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Homélie prononcée par Père Emmanuel Gobilliard le 13 juin
Nous voyons bien que le regard de Simon n’est pas un regard pur parce que le regard qu’il porte sur Jésus n’est pas un regard de foi. « Si cet homme était un prophète il saurait bien qui est cette femme qui le touche » pense-t-il ! Il n’a pas encore la foi. La femme, elle, regarde Jésus indépendamment de tous les regards qui la touche, elle ne regarde que Jésus. Elle n’écoute que son cœur, elle se précipite à ses pieds pour attirer sur elle sa miséricorde. Elle n’a pas peur de la misère qu’elle montre en public pour attirer la miséricorde. Elle fait les gestes qu’elle sait faire, geste de tendresse que les autres interprètent en fonction de ce qu’elle était avant sauf que son intention a changé.
Elle fait ce qu’elle sait faire avec une intention et une pureté nouvelle parce qu’elle s’est convertie, elle s’est tournée vers le Christ et tout ce qu’elle est, tout ce qui habite son cœur, toute son histoire et même ce qu’elle sait faire va être tourné vers Jésus, il n’y a plus que lui, lui seul qui l’a vraiment aimé ; ce regard sur Jésus est un regard dans lequel nous devons entrer en présentant au Seigneur toute notre vie, notre vie de péché pour qu’il nous pardonne, pour qu’il se penche avec miséricorde sur nos misères. Nous lui présentons ensuite tout ce que nous savons faire, ce que nous pouvons faire, tout ce que nous sommes pour qu’il le transforme, il peut tout transformer par un regard d’amour. Jésus, qui voit l’intention des cœurs, voit l’intention de cette femme et pour Jésus, d’une certaine manière, il n’y a plus qu’elle qui compte, Jésus est capable de regarder chacun de nous comme une personne avec tout ce que nous sommes. C’est ce qui provoque notre conversion, nous nous tournons vers Jésus. Je voulais utiliser cet Evangile en y mêlant l’année sacerdotale. Comment accorder cet Evangile avec l’évènement qui a eu lieu vendredi qui se poursuit pendant tout ce week-end, la clôture de l’année sacerdotale. L’Evangile doit nous aider à avoir sur le prêtre le regard juste parce que, si Jésus était présent chez Simon, il est présent d’une autre manière chez chacun d’entres nous. Il n’est plus là pour prendre son repas, physiquement nous ne le voyons plus, mais il agit autrement par ses sacrements et il a choisi d’agir par le ministère sacerdotal. Difficile de prendre cet Evangile en imaginant que je dois convertir mon regard pour entrer dans cette nouvelle façon qu’à Jésus de se communiquer, par des hommes qui eux à la différence de Jésus sont faibles et pécheurs et qui ont besoin que le Seigneur se penche sur leur misère. Ils ont besoin d’éprouver et de vivre de la miséricorde de Dieu. Il est bien difficile de faire confiance à cette nouvelle façon que Dieu a de se donner. C’est pourtant ce que Jésus veut, c’est au moins tout aussi difficile que de rentrer dans le regard de cette femme adultère au milieu des jugements du monde mais c’est important pour notre relation avec Jésus. Le Seigneur nous fait la grâce du sacerdoce pour que nous puissions être toujours en lien avec lui, toujours recevoir son pardon, son corps livré alors ne laissons pas nos convenances et l’Esprit du monde entraver notre relation avec le Christ. Notre relation avec le Christ peut être entravée par des jugements hâtifs. Ce prêtre, je n’ai pas de feeling avec lui ou bien il est trop exigeant, trop laxiste, trop progressiste ou trop intégriste, il a la soutane ou il est en civil, que sais-je ?, c’est toujours le Christ qui se donne à travers lui et rendons grâce au Seigneur qui a appelé des hommes aussi différents pour nous permettre d’avoir un lien avec lui. Des hommes aussi différents pour que nous puissions écouter la parole de Dieu à travers ce qu’ils nous disent et recevoir ses sacrements. Nous avons sur la ville du Puy, une multitude de prêtres très différents. Rien que sur la Cathédrale, je suis heureux d’avoir le soutien de trois prêtres de la communauté Saint Martin, le soutien du Père Bresson, du Père Bérard, du Père