Homélie prononcée le dimanche 27 septembre par Père Emmanuel GOBILLIARD



Dimanche dernier, nous avons assisté à cette discussion des Apôtres qui s’interrogeaient pour savoir qui était le plus grand ? Jésus a tranché en disant : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier et le serviteur de tous. »

Aujourd’hui, nous sommes à nouveau dans une logique de domination de la part des Apôtres.

Ici les Apôtres sont vexés parce que d’autres font le bien, et pourtant ils ne suivent pas physiquement le Christ ou plutôt quand on lit bien le texte, Saint Jean ne dit pas :

« Il n’est pas de ceux qui te suivent » mais il dit : « Il n’est pas de ceux qui nous suivent » Nous voyons qu’il y a ici chez les apôtres un désir de domination ou d’accaparer le bien qui est fait.

On retombe ici dans ce qui fait le péché, la radicalité du péché : se prendre pour Dieu en imaginant que nous sommes les seuls à pouvoir faire le bien. En fait,  il n’y en a qu’un qui puisse faire le bien : c’est Dieu ! Savoir par où ou par qui il veut passer ? C’est son affaire ! L’essentiel est que le bien soit fait.

On retrouve ce thème de la première lecture. Dans le passage qui précédait immédiatement le notre dans le livre des Nombres, on se souvient que Moïse se plaignait d’en avoir trop sur le dos, d’en avoir trop à faire, « Seigneur regarde ce peuple qui n’arrête pas de se plaindre, il regrette sa vie d’avant alors qu’il était esclave des Egyptiens et maintenant il me réclame de la viande à manger et tu me demandes de porter tout cela sur mes épaules. Je ne peux pas, je suis fatigué, j’en ai marre », voilà ce que Moïse lui disait en substance.

Dieu lui répond, « Demande-moi !» et il va répandre son esprit sur soixante dix personnes (vous imaginez le travail que faisait Moïse). Evidemment il ne pouvait pas accomplir ce travail alors le Seigneur qui est bon et miséricordieux lui indique que ce qui est important est que le bien se fasse. Si le Seigneur nous confie une responsabilité, il ne nous demande pas de le faire, il nous demande que ce soit fait.

Ayant dit cela, nous savons que le bien passe par des moyens qui dépassent totalement nos propres limites, nos propres frontières et, nous pouvons le dire, les frontières de l’Eglise.

Alors, pourquoi sommes-nous chrétiens si d’autres sont capables de faire le bien parfois mieux que nous ? Le Seigneur invite tous les hommes au salut, c'est-à-dire qu’il invite tous les hommes à faire le bien. Le salut, ce n’est pas seulement l’entrée dans un paradis dans lequel j’aurais projeté mes fantasmes, entrer dans le mystère du salut c’est faire le bien, c'est-à-dire, ressembler à Dieu, entrer dans cette communion d’amour qu’il nous offre, lui le seul bien. Il aime chaque homme parce qu’il le crée et donc parce qu’il l’aime, il l’invite à entrer dans sa communion d’amour et cela signifie faire le bien.

Tous les hommes sont appelés à faire le bien alors pourquoi être chrétien ?

Par le baptême, nous savons que le Seigneur nous donne un cadeau en plus, nous introduit dans son Eglise d’une manière particulière. Ce cadeau en ouvre beaucoup d’autres, ce sont les sacrements. Non seulement, nous connaissons Dieu, nous savons qu’il est le bien, nous savons comment recevoir de lui tout bien, comment le recevoir, comment faire pour qu’il puisse agir en nous. Nous avons des moyens supplémentaires par rapport aux autres pour faire le bien. C’est pour cela que de s’imaginer que nous sommes des privilégiés peut nous condamner si nous ne faisons pas le bien. Nous avons d’autant moins de mérite à faire le bien que nous recevons plus, sa grâce, ses sacrements,  et que d’ailleurs nous avons le devoir de les demander, et d’en vivre.

C’est le moyen privilégié par lequel le Seigneur souhaite que nous fassions le bien.

