Homélie prononcée le dimanche 5 septembre par Mgr Henri Brincard



Je vois parmi nous de nombreuses consacrées que je salue avec reconnaissance car notre diocèse doit grandement à leur grâce d’apostolat.

Je salue tous les jeunes parmi nous et qui font l’expérience d’une proximité avec Jésus à travers le service de la liturgie.

Je suis heureux également que notre assemblée ait une dimension catholique, universelle. Je salue tous les confrères et plus spécialement les confrères de Malte, n’oublions pas que Benoit XVI y a fait un voyage apostolique, c’est une île qui a beaucoup à nous apprendre, qui est dynamique à travers ses communautés chrétiennes. 
 

Chers amis, nous venons d’attendre des paroles fortes. L’Evangile, ce n’est pas de l’eau tiède, c’est une eau très chaude dont nous avons besoin, une parole exigeante bien que toujours pleine d’amour pour nous, mais l’amour vrai est exigeant. Souvenons-nous en pour nous-mêmes avant de le dire aux autres.  

La parole de Dieu nous pose la question : Qu’est-ce que la liberté ?

La liberté pour quoi faire ? La réponse nous est donnée par les enseignements de la parole de Dieu. Nous exaltons la liberté et c’est vrai qu’elle est, pour nous chrétiens, un grand don de Dieu mais quel est le sens de cette liberté ? 


Tous les jours quand je suis auprès de cette Cathédrale, j’ai le bonheur de célébrer la messe des pèlerins à 7h du matin, une messe très fréquentée puisqu’il y a entre 80 et 100 pèlerins chaque jour qui partent à Saint Jacques de Compostelle et quant je les interroge sur la belle expérience qu’ils vont faire sur la route, ils me disent : « Nous cherchons un sens à notre vie et nous devons prendre le temps pour y réfléchir à travers une expérience que nous espérons positive. Le sens de la vie suppose le sens de la liberté. Nous savons que la liberté est un pouvoir pour orienter nos choix en fonction d’une finalité, c'est-à-dire finalement il y a un bien dont la possession nous assurera éternellement le vrai bonheur.

Une liberté sans finalité me fait penser aux gouvernails de bateau qui n’ont plus de pilote et qui sont des gouvernails qui vont d’un côté puis de l’autre, c’est souvent le signe non équivoque que le pilote est tombé à l’eau et que le bateau s’en va vers un naufrage. 

Chers amis, où allons nous trouver ce bonheur que nous cherchons tous obscurément ou explicitement ? Ce bonheur suppose la possession d’un bien et où est ce bien ?

Voilà la première question. 

L’intelligence peut nous aider à comprendre qu’il y a des biens relatifs et un bien plus important que ces biens relatifs. Par exemple, l’amitié vraie nous fait découvrir qu’il y a un bien plus grand que les biens nécessaires mais relatifs et très certainement les époux font l’expérience que l’autre est un grand bien et que le plus grand des bonheurs est de le rendre heureux mais la foi qui est une lumière vient au secours de la raison, à la fois en l’assistant c'est-à-dire en permettant à la raison de réfléchir pleinement et en même temps en ouvrant à la raison des horizons insoupçonnés ceux que Dieu nous a révélé en son fils.

La foi nous fait découvrir le bonheur que Dieu veut pour nous, ce bonheur que le Christ est venu nous apporter sous ce beau nom qu’il faut réhabiliter aujourd’hui, un salut.

C’est un mot un peu banni de notre vocabulaire. Vous et moi nous avons besoin de ce salut que Jésus nous apporte. Un salut c'est-à-dire une délivrance. Regardons notre cœur avant de regarder celui des autres et en même temps regardons ce bien extraordinaire qui va combler notre cœur. Jésus se présente devant les hommes comme celui qui peut seul offrir ce salut, cette délivrance et ce bien immense que Dieu veut pour nous et qui dépasse ce que l’œil a vu et ce que l’oreille entend. Cette délivrance, nous comprenons que toutes les médecines du monde, si utiles qu’elles soient, il faut les respecter dans leur ordre propre, ne peuvent pas nous la donner même s’il elles peuvent contribuer à des bonheurs qui ne sont pas négligeables et donc la vrai question est quel est ce bien ?

C’est d’être auprès du Père, dans la lumière du Fils sous le souffle de l’Esprit Saint et pour toujours. Ce bonheur commence ici bas. Ce n’est pas un bonheur qui faut imaginer, c’est un bonheur que nous expérimentons déjà si nous suivons le Christ et à partir du moment où nous suivons le Christ, nous découvrons de plus en plus ce bonheur immense qu’il nous propose et nous le voulons pour les autres. Si nous désirons le salut pour nous même, nous le voudrons pour les autres et Jésus nous le rappelle à travers une parole forte : « Aime ton prochain comme toi-même », veux pour toi, ce que tu voudras pour les autres ! Alors sortons de cette fausse problématique qui consiste à dire que lorsqu’on pense à son salut on est égoïste, c’est une sottise de dire cela. L’amour c’est vouloir pour les autres ce que voulons comme le plus grand des biens, non seulement le vouloir mais y contribuer selon la mesure de nos forces. Et si, pour nous, le salut n’est pas le plus grand bien, qu’est ce que nous allons vouloir pour les autres. Il n’y a aucun égoïste à vouloir être heureux : en voulant être heureux, nous rendons les autres heureux. 

