Le Seigneur écoute, c’est la première chose que le Seigneur fait souvent avec nous, le prophète est cette oreille du Seigneur qui écoute son peuple. Nous voyons dans la prophétie du livre d’Isaïe que le Seigneur dit : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez !
Le Seigneur parle d’allégresse, de joie, de consolation, il peut en parler de cette manière parce qu’il a d’abord écouté le peuple : ce qu’il vit au moment où le prophète s’adresse à lui, c’est le retour d’exil. Ils ont été en captivité pendant 50 ans et ils sont revenus à Jérusalem.
Que voient-ils à Jérusalem ?
Ils voient le temple détruit, des frères qui les ont oubliés complètement, ils sont dans une grande tristesse, désillusion, détresse morale mais aussi matérielle, ils doivent s’installer et tout reconstruire. Le Seigneur leur dit : « Réjouissez-vous », c’est le signe qu’il les a écoutés : quand le peuple est dans la détresse, le Seigneur leur donne une espérance nouvelle. Lorsqu’ils sont dans la tristesse, le Seigneur les console. Nous savons que les prophètes sont toujours en rupture avec le sentiment que vit le peuple. Quand le peuple est dans la richesse et la joie apparente, le prophète dit : « Méfiez vous, vos richesses sont pourries », quand le peuple est dans la détresse, le Seigneur lui dit : « Je viens vous consoler, dans Jérusalem, vous serez consolés, gardez l’espérance, tenez bon », le Seigneur les encourage, voilà la façon qu’à le Seigneur de nous écouter en nous donnant la réponse appropriée, celle que nous attendons, celle qui nous permet d’avancer, celle qui ne nous enferme pas dans la tristesse mais qui nous ouvre à une joie supérieure, à la joie d’être aimés par lui qui nous écoute, qui nous accompagne, aimé par lui qui est notre soutien et notre force et qui nous permettra d’avancer même dans les difficultés.
Dans l’Evangile, le Seigneur nous donne des conseils pour la mission.
Le premier conseil, c’est prier. « Priez donc le maitre de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson ». Il est devant 72 disciples, collaborateurs pour partir en mission, et le Seigneur leur dit de prier. Les ouvriers, ce sont eux et ceux qui viendront plus tard : priez le maître de la moisson pour qu’il vous envoie, pour que les dispositions de votre cœur soient telles que vous puissiez attirer au Christ, à Dieu.
La première chose que doit faire le missionnaire, c’est de prier, d’entrer dans cette relation avec le Seigneur, à travers laquelle il nous écoute, à travers laquelle nous l’écoutons, nous entendons sa parole, nous entendons ses encouragements, nous sommes poussés à agir sous son Esprit, priez donc !
Ensuite, les conseils se font plus concrets.
Deuxième conseil : ce sera difficile ! Il nous prévient « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » alors pour mener à bien cette mission, n’emportez ni argent, ni sac, ni sandales. Cela signifie n’impressionnez pas par vos richesses, par votre culture, par votre savoir faire, ne vous imposez pas aux autres, ne les achetez pas avec de l’argent, avec tout ce que vous avez appris, avec toutes vos qualités ou vos grands dons artistiques ou intellectuels, etc…Soyez comme le bon Dieu, commencez par les écouter et on écoute dans la pauvreté, en étant disponible et on écoute encore mieux en étant mendiant, en disant à l’autre : « j’ai besoin de toi ! » La véritable écoute est de dire cela : « Je suis venu les mains vides et je viens recevoir de toi », on donne de l’importance à celui que l’on écoute et on crée un climat de confiance et pas de supériorité. Je ne viens pas pour imposer ma foi ou que sais-je, je viens pour écouter, accueillir parce que la finalité c’est le bien des personnes, parce que la finalité c’est que le bien des personnes se réalise dans une communion avec le Seigneur ; nous ne les attirons pas à nous-mêmes, mais à Dieu, c’est lui seul qui peut consoler, qui peut les aimer, qui peut leur donner la force.
