Homélie prononcée le dimanche 29 novembre par Mgr Giordano



Chers frères et sœurs, cher recteur et confrères, je suis vraiment heureux de pouvoir célébrer cette Eucharistie avec vous. La rencontre avec votre ville et surtout avec votre communauté, avec la Maîtrise était pour moi, une découverte très belle.





Le Puy est le point de départ de la plus ancienne route conduisant à Compostelle : la Via Podiensis. Le Puy a une vocation européenne évidente et très actuelle. Je travaille maintenant au conseil de l’Europe à Strasbourg et la Via Podiensis a été la première à être classée par le conseil de l’Europe comme itinéraire culturel européen afin d’être un exemple de chemin qui a bâtit l’Europe et qui continue à la bâtir.





Nous célébrons le premier dimanche de l’Avent, c’est le point de départ d’un nouveau chemin, une nouvelle recherche. C’est intéressant que dans le psaume que nous avons prié contient plusieurs fois le mot : voix, « Seigneur, enseigne moi tes voies, fais moi connaitre ta route … lui qui montre aux pécheurs le chemin, il enseigne aux hommes son chemin, les voies du Seigneur sont amour et vérité ». Pour ce dimanche de l’Avent le Seigneur nous ouvre une nouvelle route.





La parole de Dieu nous ouvre l’horizon pour notre semaine et c’est important d’avoir toujours un horizon ouvert. Quelquefois devant un problème, une question, nous avons cette attitude :  Nous avons des problèmes, nous considérons nos problèmes, nous les confrontons, nous en discutons et nous voulons résoudre les problèmes. La parole de Dieu nous aide à nous éloigner un peu de nos problèmes en prenant de la distance. Le problème reste mais il y a encore la possibilité de voir que le problème n’est pas l’unique chose.





Quand je vois cette Cathédrale merveilleuse, nous sommes dans une grande histoire, une grande tradition. Combien de visages, de personnes ont été dans l’histoire de cette Eglise. Nous sommes dans cette tradition de foi, de souffrance, d’espoir, nous sommes ensembles et je vois à travers ce vitrail encore de la lumière. La parole de Dieu nous ouvre l’horizon pour toutes les questions que nous devons vivre.





Dans la première lecture, un grand croyant, Jérémie, nous a parlé d’une promesse du bonheur, de la justice, de cet homme qui naît et qui porte la délivrance, la sécurité et la justice. « Le Seigneur est notre justice ». Nous avons souvent l’impression qu’il n’y a pas de justice mais il y aura une justice. Ce premier dimanche de l’Avent, c’est une naissance, celle de NOEL du Seigneur qui a abandonné les cieux pour venir entre nous. Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur a vécu une incarnation, c’est le mystère du christianisme et nous vivons dans cet horizon de Dieu qui est venu entre nous et qui est avec nous.





Dans l’Evangile, nous avons la preuve d’une autre ouverture de l’horizon : l’Evangile parle du fait que le Seigneur viendra pour nous, la promesse du fils, ce sera à la fin du temps, il y aura un moment où ce sera la fin de l’histoire ou ce sera la fin de notre histoire et pour nous la fin de notre histoire est notre mort.


C’est pour cela que l’Evangile parle d’évènements tragiques. Ils toucheront la nature, le ciel, le soleil, la lune, les peuples, l’histoire, et pour nous personnellement ce sera l’évènement de la mort. L’Evangile nous dit : « Vous ne serez pas seuls », il viendra Jésus Christ, le fils de l’homme.





Le Christ ne nous abandonne pas. Il y a le mal et le péché dans le monde mais le Christ viendra pour nous ressusciter pour nous dire le dernier mot : c’est la résurrection.


Dans les années 1980, j’ai visité pour la première fois un camp de concentration : Dachau, un enfer. A mesure que nous traversions les salles du musée qui témoignent des atrocités de l’holocauste, le silence descendait en nous. En sortant du musée, la jeune fille qui m’accompagnait m’a demandé : « Où était Dieu quand ces choses se sont passées ? ». Je n’ai pas essayé de lui répondre. Nous sommes sortis dehors, sur l’esplanade du camp où se trouvaient autrefois les baraques des déportés, et nous avons parcouru en silence cet espace immense. Le bruit de nos pas sur ces graviers blancs résonne encore dans mes oreilles. Nous sommes entrés dans le monastère de clôture qui s’élève maintenant à l’extrémité du camp et nous avons récité l’office du milieu du jour. Il était midi, on était vendredi, et le premier psaume avait pour introduction : « Sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ». Venait ensuite le psaume 22, qui commence par la phrase : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », le psaume du Christ en croix. Je me souviens que cette jeune fille et moi : nous nous sommes regardés pendant un instant. Nous n’avons rien dit, mais nous avons compris où Dieu était quand ces choses se sont passées : Dieu était crucifié à Dachau.





