Homélie prononcée le dimanche 28 juin par le Père Emmanuel GOBILLIARD



Magnifique Evangile que nous propose la liturgie aujourd’hui ; Un Evangile éminemment  symbolique et quand j’emploie le mot symbolique j’imagine qu’il y a la moitié de l’assemblée qui va penser : « mais non, cela s’est bien passé ainsi » et l’autre moitié, qui dira : « effectivement les miracles sont des symboles, il a bien raison. »

Symbolique ne signifie pas que cela ne s’est pas passé, au contraire.

Le véritable symbole c’est le symbole réel, c’est celui qui est offert et donné par Dieu, qui voit toute chose et qui fait l’unité dans la perfection. Tous les évènements qui se déroulent autour de nous, le Seigneur s’en sert et Jésus dans l’Evangile va utiliser chaque élément humain, réel, pour lui donner une dimension universelle, pour porter son enseignement bien au-delà de ceux qui le reçoivent dans la synagogue ou autour de Jésus.

Cet Evangile est éminemment symbolique parce que nous avons deux récits imbriqués l’un dans l’autre. Éminemment aussi symbolique parce que, nous avons là plusieurs inclusions.

Qu’est qu’une inclusion ?

Pour vous donner un exemple, prenons le psaume : « Jeunes et Vieux se réjouiront ensemble ».

Cela ne veut pas dire que les jeunes dansent avec les vieux, cela veut dire tout les âges se réjouiront, on prend les deux extrémités d’une réalité, jeunes et vieux pour figurer que la totalité est impliquée.

Ici nous avons plusieurs inclusions. D’abord une inclusion sociale, nous avons un chef de synagogue qui a une grande dignité et qui va être exaucé en même temps que cette pauvre femme.

Une inclusion des générations, une jeune fille de douze ans va être guérie ainsi que cette pauvre femme âgée. Cet évangile est donc pour toute l’humanité. Et cet aspect universel est renforcé par le fait que nous rencontrons à deux reprises le nombre « 12 ». Vous avez remarqué que l’on nous dit que cette femme perd beaucoup de sang depuis douze ans, douze ans de souffrance, et on nous dit plus loin : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi. Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, elle avait douze ans. » Douze est le nombre de la totalité, de l’universel.  

Il y a aussi comme une forme d’inclusion des expériences de la vie : douze ans de souffrance d’un côté, douze ans d’épanouissement d’un enfant, de l’autre. A travers cet Evangile, Jésus nous dit une chose très importante : tout le monde peut avoir accès à Jésus.

Jeunes, vieux, riches, pauvres, malades, bien portants, cet Evangile est pour tous, nous y avons tous accès selon un mode que nous découvrirons à la fin mais par des moyens que le Seigneur nous indique à travers l’exemple de ces personnes qui l’entourent.

D’abord par le moyen de l’humilité. Jaïre est chef de synagogue et il se met à genou devant Jésus, il s’abaisse lui qui a une position sociale très importante, qui a une dignité à préserver devant la foule qui entoure Jésus ; mais il se met à genou. L’humilité est l’une des conditions pour recevoir les dons que le Seigneur veut nous faire, c’est un cri vers Dieu, qui dit : « Seigneur, j’ai besoin de toi. Je ne peux me sauver par moi-même, je ne peux pas me sauver de la mort par moi-même, je ne peux pas me sauver de mon péché par moi-même ».

Humilité à laquelle succède une attitude assez curieuse de Jésus : il ne dit rien.

Jésus ne dit rien. Cela signifie que Jésus agit, qu’il parle ou qu’il se taise. Parfois dans la prière, dans l’oraison, nous faisons l’expérience du silence de Dieu. Le silence ne signifie pas qu’il n’agit pas. A d’autres moments nous avons comme un écho de sa parole, soit dans la liturgie soit à travers une lecture, soit à travers une expérience personnelle : le Seigneur parle avec la jeune fille mais il se tait avec le chef de la synagogue. A la dame malade, le Seigneur va adresser une parole presque rude. Imaginez la foule qui entoure Jésus, une foule qui l’entoure, qui le presse, qui le touche et il dit : « Qui m’a touché ? ». Evidemment tout le monde le touche. Dernière ce mot, notre français le rend bien, ce n’est pas seulement le corps mais c’est aussi le cœur qui est touché : quelqu’un m’a touché par sa foi, par son humilité (voici un élément commun entre Zaïre et cette femme) et Jésus va se retourner et il dit : « Qui m’a touché » et Jésus reprit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal.

