambitieux où il ne s’agit pas tant de compter sur nos propres forces mais de faire confiance à Dieu. Saint Pierre veut compter sur ses propres forces à plusieurs reprises : « Jamais Seigneur, je te trahirai », lorsqu’il marche sur les eaux, il est emporté par cet amour et cette foi et puis il se replie sur lui et regarde ses propres forces, il se met à sombrer. Il a besoin que le Seigneur lui tende la main pour qu’il le fasse sortir des basses eaux, qu’il fasse confiance et en lisant les actes des Apôtres, nous voyons qu’à travers cette patience de Dieu, ce lent accompagnement du Seigneur dans nos vies, les Apôtres vont enfin faire confiance, avec la force de l’Esprit Saint et découvrir que le Seigneur est toute leur vie, que le Seigneur veut leur bonheur et qu’il peut les entrainer bien au-delà de leur petit projet. Alors qu’ils sont enfermés dans la chambre haute, l’Esprit Saint va tomber sur eux, va faire éclater les verrous de leur peur : ils vont annoncer l’Evangile, proclamer la gloire de Dieu, son amour et sa proximité et ils vont finalement offrir leur vie eux aussi.



Le Seigneur a été patient, le Seigneur a pardonné, a été victorieux parfois dans la douleur mais toujours pour le bien de son peuple et de ses fidèles serviteurs.


Nous avons de multiples exemples dans la vie de l’Eglise, de cette force que Dieu peut nous communiquer, cette force d’amour et de don de soi. Nous pouvons imaginer la force qui était celle de Saint Maximilien Kolbe qui a été jusqu’au martyr de la charité, qui a tout donné, tout offert, témoin de l’amour indéfectible de Dieu qui pardonne, malgré les horreurs, à ses propres bourreaux donnant ainsi le témoignage d’un Dieu fidèle.





L’exemple de Sainte Thérèse de l’enfant Jésus, qui offre toute sa vie dans le silence de la prière et du couvent et qui devient ainsi la patronne des missions : la fécondité de la mission de Sainte Thérèse est liée à l’offrande totale d’elle-même dans un cœur à cœur fécond avec le Seigneur. Nous voyons aussi Mère Térésa qui se donne totalement au service des plus pauvres, qui vient rejoindre le Christ dans le pauvre. Le monde est transformé par l’amour paisible et confiant. Il suffit de laisser entrer Dieu dans nos vies, de le laisser agir, de le laisser aimer en nous, de le laisser nous aimer. Comme il nous a aimé, aimons nous les uns les autres.





Pour reprendre le texte que j’avais lu il y a quelques semaines de Paul Baudiquey je voudrais dire combien nous avons besoin d’aimer, de nous aimer : « Il est tellement facile d’haïr la grâce est de s’oublier ; la grâce des grâces est de s’aimer soi même humblement comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus Christ ». S’aimer soi même humblement, c’est accepter que le Seigneur nous aime d’abord, accepter d’être aimer, de s’aimer, de laisser entrer le Seigneur dans nos vies et ainsi nous nous découvrons à nous-mêmes ; le Seigneur nous découvre à nous même, il découvre des forces que nous ignorions, la force du regard vers l’autre, qui nous fait sortir de nous même, la force qui nous fait sortir de notre égocentrisme d’enfant pour entrer dans une vie d’adulte construite et donnée.





Quand on aime et quand on se laisse aimer tout est beaucoup plus facile. Nous le voyons avec les saints : les choses qui nous paraissent impossibles, surhumaines deviennent simples parce que le saint c’est celui qui regarde l’autre et qui ne se regarde plus lui-même. C’est impossible de se donner totalement si on se regarde soi même, on est limité par notre infidélité comme le peuple d’Israël, par nos petites forces, mais quand on regarde l’autre, nous entrons dans le regard de Dieu et nous sommes capables de faire des choses que nous ignorions. On ne se fixe plus sur sa propre souffrance mais sur celui qu’on aime et on est capable de se dépasser. On est capable en se laissant agir par Dieu de devenir des saints tout simplement. La sainteté est si simple ; notre péché est compliqué parce que nous voulons tout construire à partir de nous-mêmes sans accepter de nous laisser aider, de nous laisser porter. Par orgueil nous voulons avoir la maitrise sur tout. La sainteté c’est seulement de se laisser aimer, porter, guider comme les disciples d’Emmaüs, de se laisser enseigner par le Seigneur pour être conduit jusqu’au bout du monde et ains,i si nous nous laissons conduire, nous pouvons voir se réaliser ce que l’apocalypse nous dit : « J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux. Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux.





Demandons au Seigneur d’être avec nous, laissons le agir en nous, laissons le demeurer en nous, alors nous pourrons aimer en vérité, aimer comme il nous a aimé.





Amen





Père Emmanuel GOBILLIARD






Maryline Reymond
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