Olivier, du Père Ravel, du père Picard : que de différence entre tous ces prêtres qui vous sont proposés pour recevoir l’amour du Seigneur. Comment entrer dans un regard de foi dans le sacerdoce ? D’abord, en sachant pourquoi nous avons rencontré tel ou tel prêtre. Il peut y avoir des amitiés avec des prêtres ; Pour être sûr que tel prêtre est d’abord un ami avant d’être un prêtre, posons-nous la question : « Comment je l’ai rencontré ? » Est-ce dans son ministère sacerdotal ? Alors c’est le Seigneur qui m’envoie ce prêtre pour qu’il me transmette les sacrements du Seigneur même si l’amitié peut être très présente, c’est d’abord un prêtre avant d’être un ami. Peut être ai-je rencontré ce prêtre quand j’étais plus jeune ou peut être est-ce un frère ou un cousin, alors la relation est d’abord une relation familiale ou amicale à travers laquelle je peux trouver une relation sacerdotale sans doute différente. C’est important de se poser cette question là car cela nous évite d’entendre des réflexions : « A lui, je ne pourrais pas me confesser ». Pour savoir si vous avez une bonne relation avec un prêtre, une relation de foi, une relation qui vous permet de recevoir l’amour du Seigneur, posez vous la question : « Est-ce que je pourrais me confesser à lui ? », si la réponse est non pour des raisons trop humaines, des raisons de respect, de convenance, d’appréciation, c’est sans doute que mon regard n’est pas le bon regard. Cela ne veut pas dire que je ne dois pas les soutenir par une amitié, par des prévenances, mais il faut que ce soutien soit aussi exigeant que l’exigence que les prêtres ont votre égard. L’exigence c’est beau, c’est vouloir que l’autre soit un Saint, vouloir le tirer vers le haut, vouloir que le Seigneur l’attire vers lui. J’ai le devoir d’être exigeant à votre égard pour que vous soyez tous des Saints, c’est ma mission. Vous avez le devoir d’être exigeant vis-à-vis de moi et de tous les prêtres présents à la Cathédrale pour qu’ils soient des saints, c’est aussi votre mission. Etre exigeant avec un prêtre, ce n’est surement pas de le juger, ni l’apprécier en fonction de critères trop humains, c’est prier avec lui quand il prie, c’est recevoir le pardon du Seigneur auprès de lui pour lui apprendre à éprouver, à exercer sa paternité spirituelle, c’est aller le voir pour prendre des conseils pour qu’il vous parle de Jésus. L’exigence est liée à sa mission. Soyez exigent avec vos prêtres parce que nous en avons besoin. Pour terminer, je voudrais lire un petit passage de l’homélie que Mgr Bagnard a donné à l’occasion du pèlerinage régional à Ars. Il parle du curé d’Ars. « C’est cette expérience qu’ont fait les gens d’Ars lorsque Jean-Marie Vianney est arrivé chez eux ! Quand il est monté en chaire et a commencé de parler, l’assemblée s’est mise à gémir ! C’est que ce nouveau curé n’avait pas une spiritualité "céleste". Elle prenait corps dans ce qu’il y a de plus concret, de plus terrestre : il parlait de la danse, des cabarets, des violences qu’entraînaient les excès de boisson, des divisions au sein des familles, du repos du dimanche, de l’exploitation des ouvriers agricoles, du manque d’instruction des enfants ! Et beaucoup de gens s’interrogeaient : "Mais où veut donc nous entraîner ce curé original ?" Au moins au début, bien des chaises à l’église se libérèrent de leurs occupants ! Ce qui montrait au moins qu’on n’avait pas dormi pendant le sermon. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, on ne pouvait pas prêcher moins de trois quarts d’heure ! Et Jean-Marie Vianney ne se gênait pas pour dire, avec son naturel d’enfant : "j’ai remarqué qu’il n’y a pas de moment où l’on ait plus envie de dormir que pendant les instructions." Les gens étaient fortement interpellés et, pardonnez-moi l’expression, ils se sentaient comme "cernés" ! Bref, ils n’étaient plus tout à fait tranquilles ! Qu’est-ce qui stoppa l’hémorragie ? Qu’est-ce qui retourna la situation ? Oh, un événement très simple, un événement si élémentaire qu’on ose à peine en parler, tellement il paraît dans le droit fil de l’ordre normal