C’est très important ce dialogue de Jésus avec cette femme. On ne peut pas toucher Jésus sans qu’il se retourne. Cela signifie que je ne peux pas obtenir de lui une grâce sans entrer en relation avec lui. Le Seigneur désire une relation personnelle. Cela exclut toute superstition qui exclurait Dieu lui-même comme s’il me suffisait de faire un geste discret surtout sans rien dire au Seigneur et sans entrer en relation avec lui pour recevoir une grâce. La grâce, elle vient de la relation. Le Seigneur ne donne pas au niveau du corps, une guérison sans établir une relation au niveau du cœur. Jésus à travers cet exemple aussi nous indique qu’il est le chemin. Cette femme le touche, Jésus se retourne, cette femme est sauvée.

A travers ces deux exemples dans l’Evangile, nous voyons la puissance de Jésus qui agit de différentes manières, puissance sur la création, puissance sur la mort, la maladie et sur le péché. Jésus est la vie, le chemin. Cette puissance de Dieu est mise en valeur par le fait que dans l’Evangile on nous dit : « Elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré. »

Il y a comme une limite à la science, une limite aux efforts de l’homme, une impuissance de l’humanité et cette impuissance se manifeste de façon plus criante face à la mort.

Impuissance des hommes d’un côté et en même temps, n’importe qui accède à Jésus, c’est le sens de ces inclusions : jeunes, vieux, pauvres, riches, malades, bien portants, tout le monde a accès à Jésus : il y a comme une opposition entre l’impuissance des hommes face à la mort et l’universalité de l’accès à Jésus.

Il suffit d’avoir la foi. Il suffit de croire et comme je l’ai dit, cette foi implique une relation. La foi ce n’est pas croire que Dieu existe, cela implique que Dieu existe mais cela ne suffit pas.

Avoir la foi, c’est l’entretenir, c’est avoir une relation avec Jésus, c’est lui parler, c’est crier vers lui, c’est le toucher. Nous pouvons toucher Jésus.

Aujourd’hui par le mystère de l’Eglise, le Seigneur nous donne la grâce de pouvoir le toucher par les sacrements. Quel mystère considérable !

La présence de Pierre, Jacques et Jean dans cet évènement figure symboliquement le mystère de l’Eglise. C’est un enseignement nouveau donné à l’Eglise, une présence nouvelle à Jésus, une attention nouvelle à chacun car nous pouvons nous poser cette question : « Pourquoi cette femme a été guérie ? » et moi ? Aujourd’hui le salut est ouvert à tous pour une guérison plus importante : celle du cœur, guérison de la relation, du péché, et de la mort.

J’aime beaucoup la façon dont Jésus va figurer symboliquement la résurrection, c’est un symbole très fort de notre propre résurrection. « Il saisit la main de l’enfant », ce n’est plus l’enfant qui va toucher Jésus, elle ne peut plus, elle est morte, c’est maintenant Jésus qui va toucher cette jeune fille. Le geste de la femme malade, Jésus le reprend à l’égard de la jeune fille 

Lorsque nous sommes dans une telle détresse, Dieu peut encore aller vers nous pour nous toucher. Il prend cette jeune fille par la main et lui dit : « Talitha koum » ce qui signifie : « Gazelle, lève-toi. » Un peu d’humour de la part de Jésus, derrière l’expression « gazelle », nous voyons un geste de tendresse et d’affection ainsi que ce mouvement un peu explosif dans ce terme : gazelle ; cette jeune fille pleine de vie va renaitre pour une vie encore plus active. N’imaginons pas que le ciel ce soit une passivité, le ciel est une activité, activité de la relation, le lieu par excellence de la relation et de l’amour. Courons comme une gazelle au devant de celui qui nous donne la vie. 

« Jeune fille, je te le dis, lève-toi. » puis il leur dit de la faire manger. 

 Humanité profonde de Jésus qui est attentif à toutes les souffrances, attentif à tous les âges de la vie, à toutes les conditions sociales pour nous manifester qu’il est attentif à chacun de nous ; relation personnelle que nous pouvons vivre aujourd’hui dans l’Eucharistie. Jésus vient pour que nous le touchions parce qu’il est le chemin, la vérité et la vie et qu’il nous donne les moyens d’avoir accès à lui et qu’il nous donne la possibilité d’être relevés, guéris et sauvés par lui. Amen.

 

Père Emmanuel GOBILLIARD


Emmanuel Gobilliard
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