Dans l’Evangile nous voyons aussi une phrase très intéressante de Jésus :

« Ne l’empêchez pas ». Le péché ce n’est pas simplement de faire le mal, ce n’est pas seulement de ne pas faire le bien, c’est d’empêcher que le bien soit fait s’il n’est pas fait par moi. C’est sans doute un péché encore plus grave. Nous voyons dans Saint Jacques, ce que c’est que de ne pas faire le bien : « Vos richesses sont pourries ». Au-delà des richesses matérielles, nous pouvons penser aux richesses des sacrements que nous recevons. 

 « Je vous donne tout », nous dit le Seigneur, et vous les gardez pour vous, alors elles pourrissent. « Vous avez tout reçu : le baptême, les sacrements, ma grâce et vous les gardez pour vous : vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés de mites » c'est-à-dire que vous mettez la grâce au placard. Cette rouille vous accusera, vous avez amassé de l’argent, alors que nous sommes dans les derniers temps ! « Transmettez, répandez, soyez les instruments de ma grâce », voilà ce que le Seigneur nous dit.

Nous ne serons pas jugés sur le mal que nous avons fait parce qu’il est incommensurable et heureusement que nous ne serons pas juger sur ce mal au regard de la bonté de Dieu : nous ne pouvons pas être sauvé si nous regardons le mal que nous avons fait et si nous sommes jugés sur ce mal. Nous ne serons pas non plus jugés uniquement sur le bien que nous avons fait. C’est normal, c’est notre mission : je pense que nous serons beaucoup plus jugés sur le bien que nous n’avons pas fait. Nous avons tellement reçu, nous devrions faire le bien infiniment plus que tout ce que nous faisons. Nous serons jugés sur le bien que nous avons empêché de faire par orgueil car nous croyons être seul capables de le faire. Nous nous prenons pour Dieu comme Adam et Eve, tentés par le serpent. 

Alors l’enfer dont parle le Seigneur, il existe. Ce n’est pas lui qui nous y conduit évidemment, c’est nous qui nous séparons de Dieu en ne faisant pas le bien ou en empêchant que le bien soit fait. C’est cela être séparés de Dieu puisque Dieu est le bien.

Nous nous séparons de Dieu simplement en ne faisant pas le bien ou en ne le laissant pas faire. Dieu est le bien suprême et le ciel, c’est la charité. La foi et l’espérance disparaissent et il ne reste que la charité, ce que nous avons fait de bien, les circonstances à travers lesquelles nous avons permis que le bien se fasse, parce que le bien, la charité, l’amour sont éternels. C’est cela la vie de Dieu, le paradis auquel nous croyons. Pour faire le bien, il faut le recevoir. 

 Il y a une autre phrase intéressante dans cet Evangile :

« Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense ». Ici la perspective est inversé par rapport à ce que nous avons l’habitude d’entendre quand nous entendons par exemple : « tout ce que vous faîtes au plus petit d’entres les miens, c’est à moi que vous le faîte ». Ici, le Seigneur, nous invite à recevoir le verre d’eau de la part de celui qui nous est extérieur.

Reconnaitre que le bien puisse venir de l’extérieur, le recevoir comme un don et le transmettre, en rendre grâce, être dans la logique du bien à tout instant, se réjouir que le bien se fasse, y contribuer, encourager les autres, c’est éduquer pour que finalement le royaume de Dieu advienne et que ce bien qui est éternel soit fait de plus en plus. Nous savons de toute façon que le seul capable de faire le bien, c’est Dieu à travers son Eglise ou à travers bien d’autres médiations qui dépassent totalement notre compréhension. 

Alors, écoutons ceux qui font le bien même s’ils ne sont pas des nôtres et apprenons d’eux comment faire le bien sachant que nous avons une responsabilité en plus parce que nous avons plus reçu en recevant le baptême et les autres sacrements.

Amen 
 
Père Emmanuel GOBILLIARD


Emmanuel Gobilliard
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