Homélie prononcée le dimanche 30 mai par Père Emmanuel Gobilliard



Homélie prononcée le dimanche 30 mai par Père Emmanuel Gobilliard
Nous célébrons le mystère de la Sainte Trinité, mystère qui peut nous sembler incompréhensible et qui effectivement dépasse notre pauvre intelligence. Et pourtant, Dieu est simple, Dieu est infiniment simple. Pour bien comprendre le mystère de la Sainte Trinité, pour nous permettre de le recevoir, je voudrais vous montrer que Dieu est simple en demandant à Victor, 7 ans, de venir. Il va faire une partie de la prédication.

-          « Victor, quand tu as soif, qu’est ce que tu fais ? »

-          « Je bois »

-          « Et quand tu as soif, tu bois quoi ? »

-          « De l’eau »

-          « Est-ce que tu connais la composition moléculaire de l’eau »

-          « Non »

-          « C’est ce que je voulais que tu me répondes. Merci »


Victor nous a montré que Dieu est simple et nous a fait découvrir quelque chose du mystère de la Sainte Trinité.

Quand j’ai soif je bois de l’eau. Si j’avais interrogé la moitié des hommes présents ici, ils m’auraient donnés facilement la composition moléculaire de l’eau, qu’il y a 2 atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène mais à la question si vous avez soif, qu’est ce que vous faîtes ? Beaucoup m’auraient répondu : « J’ouvre le frigo et je prend une canette de bière ! » Même si nous ne comprenons pas tout du mystère de la Trinité, vivons-en. En ce sens, les enfants comme Victor ont beaucoup à nous apprendre !

En vieillissant on devient de plus en plus compliqué, et la simplicité du fait de boire de l’eau quand on a soif doit nous faire entrer dans le mystère de la sainte trinité. Si je ne comprends pas tout du mystère de la Sainte Trinité c’est comme si je ne connais pas la composition moléculaire de l’eau, je peux quand même recevoir de la Sainte Trinité ma vie, ma croissance et mon être. Il suffit que j’ai soif, il suffit que je boive et que je boive la bonne eau. Pour vivre, j’ai besoin de boire ; j’ai d’abord besoin de boire, je n’ai pas d’abord besoin de comprendre.

Il y a un lien entre la connaissance et l’amour. Est-ce que je dois connaitre Dieu pour l’aimer ou est ce que je dois l’aimer pour mieux le connaitre ? Les deux sont vrais mais la première connaissance se fait par la confiance. La première connaissance, elle vient de mes parents qui m’ont parlé de Dieu et je leur ai fait confiance et je me suis mis à l’aimer donc à mieux le connaitre, à mieux le chercher, à mieux m’en abreuver, à mieux en vivre. Certes, la connaissance est importante mais cette première connaissance passe par la confiance. Cette confiance, il y a un autre mot pour le dire, c’est la foi. C’est la même racine.

Si j’avais posé la question à Victor : « où est Dieu ? »,  il se serait souvenu de ce que sa maman lui a dit : « Dieu est dans mon cœur ».

Si j’avais posé la question à la plupart d’entres nous, vous m’auriez répondu par des grandes phrases intellectuelles pour expliquer la présence de Dieu dans différents éléments. Une bonne réponse c’est que Dieu est présent partout où je le laisse entrer.

Dieu est présent partout où je le laisse entrer or la première responsabilité que j’ai concerne mon cœur. Dieu est donc davantage présent là où je le laisse entrer et comme c’est moi qui ai la clé de la porte de mon cœur, Dieu est davantage présent dans mon cœur, si je le laisse entrer.

Certes Dieu est présent dans la création parce qu’il est créateur, sage, qu’il ordonne les choses comme nous dit le livre de la Sagesse.

La première attitude que nous devons avoir vis-à-vis de Dieu, ce n’est pas d’abord d’analyser mais de lui faire confiance pour mieux l’aimer, pour qu’il soit présent dans nos cœurs.

C’est simple, c’est beaucoup plus difficile à mettre en pratique dans la vie quotidienne. Je peux lui faire confiance parce qu’il est présent par sa providence, sa création, parce que je l’invite dans mon cœur : il y a une présence de Dieu, une présence d’immensité dans la création, dans toute chose, il y a surtout une présence d’activité en moi lorsque je le laisse entrer : alors Dieu est présent dans mon cœur. Où sont amour et charité, Dieu est présent.

La première action que je dois avoir à l’égard de la Trinité, c’est de la laisser faire, la laisser entrer, vivre en moi, la laisser aimer en moi, la laisser s’aimer en moi et cette source est d’un dynamisme extraordinaire, source de créativité, de charité, source d’action. Cela passe par la contemplation qui n’est pas un regard stérile ; la contemplation est de faire entrer Dieu dans mon cœur. Je contemple le mystère de la Trinité pour mieux en vivre. 

Je vais essayer de vous montrer comment la Sainte Trinité peut nous aider à vivre au quotidien, peut nous aider à mieux vivre. Je contemple le Père et je vois dans l’ancien testament que le Père est l’alliance. C’est celui qui a tout crée, qui ordonne avec sagesse par le Fils, la sagesse incarné, la sagesse incréée, il fait tout par le Fils. Cela à l’air d’une phrase théorique et pourtant cela doit avoir des conséquences dans notre vie, il fait confiance et il fait tout par l’autre. La joie de Dieu est de tout faire par son Fils, dans une confiance, une collaboration totale lorsque notre orgueil nous invite à tout faire par nous même. Nous voulons croire que nous sommes seuls à pouvoir accomplir telles ou telles actions. Nous voulons croire que nous sommes les meilleurs dans tels ou tels domaines.

