Homélie prononcée par Monseigneur Brincard le 24 décembre, veillée de Noël



Chers amis, nous voici rassemblés pour célébrer la fête de Noël. 


Si nous évoquons nos souvenirs, la réponse sera belle mais sera-t-elle suffisante ? 


Nous évoquons en effet Noël comme des souvenirs émouvants, nostalgie bien compréhensible et pourtant Noël c’est plus que des souvenirs. En nous promenant, nous verrons les magasins qui nous proposerons des cadeaux. C’est bien mais NOEL, c’est le grand cadeau.



En entrant dans cette Cathédrale, vous avez sans doute déjà remarqué la crèche et vous êtes peut être venu la regarder en famille ; c’est bien, mais en regardant la crèche, deux questions surgissent inévitablement qui vont nous aider, avec la grâce de Dieu, à entrer dans le mystère de NOEL. 


La première question : « Mais qui donc est cet enfant ? » 


Pourquoi sa naissance apporte au monde tant de joies depuis 2000 ans. Une joie qui est vécue sur toute la terre, qui donc es-tu ? 


La deuxième question liée à la première, est de savoir qui nous donne cet enfant, en un mot, qui est Jésus ? 


Chers amis, la joie de Noël et la paix sont liées aux réponses que nous donnons à ces questions. Oui qui est Jésus ?



 Pour mesurer l’importance de la question, souvenons nous que pendant des siècles, les hommes ont cherchés un sauveur, quelqu’un capable de changer leur cœur. Cette question demeure actuelle :  qui peut changer mon cœur ? , qui peut lui donner profondément la paix ? 


Chers amis, si vous êtes venus ce soir, poussés mystérieusement par une force qui est plus grande que toute habitude, c’est bien parce que dans nos cœurs nous recherchons la joie et la paix.



Voilà que Jésus se présente à nous comme celui qui peut nous donner cette joie et cette paix.



Il se présente comme le messager de Dieu, il se présente comme le Sauveur qui apporte le salut de Dieu, cela signifie une délivrance, une vie donnée. Le mot salut doit retrouver son sens profond que je viens d’évoquer.



Il me revient à la mémoire un souvenir déjà évoqué il y a quelques jours. 


Au début de mon épiscopat, je me rendais à Yssingeaux ; après le pont de Bessamorel, il y a un tournant et voilà que je fus doublé par une voiture allant très vite et allant se fracasser dans le tournant car elle n’a pas pu négocier sa vitesse. Je suis arrivé sur les lieux et heureusement que les pompiers, rapidement alertés, arrivèrent aussi car dans la voiture renversée on entendait une voix : « Sauvez-moi !» et là, le mot salut par rapport à notre vie physique prenait tout son sens. Notre cœur a besoin de salut. Nous expérimentons le mal et parfois il nous parait écrasant et nous le commettons aussi ; alors, qui peut changer mon cœur ?



Si c’est l’homme qu’est ce qu’il attend pour le faire ? Jésus se présente à nous comme l’unique sauveur ; c’est lui qui va nous délivrer d’une prison, celle de notre orgueil, et qui va en même temps nous donner une vie extraordinaire : la vie même de Dieu !



 Chers amis, je voudrais tant que ce soir, tout ce que je vous dis, de manière insuffisante et maladroite, ne soit pas des mots mais des questions. 


Ce salut que Jésus apporte est universel. Tous les hommes sont concernés et nous, les premiers.



Qui donc est celui qui a l’audace de se présenter comme ce sauveur que finalement des hommes attendent et aujourd’hui encore désirent ? 
 

Chers amis, ce petit enfant dans la crèche, c’est Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux, c’est Dieu qui est venu en son Fils et c’est le Père dans le mystère de la vie trinitaire qui nous donne son Fils. Dieu est amour, si on me demande qu’est ce que le christianisme a apporté comme révélation sur Dieu, il faut répondre : Dieu est amour !



Je ne peux pas le découvrir par moi-même, c’est Jésus lui-même qui est venu nous révéler le secret de Dieu. Le Père, tout l’amour donné et le Fils, tout l’amour reçu, le Saint Esprit tout l’amour échangé : trois personnes, un seul Dieu. Dans ce petit enfant, c’est cet immense mystère qui vient vers nous dans le Fils. Voilà pourquoi la crèche n’évoque pas seulement un évènement passé mais un évènement qui a toujours aujourd’hui une grande importance. Dieu s’est rendu visible à nos yeux. Dans notre cœur, il y a comme une surprise, un désir qui se réveille s’il est assoupi.



Jésus nous sauve de l’aveuglement du péché et comment ? 


Dieu a prit notre nature humaine en son Fils et voilà le mystère que nous célébrons aujourd’hui. Dieu a uni notre nature à la sienne. En avait-il besoin ? Non. 
 

Pourquoi est-il venu ? Par amour pour nous, pour nous ramener à lui, pour que nous vivions en communion, source d’un bonheur inouï. L’homme est fait pour le bonheur, mais le bonheur que Dieu lui veut c’est un amour immense, participation au sien et si, chers amis, il y a quelque chose de plus grand que l’amour, dîtes-le moi ! Déjà au niveau de nos relations humaines, l’amitié est une grande chose et l’amour entre l’homme et la femme, quand il est vécu en vérité, est une très grande chose, mais ce qu’il y a de plus grand, c’est Dieu lui-même venu vers nous pour nous faire participer à sa vie de lumière et d’amour. Voilà ce que Jésus est venu nous donner dans une pauvreté émouvante mais en même temps qui est comme l’écrin d’un amour pour nous, qui vient vers nous.