Nous devons avoir confiance au Christ crucifié ; nous devons ouvrir les yeux pour reconnaitre la présence de Jésus Christ crucifié et abandonné. Sur la Croix, le fils partage les larmes et l’obscurité de l’humanité, et il assume en lui la douleur et les ténèbres jusqu’au don de sa vie. Le fils a rejoint l’humanité là où elle est. Si l’Europe a cédé à la tentation de d’éloigner de Dieu, le Fils n’a pas abandonné l’Europe, mais l’a rejointe au cœur de cet abîme. Sur la croix, il a fait l’expérience de l’abandon du Père, pour pouvoir prendre sur lui l’abandon que vit l’homme européen. Le Christ a déjà donné sa vie pour notre Europe. Il nous faut avoir les yeux pour reconnaitre sa présence crucifiée dans toutes les douleurs, les nuits et les trahisons que nous vivons. Dieu n’est pas absent mais présent et crucifié.


Le Christ qui est venu à NOEL entre nous, c’est aussi le Christ ressuscité. Pour reconnaître entre nous la présence du Christ ressuscité, il est avec nous avec sa parole, avec l’Eucharistie, dans notre communauté. Je suis touché par le Christ ressuscité quand le Christ nous dit « je te précède en Galilée ».


Quand j’ai été à Moscou, à Lisbonne, je me rappelle souvent cette phrase. Le Christ me précède à Moscou, à Rome, etc  quand je suis venu hier au Puy je me suis dit aussi :  le Christ ressuscité me précède et je l’ai rencontré à travers la maîtrise, la musique, l’accueil.


Aujourd’hui le Christ ressuscité nous précède en Europe, dans la vie de nos familles, dans notre vie personnelle et c’est vraiment une chose de confiance.





Pour terminer, la parole de Dieu nous dit chaque semaine avec le Christ qu’est ce que nous devons faire, l’Evangile nous dit : « Tenez vous sur vos gardes, restez éveillés et priez en tout temps et Saint Paul nous dit : « Entre vous et à l’égard des hommes, vous devez avoir un amour de plus en plus intense et débordant, vous avez appris de nous comment faire, il faut conduire à Dieu, faites donc de nouveaux progrès, nous vous en prions »





La veille des funérailles de Jean-Paul II, me trouvant déjà à Rome, je suis allé au Vatican pour voir si je pouvais aller prier devant le cercueil du Pape. Je me trouvais devant la porte Sainte-Anne quand une jeune fille noire est venue me voir en me disant : « Emmène-moi vers le Pape ! ». J’ai souri et je lui ai répondu : « Il y a près de deux millions de personnes qui voudraient voir le pape et je ne pourrai probablement pas entrer moi non plus ». Elle a insisté : « J’aime beaucoup le Pape, je voudrais le voir, et je ne peux plus faire la queue. Vous pouvez me faire entrer ! ». J’ai été surpris par sa naïveté et par sa foi en moi ! Je lui ai dit, à elle et à son amie de me suivre. Je suis citoyen du Vatican, alors ! Nous avons pu entrer dans la basilique en franchissant les contrôles des gardes suisses. A la fin, elles m’ont remercié avec émotion. Je leur ai dit : « Peut-être ne nous rencontrerons nous plus sur cette terre, mais nous pouvons nous donner rendez vous au paradis ». Elles m’ont regardé avec surprise et joie et m’ont répondu : « Alors, au revoir au paradis. Vous, vous irez certainement au paradis à cause du cadeau que vous nous avez fait aujourd’hui ».


Le chemin que nous commençons aujourd’hui avec l’Avent, c’est le chemin qui a pour horizon l’éternité, le paradis. Bonne semaine.





Amen





Mgr Aldo GIORDANO






Maryline Reymond
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