Le Père, la perfection, nous montre qu’il fait tout par quelqu’un d’autre, par son Fils.

La perfection, le créateur fait tout par l’autre. C’est un formidable enseignement sur la confiance, la collaboration, sur le fait de se décharger sur les autres, de collaborer et c’est très difficile. La collaboration est ralentie par notre orgueil et notre vanité qui nous recentre sur nous-mêmes ; pour collaborer il faut être décentré.

Qu’est ce qui nous décentre ? : L’amour. Le Père aime le Fils d’un amour infini.

Il fait tout par le Fils. Il y a un lien profond entre l’amour et l’action, entre la confiance et la collaboration. Le mystère de la Trinité peut nous parler concrètement. 

La joie du Père est de se donner en son Fils. L’humilité de Dieu, qu’est ce que c’est ?

Ce n’est pas se dévaloriser. Comment Dieu pourrait se dévaloriser puisque c’est la valeur par excellence, lui qui est la perfection, impossible donc qu’il se dévalorise. L’humilité, c’est de se valoriser à travers l’autre que j’aime. Voilà ce que nous apprend le Père ; Donc l’humilité est loin d’être un abaissement, c’est un enrichissement. On comprend mieux le mystère de la Trinité. Un seul Dieu, la totalité de la divinité est dans le Père et pourtant le Père se donne totalement au Fils, donc sa divinité aussi ; Il fait tout par le Fils et lui fait confiance. La clé c’est l’amour et nous sommes invités non pas à être le mystère de la Trinité mais à en vivre dans la vie quotidienne. Aimer, faire confiance, voilà la clé de l’humilité et de la véritable pauvreté.

Je regarde le Fils maintenant.

Dans l’Evangile, le Fils parle du Père en permanence, il rend gloire au Père, il rend tout au Père, il offre tout au Père, c’est le mystère de la Croix, de la Passion. « Qui me voit, voit le Père ». Il aime lui aussi d’un amour infini et cette divinité qu’il reçoit du Père, il l’offre à nouveau : magnifique échange, dialogue, partage. Encore une clé pour mieux vivre. Partage du cœur, de ce que j’ai reçu, ce que je suis, souvenez vous de la Parabole des talents.

« Qu’as-tu que tu n’aies reçu », si tu l’as reçu alors transmets le, quelqu’un d’autre le recevra ».

Le Fils parle du Père. Je donne un exemple que l’on peut adapter à la vie conjugale.

Parler de l’autre qu’on aime, là aussi c’est un beau signe d’humilité, on a tellement tendance à parler de soi, de ce qu’on a fait de bien, on oublie parfois de parler de l’autre ; pourtant en parlant de l’autre, je me valorise moi-même, c’est très intelligent de parler de l’autre car en parlant de l’autre que j’aime, je parle de ce que je lui ai donné, de ce que l’autre a reçu. En valorisant l’autre avec humilité, je mets en valeur deux personnes, l’autre et moi-même.

Si je ne parle que de moi-même, je dévalorise l’autre et je me dévalorise moi-même aux yeux des autres.

L’amour est très intelligent et dans la relation conjugale, on doit apprendre à vivre de la Trinité, ce n’est pas compliqué, il faut parler de l’autre comme Jésus a parlé de son Père. Apprendre à recevoir de lui, apprendre à dialoguer, à échanger, à aimer tout simplement. La Trinité n’est pas compliquée.

L’Esprit Saint, nous l’avons vu à travers la fête de la Pentecôte,  prépare, dispose : il prépare une demeure pour le Fils, c’est le mystère de l’Annonciation. Il prépare une demeure pour la Trinité toute entière. « Nous habiterons chez lui, nous ferons en lui notre demeure ». L’Esprit Saint dispose notre cœur pour que nous ayons soif, pour que nous appelions Dieu, pour que nous l’invitions. L’Esprit Saint dispose notre cœur pour que nous soyons prêts à recevoir l’eau vive. J’ai soif, je bois de l’eau.

L’Esprit Saint dispose mon cœur, il creuse en moi la soif pour accueillir l’eau vive comme disait Jésus à la Samaritaine. L’eau vive de la grâce, du baptême, de la vie, tout simplement, de la vie spirituelle en moi. L’Esprit Saint m’apprend à savoir où sont les priorités dans ma vie, ma vie spirituelle, mon amour : mon bonheur c’est d’aimer et d’être aimer ! Qui va me donner d’aimer et d’être aimé sinon  celui qui m’aime infiniment et qui me l’a prouvé, Dieu, par le Fils.

L’Esprit Saint est la liberté, prépare la liberté à recevoir l’infiniment grand en creusant en nous la pauvreté, pauvreté de tout recevoir de l’autre, tout rendre à l’autre, de rendre hommage à l’autre, de parler de l’autre, de nous décentrer de nous même pour mieux accueillir le Fils et par lui, le Père.

L’Esprit Saint va nous aider dans la vie quotidienne à parler de l’autre, à l’aimer, le servir, à l’accueillir, à dialoguer avec lui, à lui faire confiance, à agir aussi à travers l’autre.

Il y a un lien profond entre l’humilité et la grandeur de Dieu, l’infiniment grand, celui qui est parfait et qui dépasse toutes choses…il fait confiance ! Il donne tout au Fils. Pour vivre comme un enfant qui sait où trouver de l’eau quand il a soif, pour vivre, recevons en nous celui qui nous fait vivre, notre eau vive, Dieu Père, Fils et Saint Esprit. Amen

Père Emmanuel GOBILLIARD



Maryline Reymond
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