La pauvreté de la crèche nous dit cela à sa manière et le salut qui nous est apporté par Jésus est effectué par une offrande : Jésus a offert sa vie humaine pour que nous puissions avoir en participation sa vie divine, cette vie qui a commencé en nous dans le baptême et qui trouvera un jour son achèvement au-delà des portes de la mort.



Chers amis, une question nouvelle jaillit. Mais c’est inouï, cet évènement ? Est-il actuel pour nous, comment ? Regardez cet autel, c’est là où Noël devient actuel pour nous, c’est là où la croix vient vers nous, c’est là où le triomphe dont elle est le signe nous est communiqué. Il y a un grand Noël à chaque messe, c’est l’Eucharistie, il vient vers nous par une petitesse et une pauvreté très émouvantes. Caché derrière l’apparence du pain, il est présent comme le soleil derrière le nuage. Il vient dans la petitesse mais aussi par l’offrande qu’il a faite pour nous, il nous a donné son sang, ce qui veut dire, donné sa vie pour nous et ce don a été un triomphe manifesté par la résurrection. Ce sont les grandes vérités de la foi : Dieu est amour, Dieu est venu vers nous en son Fils, Dieu nous sauve par ce Fils qui offre pour nous une vie humaine afin que nous ayons tous la vie même de Dieu. Oh que l’Eucharistie est grande, vous n’êtes pas venu ici pour assister à un rite, vous êtes venu ici pour recevoir Jésus qui est venu vers nous par un rite.

Le premier Noël évoqué dans l’Evangile qu’il nous faut relire pour que Noël ne soit pas un évènement légendaire mais la grande entrée de Dieu dans l’histoire des hommes, ce premier Noël suivi du Noël dont je vous parle et qui est toujours actuel pour nous et qui nous donne tout, ce Noël d’aujourd’hui prépare le Noël final. 


J’ai été très ému hier car j’ai appris qu’un cousin que j’aimais beaucoup se mourrait à Paris dans un hôpital et je me disais : « Tiens Sylvain va vers le Noël éternel », en effet celui que nous aimons dans la foi c'est-à-dire avec une certitude dans le cœur, celui que nous désirons voir un jour, celui que nous aimons sous cette forme réservée à Dieu qui s’appelle l’adoration et sous cette forme qui nous donne la joie d’être le cœur de Dieu pour nos frères et qui s’appelle la charité, celui que nous aimons déjà, nous le verrons un jour.



 J’ai souvent répété, pendant ces fêtes de Noël anticipées dans les maisons de retraite ou dans la maison d’arrêt de la ville, cette histoire merveilleuse, cette femme qui avait une grande gloire celle que peut donner le talent d’une excellente actrice et qui se mourrait il y a plusieurs années d’un cancer qui l’a enlevé à l’affection des siens prématurément. Voyant sa famille et ses amis qui pleuraient, elle disait : « Ne pleurez pas, je ne pars pas, j’arrive », c’était son dernier Noël, celui que nous connaitrons soit par la mort soit par le retour de Jésus dans sa gloire comme il nous l’a promit et qui mettra fin à l’histoire des hommes afin que les hommes connaissent un accomplissement dans un bonheur inouï : voir Dieu !


Je me sens bien impuissant pour vous dire ces choses de telle manière qu’elles vous touchent, je ne peux qu’évoquer François d’Assise qui pleurait en évoquant le mystère de Noël et qui pleurait encore en voyant cette croix, signe d’un amour inouï, l’amour de Dieu pour les hommes. 


Il me faut conclure en demandant à Jésus que chacun et chacune d’entres vous, vous sentiez combien vous êtes aimés. En quittant ce monde, le curé s’Ars a eu une dernière parole : « Aimé de Dieu » plaise que cette parole aujourd’hui prenne une profondeur nouvelle pour chacun d’entres vous ; quel que soit votre chemin, vous êtes aimés de Dieu. Le soleil brille toujours, même quand les volets des maisons sont clos. Nous pouvons, hélas, dire non à cet amour mais lui nous aimera toujours. Alors, Seigneur viens dans mon cœur, Jésus viens dans mon cœur ; ta crèche, ce soir, c’est mon cœur, et la paille est la misère, il y en a beaucoup mais je te la donne. Vous savez ce que cela veut dire, être sur la paille, c’est une expression qui, le jour de Noël, a un grand sens quand on se l’applique : Jésus vient sur la paille de notre misère et il nous demande de lui donner cette paille en regardant son cœur qu’il nous donne.



 Chers amis, que ce soir, vous puissiez vraiment vivre Noël avec l’aide de la Vierge Marie qui a vécu le premier Noël :elle est la mère de Jésus, elle est celle qui nous le donne aujourd’hui.


Regardez la statue de Notre Dame du Puy, elle a retrouvé une nouvelle jeunesse mais elle tient son enfant devant elle comme pour nous dire je veux te donner mon Fils mais c’est lui qui se donne à toi. Mais où se donne t-il ? Dans l’Eucharistie. La statue au dessus de l’Autel ne doit pas nous faire oublier la présence du Christ mort et ressuscité pour que les hommes aient la vie en abondance, et c’est l’Eucharistie et mon recteur m’a dit très justement avant d’entrer dans cette célébration qu’un nouvel éclairage mettra en valeur le tabernacle là où Jésus se donne, là où Marie nous dit : « Reçois le ». 



Bon Noël à toutes vos familles, que ce soit un jour de réconciliation, que ce soit un jour de joie, de paix, la joie d’être aimé de Dieu, la paix d’être artisan de l’amour de Dieu pour les hommes, cet amour qui doit nous unir tous dans un cœur plus grand que le notre et qui élargit le notre, le cœur même de Jésus.



Amen



Monseigneur Henri Brincard



Maryline Reymond
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