Il y a des fausses problématiques aujourd’hui. On a tendance à critiquer les anciens en disant qu’ils ne pensaient qu’au salut et qu’ils étaient des égoïstes et bien non, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas en critiquant le passé que nous regardons mieux le présent et l’avenir. C’est en nous souvenant de ce en quoi le passé peut nous aider et comment il peut nous aider que nous vivons mieux le présent et que nous préparons mieux ainsi l’avenir. Si le plus grand des bonheurs c’est le salut que Jésus est venu nous apporter et que nous découvrons dans la foi immédiatement nous comprenons que suivre le Christ, devenir son disciple c’est le chemin du bonheur et être ses disciples, ce n’est pas dire de belles paroles c’est le suivre très concrètement.

Nous comprenons aussi que nous avons besoin du Saint Esprit pour, non seulement découvrir sans cesse parce que ce n’est jamais fini le bonheur que Jésus nous propose, mais aussi pour que nous ayons le soutien dont nous avons besoin et que Jésus nous donne lui-même pour le suivre. La Sagesse de Dieu est insondable, nous avons besoin du Saint Esprit et le chemin que Jésus nous propose, qu’il incarne lui-même, dépasse notre entendement ; alors une fois que nous sommes convaincu de tout cela, quels sont les moyens concrets par lesquels nous allons suivre Jésus ? Mon index n’est pas tourné vers vous mais vers moi. Préférez le Christ en tout, vous imaginez, hélas j’ai beaucoup de progrès à faire pour que cela soit vrai de moi.

Préférez le Christ en tout. Celui qui aujourd’hui peut le dire, qu’il sorte s’il n’a pas besoin du Christ. 

Jésus nous dit que dans les amours humains, nous pouvons mettre une idolâtrie c'est-à-dire mettre celui que nous aimons à sa place, le père, la mère, l’époux, l’épouse, il prend des exemples extrêmement fort parce que, au niveau naturel, ce sont des amours très forts et légitimes quand ils sont pleinement ce qu’ils devraient être.

Il faut le préférer à notre vie : concrètement ne jamais rougir de lui, accepter les difficultés et les épreuves en lui restant fidèle. Le bien le plus difficile à offrir à Jésus pour le préférer en tout, c’est l’honneur, c'est-à-dire ce que les autres pensent de nous. Le qu’en dira Dieu est bien plus important que le qu’en dira-t-on mais c’est facile à dire mais très difficile à vivre et nous avons besoin du St Esprit pour nous y aider à le préférer en tout.

Deuxième exigence pour être son disciple : porter sa croix pour marcher derrière lui car il ne suffit pas d’admirer Jésus il faut l’imiter. Ce salut inouï qu’il nous propose est passé par la croix, une croix glorieuse comme celle au dessus de l’autel toute éclairée de lumière, lumière de sa résurrection. La croix est le signe de la victoire de l’amour, c’est le signe que, ce que Jésus nous a proposé, il nous l’a obtenu à la croix, une croix qui est pour nous un signe de victoire, de triomphe et donc un signe d’espérance mais voilà Jésus nous dit : « tu me remercie pour ma croix mais je vais te dire un mot à travers elle. Cela devient autre chose. Oui si tu veux être conforme à moi et c’est cela l’amour, tu dois aussi porter ta croix chaque jour mais reçois la croix comme signe de la communion et de mon désir d’union avec toi ». 

Chers amis, la croix c’est la victoire de l’amour, c’est le lieu de l’alliance entre Dieu et les hommes, c’est le chemin qui nous unit au Christ et par là même nous unit à nos frères et c’est ce que nous fait comprendre la première lecture de ce jour. Saint Onésime, je l’invoque souvent. Il est extraordinaire, il est esclave selon la condition humaine mais Saint Paul lui a donné le salut, c’est pourquoi Saint Paul osera dire qu’il est devenu une part de lui-même tellement le bien que je lui ai communiqué de la part du Christ c’est le bien que je me souhaite et que je dois servir. 

Pour conclure, chers amis nous formons une belle assemblée. Saint Paul nous rappelle qu’être catholique c’est regarder chacun comme un frère bien aimé, un frère qui a reçu ce salut, auquel nous souhaitons ce salut, un frère tout proche de nous dans cet amour qui nous unit et qui vient du Christ. Concrètement pendant cette semaine qu’allons nous faire pour ne pas nier la condition sociale mais pour la dépasser. Le christianisme a changé le monde en dépassant les conditions sociales, il n’est pas révolutionnaire dans le sens qu’il ne les a pas bousculées mais il les a dépassées ; ce qui frappait les païens des premiers siècles, c’était de voir des hommes et des femmes si différents, qui ne niaient pas leurs différences mais qui n’en faisaient pas l’objectif de leur vie.

C’est cela que nous devons faire aujourd’hui quand on nous demande comment évangéliser le monde, évangélisons-le par notre unité dans la diversité, unité qui purifiera les diversités, qui les ordonnera et en même temps, nous montrera ce qui nous unit profondément, l’amour de Jésus Christ.

Je m’arrête maintenant car je vois quelqu’un qui regarde sa montre.

Je voudrais vous dire cette phrase magnifique que j’ai entendu en Afrique, un enfant qui demande à quelqu’un : « As-tu une montre ? » la personne lui dit, « Oui j’ai une montre », l’enfant lui répondit, « Toi, tu as une montre mais nous nous avons le temps ». 

 
Amen

Monseigneur Henri Brincard

 


Maryline Reymond
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