des choses : les gens se sont sentis aimés par leur curé ! Il venait les voir chez eux. Il s’intéressait aux travaux de la ferme. Il demandait des nouvelles des enfants, allait auprès des malades, s’informait de la dure vie des mères de famille. "C’était un vrai plaisir d’accueillir ses visites", dit un témoin ! Il leur semblait que rien de ce qui faisait leur vie n’était étranger à leur pasteur. Mais, dans le même temps, lui le curé si proche, si simple, si attentionné, ne diminuait en rien ses propos ! Il continuait de faire descendre la lumière de l’Évangile dans le concret de l’existence quotidienne. Alors, les gens ont fait une expérience singulière. Ils ont perçu que, si leur curé les aimait, ce n’était pas pour les tourner vers lui, pour les attacher à sa propre personne, mais pour les orienter vers Dieu ! L’affection qu’il leur portait était un chemin qui débouchait sur Dieu. Il les aimait "en" Dieu ! Et de fait, dans ce village qui comptait 232 habitants, aucun n’ignorait les heures que passait le prêtre devant le tabernacle. Le matin de bonne heure, quand les paysans partaient dans les champs, ils voyaient la lueur de la chandelle du curé qui filtrait à travers les vitraux de l’église, et ils se disaient : "Le curé est déjà là !" Si bien que le bruit courait : "On a un curé qui vit à l’Eglise !" Jean-Marie Vianney avait bien retenu la leçon du Vicaire Général, Monsieur Courbon, qui en le nommant à Ars lui avait dit : "Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu là-bas, vous en mettrez !" Mais avec sa grande finesse spirituelle et le haut sentiment de sa responsabilité, il pressentait que, pour mettre l’amour de Dieu, il fallait d’abord faire passer dans son cœur de pasteur l’amour de tous les habitants de sa paroisse pour ensuite les déposer dans le Cœur de Dieu. C’était le sens de ses longues prières à genoux devant le Saint-Sacrement : "Seigneur, convertissez ma paroisse et je consens à souffrir tout ce que vous voudrez." Il n’y pas de prière plus sacerdotale que celle-là ! La confiance des paroissiens, au lieu de s’atténuer, alla en grandissant. Il ne fallait plus dire du mal du curé. Lui qui avait été si calomnié les premières années, il était devenu "leur" curé. C’est si vrai qu’un paroissien bien habitué des lieux et connaisseur de l’histoire raconte : "On essaya en 1830 de rétablir la vogue et les danses, mais on y renonça en voyant le vif chagrin du curé... Quoi qu’il fût assez sévère, il sut tellement se faire aimer, qu’il obtenait tout ce qu’il désirait ; on aurait craint, en refusant de lui obéir, de le contrister et de le faire partir." En somme, les paroissiens en étaient arrivés à préférer faire des efforts - parfois coûteux - pour accorder leur vie à l’esprit de l’Évangile, plutôt que de faire de la peine à celui qui les aimait à ce point ! Car, à travers la personne de leur curé, ils avaient le sentiment obscur de toucher quelque chose de la présence de Dieu. » Voilà des paroissiens qui ont su sanctifier leur curé alors que ce curé d’Ars, patron de tous les curés du monde entier à fait fuir les paroissiens. Ces paroissiens, prit par des convenances, par des jugements hâtifs, ceux qui sont partis se sont privés de la grande grâce de rencontrer non pas le curé d’Ars mais le Seigneur lui-même à travers le curé d’Ars. Ne nous privons pas de cette grande grâce. Recevons l’amour du Seigneur tel qu’il se donne, c’est à dire bien pauvrement et je suis le premier à en être le témoin. Recevons cet amour du Seigneur pour nous même, pour notre propre conversion et pour la conversion de ceux que le Seigneur lui-même a envoyé : les prêtres. Ainsi, nous pourrons ressembler à cette pauvre petite paroisse d’Ars qui se convertissait mutuellement, le curé convertissant ses paroissiens, les paroissiens convertissant leur curé en lui demandant de faire ce qu’il avait à faire, confesser, célébrer et prier. Amen Père Emmanuel GOBILLIARD Emmanuel Gobilliard
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HOMELIE DU 22 JANVIER 2012, 3ème dimanche du temps ordinaire par le Père Roland Bresson