« Ne vous attardez pas en salutations sur la route », cela signifie ne vous dispersez pas, ayez en tête la finalité, allez au but avec charité mais n’oubliez pas votre mission. Ensuite le Seigneur donne des conseils très concrets : « Paix à cette maison, quand vous entrez, recevez, restez dans cette maison, mangez et buvez ce que l’on vous servira », ne faites pas que passer, entrez dans une relation durable comme celle que le Seigneur a vis-à-vis de chacun d’entre nous. Recevez simplement car le travailleur mérite son salaire. Vous venez les écouter, les réconforter, vous venez de la part du Seigneur, c’est normal qu’ils vous accueillent et c’est normal qu’ils vous offrent de quoi subsister simplement. Ne refusez pas, par fausse humilité ou par fausse discrétion. Ensuite, le meilleur moment, c’est « Ne passez pas de maison en maison », cela paraît curieux cette phrase : dans l’écriture ces termes veulent dire, ne vous glorifiez pas vous-même. Derrière cette phrase il y a cette réalité, ne vous glorifiez pas vous-même, cela se traduit par ne passez pas de maison en maison comme si vous faisiez une campagne électorale. Vous ne devez pas attirer à vous-même, alors ne retournez pas dans les maisons que vous avez déjà visitées. Pourquoi y retourner si vous avez déjà annoncé la bonne nouvelle sinon pour savoir ce que les gens pensent de vous ? C’est comme dire : « alors vous avez aimé ma belle prédication » ? Fuyons la gloriole, le retour sur soi, les compliments trop humains. Ne passez pas de maison en maison, attirez au Christ ; l’ennemi, c’est le moi surpuissant qui vient tout envahir et qui vient polluer la relation. L’ennemi, c’est cet orgueil qui fait que finalement il y a cette petite voix de Satan qui me dit : « Très bien, tu as très bien parlé », ce qui est encourageant c’est que les Apôtres ont réussi, ils ont franchi le véritable obstacle, celui de l’humilité : les apôtres ont réussi car le Seigneur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair ! » Ils ont réussi, ils ont gardé l’humilité alors la relation est finalisée, alors la relation est entre les personnes rencontrées et le Seigneur, donc elle peut continuer, durer parce que si j’attire à moi, c’est non seulement très orgueilleux mais c’est aussi très bête car dès que je pars, les gens que j’ai accompagnés ne peuvent plus continuer leur relation avec le Seigneur par eux-mêmes, ils ont trop besoin de moi ; si je m’en vais en ayant attiré à moi, ils sont seuls, si j’attire au Christ je peux partir, ils restent avec le Christ qui demeure toujours avec eux. Ils peuvent rentrer dans une relation qui va les construire et qui va leur permettre de vivre.
La finalité c’est le bien des personnes, cela implique de les écouter, écouter leurs souffrances, leurs joies, leurs inquiétudes et leurs préoccupations, de savoir qui ils sont et lorsqu’on a entendu tout cela, de faire ce que le Seigneur nous demande : « guérissez, réconfortez, consolez », voilà la finalité et faîtes le au nom du Seigneur.
Je voudrais terminer en faisant une petite adaptation de cet Evangile pour la période des vacances parce cet évangile ne s’adresse pas seulement aux prêtres ou aux missionnaires mais à tous les chrétiens. Ce témoignage passe par les mêmes éléments où que l’on soit, surtout en vacances. En vacances, nos efforts se délitent, on est dans une situation de repos qui peut se transformer en repos moral, on perd la vigilance, la prudence, on croit que se reposer, c’est faire n’importe quoi, c’est penser à soi dans une attitude égoïste qui fait que j’oublie de regarder celui qui est à coté de moi. Les vacances peuvent être une période de relâchement et c’est d’autant plus important d’être missionnaire pendant les vacances parce que vous surprendrez par votre charité.
Première attitude : écouter, comme dans l’Evangile, être attentif. Les vacances c’est un lieu où les personnes ont besoin d’être écoutées parce qu’elles se reposent. Ecouter les gens en rentrant dans une relation vraie justement parce que dans les vacances il y a beaucoup de mensonges. J’essaye de montrer à l’autre tout ce que j’ai fait dans l’année quitte à en rajouter, à me survaloriser, à mentir. Non, soyez vous-même !
La relation véritable s’inscrit dans la vérité. Vous serez témoins silencieux sans imposer votre foi en respectant la liberté de chacun. Ne vous imposez pas à eux, interrogez vous sur ce qu’ils sont. Respecter leur liberté, c’est aussi une recommandation de Jésus dans l’Evangile : « Dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places » et dites : « Même la poussière de votre ville, collée à mes pieds, nous la secouons pour vous la laisser ». Cette phrase à l’air très violente mais elle ne l’est pas tant que cela. En fait, je respecte la liberté et si les gens ne veulent pas m’accueillir, je n’emporterai rien avec moi même pas la poussière. Je crois qu’ils ont tort mais la liberté est très importante car ils ne sont pas capables de me recevoir donc ils garderont tout ce qu’ils ont, ils resteront entre eux avec leurs difficultés et c’est une liberté pour moi, je ne dois pas me sentir responsable à partir du moment où j’ai buté face à une liberté, je ne dois pas me sentir responsable.
Voilà autant de conseils qui nous permettent d’être chrétien même en vacances et dans toute notre vie, accueillir, aimer, consoler, écouter, recevoir ce qui nous est donné, respecter la liberté de chacun, voilà un beau programme pour la vie chrétienne.
Demandons au Seigneur de nous donner la force d’être des missionnaires, sachant prier avant de partir et cela, en tout temps, en tout lieu et surtout pendant les vacances. N’oublions pas de garder cette relation intime avec le Seigneur. Justement en vacances vous avez du temps ; prenez 5, 10 min, 1 heure, promenez vous dans la campagne, restez en silence, priez dans la nature où dans une Eglise. La relation au Seigneur ne s’arrête pas, sachez l’entretenir paisiblement et joyeusement et le Seigneur vous permettra de connaitre des grandes joies comme de voir tomber Satan : joie de la victoire, de la vérité et de la charité.
Amen
Père Emmanuel GOBILLIARD